Toto et l'ascenseur
TOTO ET L’ASCENSEUR
(Un merveilleux conte pour enfants)
Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Toto.
Toto habitait dans une grande maison avec beaucoup d’étages.
Il n’avait connu ni son père ni sa mère, et vivait avec Madame Machin, sa marâtre.
Madame Machin était une femme sévère mais juste.
Dans la grande maison où vivait Toto, il y avait tellement d’étages qu’il y avait un ascenseur. Heureusement, Toto et Madame Machin n’avaient jamais à l’emprunter car ils habitaient au rez‑de‑chaussée.
Madame Machin avait souvent répété à Toto qu’il ne devait jamais, sous aucun prétexte, toucher à l’ascenseur. C’était réservé aux grandes personnes. Toto s’étonnait que Madame Machin lui parlât ainsi. Comment aurait‑il pu avoir l’idée d’emprunter l’ascenseur, puisqu’il habitait au rez‑de‑chaussée ? Mais Madame Machin pensait que les enfants sont espiègles, et avait très peur que Toto prît l’ascenseur, même s’il n’avait aucune raison de le faire. Et c’est pour cela qu’elle répétait si souvent à Toto qu’il ne fallait à aucun prix prendre l’ascenseur.
Madame Machin avait également dans son garde‑manger une tablette de chocolat. Et elle disait souvent à Toto que s’il était sage, elle lui en donnerait. Mais Toto n’avait jamais été assez sage, et il désespérait de l’être un jour. Il se demandait si c’était vraiment possible d’être sage pour Madame Machin. Il aurait beaucoup aimé s’emparer de la tablette de chocolat, mais le placard était fermé à clef.
Un jour, Madame Machin s’absenta. Avant de partir, elle recommanda à son fils adoptif d’être très sage. Et comme elle avait vraiment trop peur qu’il sorte de l’appartement et qu’il prenne l’ascenseur, elle l’enferma à clé.
Dès qu’elle fut partie, Toto, qui avait une grande envie de chocolat, se précipita vers le garde‑manger. Hélas ! La porte était close. La mirifique tablette une fois de plus inaccessible.
Toto pleura tout son soûl, puis il décida qu’il fallait faire quelque chose. Trouver la clé ? Ah ! Il connaissait trop bien Madame Machin ! Elle ne se séparait jamais de son trousseau de clés ! Et tous les tiroirs, tous les placards étaient implacablement clos ! Toto ne pouvait jamais les ouvrir, et palper ainsi les immenses trésors qu’ils contenaient certainement.
Alors, que faire ? Toto décida qu’il allait prendre le chocolat par derrière. Il s’empara d’une feuille de papier et d’un crayon, et dessina (il savait déjà lire et écrire) un plan (approximatif) de l’appartement ; puis, d’un long trait continu, il traça le trajet qui le mènerait à l’autre côté du placard.
Satisfait, il se dirigea vers la porte d’entrée, car il fallait sortir de l’appartement. Une nouvelle déception l’attendait : la porte était également fermée à clef.
De rage, il déchira son plan. Puis, il réfléchit profondément. Car Toto était, vous vous en êtes peut‑être aperçus, un petit garçon très intelligent. Et il décida qu’il passerait par la fenêtre.
Il courut à la salle à manger, là où il y avait les livres, et s’empara de quelques volumes d’encyclopédie qu’il transporta péniblement au pied de la fenêtre.
Il se hissa sur l’échafaudage ainsi construit, parvint à toucher la poignée, à la prendre dans sa paume, à la faire pivoter, et à ouvrir la fenêtre !
Il sauta sur le sol, se fit un peu mal, mais pas trop, car c’était un coriace, un casse‑cou, et puis ce n’était pas bien haut. Il était libre ! Il avait bien envie de gambader dans la pinède, mais il n’avait pas oublié son but : la tablette de chocolat ! Il fallait trouver l’autre côté du placard. Contourner l’appartement. Toto rentra donc dans le hall de l’immeuble. Il fut un peu surpris, car la morphologie de l’endroit ne correspondait pas à son plan. Il emprunta un couloir, mais il n’était plus très sûr qu’il mène à l’arrière du placard. Il s’arrêta devant une porte entrouverte qui laissait filtrer une étrange lumière. Cette porte était‑elle celle de l’autre côté du placard ? Il n’en savait rien. Mais il avait tellement envie de chocolat que cela valait la peine d’essayer.
Il ouvrit la porte en tremblant. Et, ce faisant, il eut l’impression qu’il faisait quelque chose de mal.
La porte se referma derrière lui. Il était dans une toute petite pièce, ce qui lui donnait l’impression que le plafond était très haut. Nulle trace de tablette.
Toto tenta de sortir de la petite pièce, mais il n’y parvint pas : la porte était fermée.
Toto regarda ce qu’il y avait écrit sur le mur : c’était un panonceau, avec dessus : ASCENSEUR OTIS !
Toto eut peur. Il tambourina tant qu’il put contre la porte, mais elle ne s’ouvrait pas et personne ne venait. Puis, il remarqua sept boutons, sur lesquels étaient inscrits : RC, 1, 2, 3, 4, 5 et 6.
Il se dit que peut‑être l’un de ces boutons commandait l’ouverture de la porte. En fait, il n’y croyait pas trop. Mais il essaya quand même.
Quand il appuya sur le bouton RC, rien ne se produisit tout d’abord. Puis, un corbeau apparut. Toto se demanda comment il avait pu entrer. Le corbeau dit :
— La tablette de chocolat est dans le cloaque. Va donc la chercher si t’es un homme !
Puis, le corbeau disparut. Toto n’avait pas l’habitude de se laisser insulter. Il décida donc d’aller chercher la tablette de chocolat et de montrer au corbeau qu’il était un homme, même s’il n’en était pas un. Mais il était très ennuyé. Car il n’avait pas la moindre idée de ce qu’était un cloaque.
Il appuya sur le bouton marqué « 1 ». L’ascenseur se mit en branle. Puis il s’arrêta.
Toto fut tout surpris de constater que la porte s’ouvrait désormais (au demeurant, ce n’était pas la même porte).
En sortant de l’ascenseur, il rencontra un homme très grand, avec une grande barbe, qui lui dit :
— Misérable ver de terre ! Comment oses‑tu sortir de l’ascenseur dans lequel le Destin t’a enfermé ?
Toto répondit qu’il cherchait une tablette de chocolat.
— Misérable cloporte ! répondit l’homme, ne sais‑tu pas que la gourmandise est un péché ?
Toto se dit que l’homme n’était pas très sympathique, et que puisqu’il en était ainsi, il allait rejoindre son ascenseur. Mais, auparavant, il hasarda une dernière question : il demanda à l’homme ce qu’était un cloaque.
Alors l’homme devint tout rouge ; ses yeux s’exorbitèrent :
— Misérable pourceau ! Comment oses‑tu prononcer ce mot funeste ! Tu veux donc être décapsulé ?
Toto se demanda ce que décapsuler pouvait bien vouloir dire. Mais l’homme était vraiment en colère :
— Ah ! Sacripant ! Un cloaque ! Un cloaque ! Comment ose‑t‑il ?
L’homme devint tellement écarlate qu’il eut du mal à respirer. Puis, ses traits se figèrent, et il s’effondra sur le sol. Toto entendit au loin les ricanements du corbeau : « Croâ ! Croâ ! » Mais n’était‑ce pas plutôt « Cloaque ! Cloaque ! » ?
Toto se dit qu’il était plus rassuré dans son ascenseur, même si cela ne plaisait pas à Madame Machin. Aussi, il y retourna. Mais il ne put s’empêcher d’appuyer sur le bouton marqué « 2 ». Il fut un peu moins surpris qu’auparavant quand l’ascenseur se remit en branle.
Quand l’ascenseur s’arrêta, Toto considéra qu’il était très ennuyé. En effet, il aimait tellement le chocolat qu’il voulait à tout prix trouver ce cloaque, mais il avait très peur d’être décapsulé. Et que dirait Madame Machin ?
Toto ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec une baleine. Il lui demanda ce qu’était un cloaque.
La baleine lui répondit :
— Jeune présomptueux ! Et comment comptes‑tu échapper au décapsulage ?
Toto répondit qu’il avait très peur du décapsulage, mais qu’il ne savait pas ce que c’était.
— Pauvre ignorant ! Ta mère ne t’a donc pas éduqué ?
Toto répondit qu’il n’avait pas de mère, et qu’il avait été élevé par Madame Machin.
— Ah ! La vieille peau du rez‑de‑chaussée ! Elle n’a jamais rien compris à ces histoires… Voyons, mon garçon… Tu veux vraiment le voir, ce cloaque ?
Toto répondit que ce qu’il voulait, ce n’était pas tant le voir que prendre la tablette de chocolat qui s’y trouvait, aux dires du corbeau. D’ailleurs, il se souciait comme d’une guigne du cloaque ; ce qui l’intéressait, c’était la tablette de chocolat. Et, de plus, il n’avait aucune idée de ce qu’était un cloaque. La baleine répondit :
— Tu as tort ! Le cloaque est bien plus intéressant. Enfin, ça te regarde. Et puis tu n’y connais rien. De toute façon, je ne vois pas où tu pourras trouver ta plaquette de chocolat autre part que dans le cloaque. Madame Machin ! Madame Machin ! Je voudrais bien te voir ouvrir le placard de Madame Machin ! Et puis, il faudrait retourner au rez‑de‑chaussée ! Et qu’est‑ce qui te prouve qu’il y est encore, ton chocolat, dans le placard de Madame Machin ? Je vais te dire une bonne chose : ça ne m’étonnerait pas que le corbeau ait volé la plaquette de Madame Machin pour la mettre dans le cloaque !
Toto déclara qu’en conséquence, il aimerait bien que la baleine lui dise ce qu’était le cloaque et où il était.
— Pas si vite, mon garçon ! répondit‑elle. Il va falloir d’abord te prémunir contre le décapsulage. Et c’est long et difficile.
Toto s’impatienta et dit à la baleine que si c’était possible de se prémunir contre le décapsulage, il serait bien heureux de savoir comment.
— Mon pauvre garçon, répondit la baleine, je le sais, mais je ne peux te le dire. Le corbeau m’a jeté un sort. Si je prononce le numéro de l’étage où il faut…
Toto était un petit garçon intelligent :
— Trois ? répondit‑il.
À ces mots, la baleine se mit à pleurer. Puis elle gonfla.
Toto eut peur et alla se réfugier dans l’ascenseur. Il entendit la baleine éclater, de l’autre côté de la porte, dans un vacarme étourdissant. Puis, il appuya sur le bouton sur lequel était inscrit le nombre trois.
Avant que l’ascenseur se mette en marche, il entendit de nouveau les ricanements du corbeau.
Quand l’appareil s’arrêta et qu’il en sortit, il ne vit tout d’abord qu’une pièce vide.
Mais bientôt, il entendit une voix fluette et aigüe de l’autre côté de la pièce. Il s’approcha. C’était une toute petite coccinelle. Toto lui demanda comment on pouvait être invulnérable au décapsulage.
— Ah ! Encore un qui veut aller dans le cloaque, soupira la coccinelle.
Toto protesta qu’en fait de cloaque, c’était la plaquette de chocolat qui l’intéressait.
— Ouais ! Ouais ! On dit toujours ça, railla la coccinelle.
Toto pensa qu’il était inutile de discuter avec un être aussi bête. Il demanda à la coccinelle ce qu’elle savait. La coccinelle répondit qu’elle savait tout.
— Je te le dirais, lui dit‑elle, si tu t’engages à m’emmener avec toi dans le cloaque.
Toto lui répondit qu’à partir du moment où il serait immunisé, il ne voyait aucune objection à emmener quelqu’un avec lui dans le cloaque. Mais, comme il n’était pas bête, il lui demanda pourquoi, si elle savait ce qu’il fallait faire pour se prémunir contre le décapsulage, elle n’avait pas déjà visité le cloaque. La coccinelle lui répondit qu’elle ne savait pas dans quel lieu se trouvait le cloaque, et que seul un petit garçon comme Toto pouvait avoir la révélation de ce lieu.
Puis, elle lui livra le secret de l’immunité :
— Il existe quelque part un vieux, un très vieux grimoire, dans lequel est inscrite une incantation. Il suffit que tu lises cette incantation pour être aussitôt prémuni contre le décapsulage.
Toto lui demanda où se trouvait le grimoire. La coccinelle lui demanda de lui promettre de l’emmener. Toto promit. La coccinelle lui enjoignit de rejoindre l’ascenseur. Il se dirigea vers celui‑ci et la coccinelle lui emboîta le pas.
Tout d’un coup, avant d’avoir atteint l’ascenseur, Toto entendit un rire qui lui donna des frissons dans le dos. Il reconnut aussitôt le corbeau ! Il se retourna, et s’aperçut qu’il venait d’écraser la coccinelle sous son pas : du petit animal ne restait qu’une minuscule bouillie orange.
Toto fut fort désappointé : en effet, il ne savait pas où était le grimoire. La disparition de la coccinelle le condamnait à une recherche qui risquait de s’avérer fastidieuse et pleine de danger.
Pour en savoir plus, il ne trouva rien de mieux à faire que de retourner dans l’ascenseur, et d’appuyer sur le bouton numéro quatre.
Quand l’ascenseur eut terminé son mouvement désormais familier à Toto, celui‑ci poussa la porte et sortit de l’appareil.
Ce qu’il vit lui fit si peur qu’il tenta tout d’abord de rejoindre l’ascenseur. Mais, hélas, la porte ne s’ouvrait plus.Toto allait être contraint d’affronter douze sorcières plus laides les unes que les autres !
Toto eut le vertige : elles parlaient toutes en même temps :
— Approche, mon petit Toto, Ah ! Ah ! Ah ! Alors, on veut cloaquer, hein ? Petit sale, va ! Petit garçon prétentieux ! Et en plus de ça, on ne veut pas se faire décapsuler, hein ? Quand on veut cloaquer, mon garçon, il faut payer ! Alors puisque tu veux aller dans le cloaque, tu iras, n’aie pas peur ! Mais après, tu seras DÉCAPSULÉ ! Pfuit ! Plus rien ! Ah ! Ah ! Ah ! Car ce grimoire, tu ne le trouveras jamais, tu entends ? Absolument jamais ! Alors tu vas aller à l’étage supérieur, et le serpent te dira où est le cloaque ! Et n’essaie pas de t’enfuir, n’essaie pas de redescendre, car il t’en cuirait ! Tu vas sagement aller dans le cloaque, hein, puisque tu en meurs d’envie, et puis après, hop ! Décapsulé ! Ah ! Ah ! Ah !
Toto eut si peur qu’il ne put se retenir de faire pipi. Il n’avait jamais autant fait pipi.
À la vue de son urine, les douze sorcières furent horrifiées et s’enfuirent en courant.
Au loin, on entendit le cri du corbeau : « Cloaque ! Cloaque ! »
Toto était très malheureux maintenant qu’il savait qu’il ne trouverait jamais le grimoire et qu’il allait être décapsulé. Il aurait bien aimé retourner chez Madame Machin, mais les sorcières lui avaient bien dit qu’il ne pouvait pas redescendre !
Alors, tristement, il retourna dans son ascenseur, et il appuya sur le cinquième bouton, qui était en fait le sixième, puisque le premier était celui sur lequel était marqué « RC ».
Une fois que l’ascenseur eut terminé son tintamarre habituel, il ouvrit la porte.
Et il fut glacé d’effroi : un long, un affreux, un abominable serpent, qui se tortillait dans un immense panier, l’attendait :
— Approche, approche, mon enfant, siffla‑t‑il.
Toto approcha en tremblant.
— Alors ! Prêt pour le cloaque ?
Toto répondit qu’il ne voulait pas toucher au cloaque, que ce qui l’intéressait, c’était le chocolat.
— Du chocolat ? À ton âge !
Toto lui dit qu’il aurait bien aimé avoir lu le grimoire, car il ne voulait pas être décapsulé.
— Ah ? Ce vieux grimoire ? répondit le serpent. Oh ! Tu sais, c’est un vieux, un très vieux grimoire, et je ne sais même pas s’il fonctionne encore. Allons donc ! Tu as si peur d’être décapsulé ?
Toto lui répondit qu’il avait très peur d’être décapsulé depuis qu’il avait rencontré quelqu’un au premier étage qui lui avait décrit cela comme une abomination.
— Hé ! Hé ! Hé ! Il n’avait pas tout à fait tort ! dit le serpent. Ah ! Mon fils, je n’aimerais pas être à ta place ! Être décapsulé, non merci ! Enfin. Tu le voulais, ton chocolat, tu l’auras, puisqu’il est dans le cloaque ! Mais après, ma foi, tu t’en mordras les doigts ! Tant pis ! Tu es un grand garçon, maintenant ! On n’a rien sans rien.
Toto répondit, en pleurant, que s’il avait su, il aurait bien volontiers renoncé à son chocolat pour ne pas être décapsulé. Il supplia le serpent de bien vouloir lui accorder sa grâce, de le laisser redescendre chez Madame Machin. Il jura de ne plus jamais manger de chocolat. Il promit au serpent ce qu’il voudrait, à condition de ne pas être décapsulé.
— Ah, ça, mon garçon, pas question ! répondit le serpent. Madame Machin t’a peut‑être passé tous tes caprices, mais moi, je ne suis pas Madame Machin. Avec moi, on parle d’homme à homme ! Alors le cloaque, le chocolat, pas de problème. Seulement après, décapsulé ! Pas de pitié ! Assez parlé ! Le cloaque est au sixième étage ! Alors tu vas rejoindre ton petit ascenseur, tu vas sagement appuyer sur le bouton 6, tu vas ouvrir la porte et entrer dans le cloaque. Compris ? Et maintenant, je vais m’autodétruire !
Le serpent s’évanouit en fumée, dans un ricanement de corbeau.
Toto aurait bien voulu lui tordre le cou de ses propres mains, mais il avait disparu !
Il ne lui restait plus qu’à s’armer de courage, à retourner dans l’ascenseur, à appuyer sur le dernier bouton, et à entrer dans le cloaque.
Comme il regrettait le temps où il vivait avec Madame Machin !
Le mouvement de l’ascenseur lui parut plus long et plus sinistre que jamais.
Quand il ouvrit la porte, il fut pris à la gorge par une odeur de soufre. La porte se referma derrière lui. Il se trouvait dans une salle voûtée d’où partaient trois couloirs.
Toto ne savait pas ce qu’était le cloaque, mais il sentait confusément qu’il en était à l’intérieur. Il emprunta l’un des couloirs. Il n’eut pas fait trois pas qu’il trouva un autre carrefour, d’où partaient trois nouveaux couloirs ! Il s’engagea dans celui qui était le plus à droite, et, au bout de trois ou quatre mètres, déboucha dans une autre salle voûtée, d’où partaient maintenant cinq couloirs !
Toto était dans un labyrinthe. Il comprit qu’il mettrait des années pour l’explorer.
Il erra longtemps, sans but précis, à travers les corridors.
Tout à coup, il remarqua une flèche bleue peinte sur un mur. Il marcha dans la direction qu’elle indiquait. Elle fut suivie d’une seconde flèche bleue, puis de beaucoup d’autres.
Il aboutit dans une grande salle, d’où ne partait plus qu’un seul couloir !
Il allait emprunter ce couloir, quand il remarqua, sur une toute petite table en bois, moisie, qui croupissait dans un coin sombre de la pièce, un livre.
C’était un vieux, un très vieux grimoire. Le cœur battant, Toto s’en approcha. Sur la couverture était inscrit en lettres gothiques: Boris Bezzenstein – Comment ne pas se faire décapuler.
Alors, Toto fut pris d’une vive joie. Il sentit que sa quête était arrivée à son terme.
Il ouvrit le livre avec frénésie, s’attendant à trouver l’incantation dont avait parlé la coccinelle.
Il fut surpris. Le livre était creux ; factice. Il ne contenait pas de pages. Simplement… une tablette de chocolat.
Toto remarqua que l’ascenseur était là.
Quand Madame Machin rentra chez elle, Toto dormait profondément. Elle fut si attendrie par l’innocence de son visage, qu’elle oublia pour une fois sa sévérité légendaire.
Elle se dirigea vers le garde‑manger dans l’intention de s’emparer de la tablette de chocolat pour en donner à son fils adoptif.
Malheureusement, quand elle ouvrit la porte du placard, elle n’y vit que le cadavre d’un corbeau.

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