Maurice
MAURICE
Maurice se leva tard. Il avait passé une excellente soirée chez les Rickson et était rentré à l'aube. Il ne se souvenait que d'une chose : qu'il avait beaucoup bu. Comment aurait-il pu ne pas s'en souvenir, puisqu'il avait un terrible mal de tête ?
La soirée avait été excellente. Il ne se souvenait pas de grand-chose, mais il se dit (en se levant, tard) qu'il était de plus en plus à l'aise dans le nouveau groupe d'amis qu'il fréquentait. Il avait bien fait de sortir de l'entourage de Maryse. Il ne s'était jamais entendu avec ces gens. Ils n'étaient pas du même milieu que lui. Maryse et ses amis l'ennuyaient, et il ne les voyait que parce qu'il n'avait rien d'autre à faire. Les Rickson, au contraire, depuis trois mois qu'il les connaissait, lui avaient présenté une foule de gens drôles, intelligents, intéressants.
Il s'intégrait mieux à ce milieu qu'il estimait plus raffiné, et donc plus proche de sa personnalité et de ses aspirations, que celui de Maryse. Et, grâce aux Rickson, il avait rencontré de très belles femmes. Il envisageait même une liaison avec l'une d'elles, Cynthia. Était-elle chez les Rickson, la veille ? Maurice ne s'en souvenait plus. Il avait décidément trop bu. Mais il avait passé une très bonne soirée. Maurice se leva – tard – et mit l'eau à chauffer en bâillant. Plus tard, il téléphonerait à Cynthia. Il fallait conclure. Elle en mourait d'envie, ça crevait les yeux. Il mit deux cuillerées de Nescafé, au lieu d'une, au fond de sa tasse, pour se donner du courage. Après avoir avalé son café ainsi que deux biscottes beurrées, il fit couler son bain. Il se laissa glisser dans la baignoire avec volupté. Une douce somnolence s'empara de lui et un suave frisson lui parcourut le corps. Il se prit à rêver... Cynthia !... Cynthia !...
La sonnette de la porte d'entrée le tira de sa torpeur. En pestant, il sortit de son bain, s'empara d'une serviette et alla ouvrir.
Personne. Sur le paillasson, une enveloppe. Il la ramassa et alla se sécher.
Quand il eut terminé ses ablutions, il s'en empara à nouveau. Rien n'était inscrit dessus. Il l'ouvrit. Elle contenait une courte lettre, sur un vélin luxueux, à l'encre violette. La calligraphie torturée indiquait qu'elle avait été écrite sous l'empire de la passion.
"Monsieur,
Votre attitude hautaine et grossière d'hier soir m'incite à vous faire parvenir ce mot. Au regret de devoir vous rappeler ce qu'est la politesse, je me permets de vous faire remarquer à quel point vos hardiesses envers qui vous savez ont paru blessantes à l'ensemble des invités. Vous n'ignorez pas, je pense, mon attachement à cette jeune personne, et vos efforts n'en sont que plus vils et répréhensibles. Je ne m'abaisserai pas à vous demander une réparation éclatante, ayez simplement l'assurance de mon mépris le plus total.
P.S. – Je n'ai pas besoin, je pense, de vous rappeler mon nom. "
Maurice fut interloqué. Les précautions dont était chargé le pli laissaient penser qu'aucune équivoque n'était permise, aux yeux de son auteur, sur l'événement auquel il était fait allusion. Maurice essaya de se rappeler ce qui s'était passé la veille. Rien ne lui revint. Il fit un effort suprême pour ausculter les tréfonds de sa mémoire, en vain. Seul, son mal de tête en fut aggravé. Il n'aurait décidément pas dû boire autant. Non seulement il s'était mal conduit, mais de plus il était incapable de s'en souvenir. Avait-il été trop entreprenant avec une jeune fille ? Le fiancé de ladite personne l'avait-il mal pris ? Hypothèse plausible. Mais qui ? Sûrement pas Cynthia. Elle n'avait pas de fiancé. Du moins pas à la connaissance de Maurice. De plus, était-elle présente à cette soirée ? Maurice n'en savait rien. Qu'il ait eu, même en état d'ébriété, une attitude désinvolte envers une personne qu'il ne connaissait pas lui semblait improbable.
Pour éclaircir la chose, le plus simple était de téléphoner à Rickson. Rickson n'était pas là. Stella non plus. Maurice se rappela qu'ils avaient pris, à l'aube, un avion pour les Bahamas. Puis il s'étonna du caractère sélectif de son amnésie. Pourquoi de telles choses lui revenaient-elles, et non le souvenir de qui était à la soirée et de ce qui s'était passé ? Mais il se rappela que Rickson lui avait dit qu'ils partaient, à l'aube, pour les Bahamas avant la soirée. Une telle chose, perçue sobrement, était invulnérable à l'oubli.
Maurice n'en savait pas plus sur sa conduite de la veille. Joindre Cynthia ? Il avait, de plus en plus, la conviction qu'elle n'était pas venue. Un raisonnement simple le confirma. Il était, en effet, si près de conclure avec Cynthia, que si elle était venue, ils se seraient sûrement réveillés dans le même lit.
Alors, que faire ? Il décida de ne plus y penser et d'aller faire son marché. Quand il sortit de chez lui, deux mégères se disputaient dans la rue. Il sursauta. Il venait de se rappeler brusquement que, la veille, il y avait eu des éclats de voix. La lettre qu'il avait reçue n'était donc pas un pur produit de l'imagination d'un malade.
La soirée avait-elle dégénéré en bagarre d'ivrognes ? Ce n'était pas le genre de Rickson. Dans ces réunions, les gens se cantonnent aux sujets futiles et peu compromettants. Même l'hypothèse d'une simple dispute était peu plausible. Et pourtant, Maurice s'en souvenait, il y avait bien eu des éclats de voix...
Surtout des voix masculines, mais aussi une voix féminine. Celle de Cynthia, peut-être ? Mais non, Cynthia n'était pas là.
Mais Maurice en était-il bien sûr ? Après tout, un dîner chez Rickson sans Cynthia était difficilement concevable. Mais alors, pourquoi Maurice n'avait-il pas conclu avec elle ? Pourquoi n'avait-il pas été réveillé par la sensation voluptueuse des chauds baisers humides d'une femme dans le creux de son cou ? Avait-il été incapable de la convaincre ? N'avait-il pas su lui proposer de la raccompagner ? Avait-il trop bu ? Ou quelque chose de plus grave ? Peut-être s'était-il brouillé avec elle ? Peut-être la dispute avait-elle eu lieu à cause de Cynthia ? Peut-être avait-il été trop entreprenant ? Mais comment pouvait-on être trop entreprenant avec elle ? On a toujours l'impression, au contraire, de ne pas l'être assez. Et c'est pour cela qu'il l'aimait.
Il devait conclure rapidement, faute de quoi elle lui échapperait. Il savait à quel point elle était vulnérable aux assauts des séducteurs. Mais le doute, l'incertitude de la veille, s'étaient emparés de lui. Il n'osa pas téléphoner à Cynthia. Attendre le retour des Rickson. Mais oserait-il leur demander des éclaircissements ? Peut-être s'était-il, aussi, brouillé avec eux ? Peut-être s'était-il brouillé avec tout le monde ? Peut-être avait-il été ignoble, d'une grossièreté inouïe ? Il avait passé une excellente soirée, mais s'était-il rendu compte de ce qu'il disait, de ce qu'il faisait ? Peut-être avait-il pissé sur la moquette, peut-être s'était-il déshabillé devant tout le monde, ou pire, avait-il cassé une poterie Ming ? Ou encore, avait-il gaffé ? Avait-il fait des plaisanteries anticléricales devant un dévot ? (Mais quel dévot ? Est-ce que Rickson fréquentait des dévots ?) En tous cas, il avait fait plus que susciter des sourires gênés, puisqu'il y avait eu des éclats de voix. Et principalement des voix mâles. Maurice détestait les voix mâles. La voix mâle se distingue de la voix d'homme en ce sens qu'elle signifie sa virilité. C'est une voix inquiète de l'équivoque, du malentendu, de l'ambiguïté. Faussement grave, faussement assurée, beaucoup trop forte. Mais qui donc avait tant élevé la voix ce soir-là ? Sûrement pas Rickson. Mais n'importe qui d'autre. Il y avait tant de petits coqs !
Il lui paraissait incompréhensible qu'il n'eût pas conclu avec Cynthia.
Il fit son marché nerveusement et eut des mots avec la mercière parce qu'il croyait qu'elle s'était trompée dans la monnaie qu'elle lui avait rendue. Puis il se rendit compte, après l'avoir agonie d'insultes, que l'erreur venait de sa part. Il se confondit en excuses. Puis il se dit qu'il était trop impétueux et qu'il n'était pas étonnant qu'il ait fait quelques sorties déplacées la veille. Mais de là à se brouiller avec Cynthia et les Rickson...
Ces spéculations lui devinrent intolérables. Il téléphonerait à Cynthia. D'ailleurs, il était convenu qu'il devait le faire. Cela permettrait de dissiper tout malentendu.
Sur le seuil de sa porte, il croisa son voisin du dessus. Ils échangèrent des hochements de tête polis. Maurice se rappela alors que les éclats de voix de la veille provenaient de l'étage supérieur. Il les avait entendus alors qu'il revenait de chez les Rickson. Ce souvenir le plongea à nouveau dans les affres de la perplexité. Y avait-il vraiment eu un clash la veille ? N'y tenant plus, il appela Cynthia. Elle était de mauvaise humeur. Il ne comprenait pas pourquoi. Il lui demanda ce qu'elle avait. Elle répondit évasivement, à mi-mot, faisant allusion, de même que l'auteur de la lettre, à un common knowledge hypothétique qui dépassait Maurice. Le ton de Cynthia agaça Maurice. Il la pressa de s'expliquer :
– Oh, écoute, ça va !
Elle lui raccrocha au nez. Il était à mille lieues de conclure. Comment les choses avaient-elles dégénéré à son insu ? Maurice sentit les tentacules de la détresse s'insinuer dans ses amygdales. Il essaya de se dire qu'il avait attrapé froid, mais il dut s'avouer son dépit. Jusqu'ici, ses relations avec elle étaient placées sous le signe de la séduction. Il se regarda dans sa glace. Comment en était-il arrivé là ? Comment avait-il déclenché une réaction de femme possessive, de femme qui a des droits sur lui, chez une personne avec laquelle la légèreté de ton était de mise et apte à conduire le plus sûrement possible à une conclusion heureuse ?
Elle ne détestait qu'une chose : que l'on manquât à un rendez-vous. Mais, depuis la soirée chez Rickson, rien n'était prévu, si ce n'est qu'il lui téléphonerait, ce qu'il venait de faire. Et la soirée s'était fort bien passée. Cynthia avait été charmante, car si elle ne l'avait pas été, il s'en serait sûrement souvenu. Elle ne pouvait donc faire référence à un événement antérieur à cette soirée. Stupide femme ! Pourquoi refusait-elle d'exposer clairement ses griefs ? Le "tu sais très bien ce que je veux dire" est une arme lâche et aveugle.
L'absence de Rickson, le mutisme de Cynthia forçaient Maurice à se cantonner dans les suppositions. Première hypothèse : Cynthia n'était pas venue à la soirée. Improbable. Cynthia et les Rickson étaient quasiment inséparables. Et dans ce cas, quelle serait la raison de sa froideur ? Deuxième hypothèse. Cynthia avait été charmante. Il n'y avait pas eu d'éclats de voix. Il n'y en avait jamais chez Rickson. C'était sûrement ceux de l'appartement d'en haut, ceux qu'il avait entendus à son retour, dont il se souvenait. Cynthia avait été charmante, la soirée s'était bien déroulée, seulement voilà, il s'était passé quelque chose au niveau implicite, quelque chose de clair pour tout le monde, mais qui échappait totalement à Maurice. Maurice ne faisait pas vraiment partie du même milieu que Rickson et ses amis. Peut-être existait-il des codes, limpides pour ces gens, et qu'il ignorait, ou même qu'il serait à mille lieues d'imaginer. Rickson, quoique marié – et Stella était superbe – avait l'habitude de faire une petite cour à Cynthia. Cela ne portait pas, n'était pas censé porter à conséquence.
Cynthia se prêtait gracieusement au jeu. Maurice tentait d'y souscrire, et il en riait. Mais il riait jaune. Cela l'agaçait et chatouillait sa jalousie. Il ne parvenait pas à se convaincre du caractère fictif de la chose. Et il croyait que la fiction, la simulation, recouvre quelque chose de réel. Peut-être Rickson et Cynthia avaient-ils été très liés, autrefois ? Peut-être en restait-il quelque chose ? Peut-être Rickson regrettait-il son mariage ? Peut-être l'un est-il amoureux de l'autre ? Et lequel ? Peut-être que Cynthia excite Rickson ? Peut-être qu'elle meurt d'envie de coucher avec lui ? Stella, en général, le prenait fort bien. Mais Maurice riait jaune et peut-être avait-on vu, la veille, qu'il riait jaune. C'était inadmissible car cela impliquait qu'il aimait Cynthia. Or il était prohibé d'aimer quelqu'un sous peine d'être considéré comme pas drôle. Mais peut-être n'avait-il pas ri jaune, peut-être n'avait-il pas ri du tout et s'était-il laissé aller, sous l'effet de la boisson, à quelques remarques outrancières, quelques sarcasmes. Les autres, forcés de le prendre "à la rigolade" pour sauver la soirée du naufrage, auraient ri jaune. Mais ils n'en pensaient pas moins et, dès lors, il devenait clair que Maurice n'était pas quelqu'un de convenable. Les plus gênés, les plus furieux, étaient bien sûr Cynthia et Rickson, ses plus proches amis. Ils étaient inutilement compromis par le manque de finesse et la grossièreté de leur ami, et navrés de s'être trompés sur son compte pendant de si longs mois.
C'était décidé : Cynthia ne reverrait plus Maurice. Quant à Rickson, il allait lui donner une bonne leçon en lui expliquant, dans une lettre, ce qu'il pensait de sa misérable personne. Le ton de la lettre n'était pourtant pas dans son style. Peut-être était-elle le fait d'un autre participant ? Ou bien Rickson, par l'imitation ironique d'un genre désuet et guindé, voulait-il lui signifier son mépris ? N'est-il pas méprisant de s'adresser à quelqu'un en parodiant le langage d'un autre ?
Et voilà comment, derrière les réceptions détendues, se mouraient les amitiés. Maurice s'avoua qu'il n'aimait pas trop Rickson. Tout au plus, l'admirait-il. Et sans doute en était-il un peu jaloux. Il l'avait rencontré par hasard, l'avait fréquenté par désœuvrement, à une époque où il n'avait pas trop d'amis, et dans un but précis : Cynthia.
Mais Cynthia n'était-elle pas une chimère ? Elle réunissait les attributs conventionnels de la femme, ce qui séduisait Maurice. Mais cela l'agaçait aussi. Et s'était-il demandé si leurs caractères s'accordaient ? Peut-être aurait-elle accepté de coucher avec lui. Mais après ? Bye Bye Maurice, you're a good fuck.
Maurice s'assit avec lassitude et considéra avec dégoût le carton d'invitation qui traînait sur la table. "Georges et Stella Rickson auront le plaisir de vous recevoir le Vendredi 17 Mars à 20 h 30" Et un peu plus loin, la lettre : "Monsieur, votre attitude hautaine et grossière d'hier soir m'incite à vous faire parvenir ce mot."
Maurice eut le sentiment qu'une époque s'achevait. Le même goût amer qu'il y a un an, la rupture avec Maryse. Il sortit. Faire quelques pas. Promenade hygiénique. S'oxygéner les méninges. La fin d'une époque. Trouver de nouveaux amis. La femme de sa vie. Une vie sans femme ? S'inscrire à un club. Une annonce dans le Chasseur Français ? L'air était frais. Maurice se dirigea vers les arènes de Lutèce. Quelques vieux jouaient à la pétanque. Une bande d'adolescents terrorisaient les mémés. Quelques relents de la veille. Une soirée parfaitement insipide. Cynthia agaçante. Qu'avait-il donc bien pu dire ? Étrange. À quelle heure s'était-il couché ? Cinq heures. Cinq heures et demie. Six heures, peut-être. Des éclats de voix à l'étage du dessus. Il s'était réveillé à huit heures. Deux heures de sommeil seulement ? Bizarre. Rickson aux Bahamas. Tiens, cette charcuterie est ouverte, d'habitude, le samedi après-midi : Dommage. Maurice aurait bien voulu s'acheter une quiche lorraine. Maurice aimait les quiches lorraines. Cynthia n'aimait rien. Il avait essayé, en pure perte, de la sensibiliser aux plaisirs du palais. Ce n'était pas une grosse perte. Cela ne serait pas allé bien loin. Il aurait tout au plus couché avec elle. Seul intérêt : il aurait pu dire qu'il se l'était faite. Il avait passé l'âge de ces enfantillages. La fin d'une époque. Tiens, la boulangerie est également fermée. C'est férié, aujourd'hui ? Maurice se tourna vers un de ces panneaux encombrants. Il était deux heures de l'après-midi. Il était levé depuis six heures. Pourtant, il avait eu l'impression de se lever très tard. Alors qu'il n'avait dormi que deux heures. Il regarda la date : Dimanche 19 Mars. Cela expliquait pourquoi la charcuterie était fermée.
Il avait dormi vingt-six heures. La soirée avait dû être grandiose. Il n'avait pas vécu la journée du samedi 18. Maurice pensa que cela expliquait peut-être la colère de Cynthia. Il avait cru ne pas faillir à sa parole en lui téléphonant, mais il l'avait fait – involontairement – vingt-quatre heures trop tard. Sans doute l'avait-elle attendu chez elle toute la journée. Peut-être lui avait-elle téléphoné, sans parvenir à le tirer de sa torpeur éthylique. Maurice pensa que cette colère n'était que passagère. On ne se fâche pas pour une telle broutille.
Bientôt, Cynthia reprendrait contact avec lui. Et ils pourraient enfin conclure. Si Maurice le désirait encore.
Mais ce décalage n'expliquait pas la lettre. La curiosité de Maurice était cependant retombée. Il fut surpris de constater qu'il n'y attachait plus d'importance. Quand Cynthia le rappellerait, il lui demanderait des détails sur la soirée, peut-être.
Maurice avait assez marché. Il commençait à faire froid. Il décida de rentrer chez lui. Il remonta la rue de Vaugirard. Malgré le peu de cas qu'il faisait de toute l'histoire, quelque chose le chiffonnait. La soirée chez Rickson avait eu lieu l'avant-veille. Or, la lettre avait été déposée le matin, et non pas la veille. En effet, le porteur avait cru bon de signaler son arrivée en sonnant. Mais la lettre parlait d'une chose qui se serait produite la veille, c'est-à-dire le samedi 18. Comment Maurice aurait-il pu être impliqué puisqu'il avait dormi toute la journée ? Pour la première fois de la journée, Maurice sourit. Il était innocent. L'innocence de l'enfant qui dort.
Maurice ouvrit la porte de son appartement. Il fit un pas et sentit son pied glisser. Il venait de le poser sur une lettre. Il l'ouvrit :
"Monsieur,
Je tiens à vous adresser mes excuses pour le mot que vous avez reçu ce matin et qui vous a sans doute plongé dans la plus vive perplexité. En effet, ce mot ne vous était pas destiné. Dans ma précipitation, je me suis trompé d'étage.
Vous priant une fois de plus de me pardonner ce malentendu qui je l'espère ne vous aura pas été dommageable, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes respectueuses salutations.
Baron de La Mothe"
Maurice s'assit. L'incident rejoignait le maëlstrom des faits sans conséquence. Ce n'avait été qu'un cauchemar. Même pas. Un rêve étrange. Rien ne s'était passé. Pas tout à fait quand même. Maurice n'avait plus tellement envie de revoir Cynthia. Encore moins Rickson. Quand le téléphone sonna, plutôt que de le décrocher, Maurice se dit qu'il ne serait pas désagréable de faire un tour au jardin du Luxembourg. Le temps s'était dégagé, et peut-être y rencontrerait-il Maryse ?

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