Attentat à la pudeur
ATTENTAT A LA PUDEUR
Il y a une chose qui me dégoûte profondément dans la société d'aujourd'hui, c'est la dépravation des mœurs. Les jeunes ne cessent de boire, de se droguer, de couchailler à droite et à gauche. Comment s'étonner qu'ils soient infectés de maladies vénériennes et de microbes, qu'ils aient des poches sous les yeux et les doigts qui tremblent ? On croirait vraiment qu'ils veulent perdre la tête, et nous la faire perdre avec eux. On a beau parler de progrès, les choses ne vont pas toutes aussi bien que dans le temps. Oh, non, alors.
Tenez : pas plus tard que la semaine dernière, qu'est-ce que je vois dans le métro ? Vous ne me croirez pas. Une femme en train de faire l'amour devant tout le monde. Comme ça. Et cela n'avait l'air de choquer personne.
Et ce n'est pas tout ! Ce n'était pas par un homme, qu'elle était en train de se faire baiser, mais par plusieurs. Il y en avait qui lui tenaient les membres, et un qui la travaillait. Que voulez-vous, Madame a besoin de son confort !
De mon temps, on aurait vu ça, on aurait appelé la police. Attentat à la pudeur, crack ! Mais de nos jours, tout le monde s'en fout, cela semble normal.
Moi je dis une chose : s'ils acceptent que des saletés pareilles se déroulent sous leurs yeux, c'est qu'ils ne doivent pas être très propres dans leur intimité.
Alors, que vouliez-vous que je fasse ? Si j'avais appelé la police, on m'aurait pris pour un fou. Tout le monde m'aurait traité de vieux schnock, d'empêcheur de tourner en rond. Les gens n'auraient pas compris. Ce sont des choses qui se font, c'est admis. Que voulez-vous ? C'est comme ça. Et puis je me suis dit, après tout, c'est leurs affaires. S'ils veulent faire ça dans une station de métro, cela les regarde. Moi, je ne pourrais pas. Mais manifestement, il y en a qui peuvent.
Et qui peuvent vachement, tiens ! Elle n'arrêtait pas de gémir de plaisir, la salope !
Ah, il est grand temps que je meure pour ne plus voir des horreurs pareilles.
Le lendemain, qu'est-ce que je vois, en gros titre sur les journaux : "Encore un viol dans une station de métro".
Alors là, je n'aurais jamais cru !
D'abord, parce que de mon temps, cela ne se faisait pas du tout. Mais alors, pas du tout. C'était impensable, absolument impensable.
Ensuite parce que la fille, elle avait vraiment l'air d'y prendre plaisir. C'est vrai qu'on aurait dit qu'elle se débattait. Mais je me suis dit : encore une manière de se tortiller pour avoir plus de plaisir qu'elle a lue dans un de ces canards dégueulasses qu'on voit partout de nos jours.
Et puis enfin parce que tout le monde avait l'air de trouver ça normal, personne ne réagissait. Alors je me suis dit : ça doit être normal, c'est entré dans les mœurs.
Bon, à la réflexion, je me suis rendu compte qu'il y avait deux ou trois choses qui n'étaient pas très claires : elle avait été griffée sur les bras et sur le visage. Mais il y en a tellement qui aiment ça !
Et maintenant qu'ils ont demandé aux témoins de se manifester, je ne vais pas aller leur raconter que j'ai tout vu et que j'ai cru qu'ils faisaient l'amour. De quoi est-ce que j'aurais l'air ?
On vit une bien triste époque, il est grand temps que je meure.

Annotations
Versions