Chapitre XXX

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Le temps semblait avoir perdu toute importance et Élise n’aurait pas su dire combien de minutes s’étaient écoulées depuis la disparition d’Adrien. Son esprit refusait encore d’accepter que cet instant appartenait déjà au passé.

Ses larmes continuaient de couler, mais les sanglots qui l’avaient secouée quelques minutes plus tôt s’étaient apaisés. La douleur restait là, plus sourde maintenant, plus profonde, comme si quelque chose s’était brisé à l’intérieur d’elle.

Autour d’elle, la forêt avait retrouvé son calme.

Le vent faisait doucement frémir les feuilles et les rayons du soleil filtraient à travers les branches comme ils l’avaient fait tous les matins depuis des années, indifférents au drame qui venait de se jouer au centre de la clairière.

Élise finit par relever la tête.

Son regard se posa de nouveau sur la pierre.

C’était exactement la même pierre.
La même surface froide.
Le même silence.

Et pourtant tout avait changé.

Quelques minutes plus tôt, Adrien se tenait encore là.

Une douleur brutale remonta dans sa poitrine et elle ferma les yeux pour ne pas éclater de nouveau en sanglots.

Lorsqu’elle réussit enfin à se relever, ses jambes tremblaient légèrement, comme si son corps refusait encore de lui obéir.

Elle resta quelques secondes debout devant la pierre, incapable de détourner les yeux de l’endroit où il se trouvait encore quelques instants plus tôt.

Puis elle murmura son nom.

— Adrien…

Sa voix se perdit dans le silence de la clairière.

Personne ne répondit.

Alors seulement elle comprit qu’il n’y aurait plus jamais de réponse.

Cette pensée traversa son esprit avec une brutalité presque physique.

Elle passa lentement une main sur son visage pour essuyer les traces de larmes, mais ce geste ne changea rien au poids qui serrait sa poitrine.

Après un long moment, elle se détourna enfin de la pierre.

Le chemin qui traversait la forêt s’étendait devant elle.

C’était le même chemin qu’ils avaient emprunté quelques minutes plus tôt.

Mais cette fois, elle devait le parcourir seule.

Elle fit quelques pas.

Chaque mouvement lui semblait lourd, comme si son corps avançait sans que son esprit puisse réellement suivre.

Lorsqu’elle atteignit la lisière des arbres, la clairière disparut derrière elle.

La pierre resta cachée entre les troncs.

Le chemin descendait doucement à travers la forêt et Élise avançait sans vraiment regarder où elle mettait les pieds, comme si son corps marchait par habitude tandis que son esprit restait encore dans la clairière.

Quelques minutes plus tôt, Adrien marchait à côté d’elle sur ce même chemin.

Elle pouvait encore presque sentir sa présence.

La façon dont leurs épaules se frôlaient parfois lorsqu’ils avançaient.

Le son de ses pas dans l’herbe humide.

Mais maintenant, il n’y avait plus que le bruit léger de ses propres pas et le souffle du vent entre les branches.

Cette absence était presque insupportable.

Élise dut s’arrêter un instant pour reprendre sa respiration, parce que la douleur qui serrait sa poitrine remontait par vagues, comme si son cœur refusait encore d’accepter ce qui venait de se produire.

Elle essuya ses larmes d’un geste rapide.

Puis elle reprit sa marche.

Lorsqu’elle atteignit enfin la voiture, elle resta quelques secondes immobile devant la portière.

C’était la même voiture dans laquelle ils étaient arrivés ensemble quelques minutes plus tôt.

La portière côté passager était toujours fermée.

Elle resta longtemps à la regarder.

Parce que cette simple portière lui rappelait brutalement qu’il n’y aurait plus personne pour s’asseoir à cet endroit.

Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’elle ouvrit la portière côté conducteur.

Elle s’installa derrière le volant.

Élise posa ses mains sur le volant, mais elle ne démarra pas immédiatement.

Le silence dans l’habitacle était presque oppressant.

Quelques minutes plus tôt, Adrien se trouvait là.

Il regardait les arbres.
Il lui parlait.

Et maintenant il n’y avait plus rien.

La réalité de cette absence lui coupa presque la respiration.

Elle posa son front contre le volant.

— Adrien…

Son nom n’était plus qu’un murmure brisé.

Mais il n’y avait personne pour l’entendre.

Après un long moment, elle redressa la tête.

Ses yeux se posèrent sur le siège passager une dernière fois.

Puis elle tourna la clé.

Le bruit du moteur brisa le silence de la forêt.

Élise prit une inspiration tremblante et fit lentement demi-tour sur le chemin.

La voiture s’éloigna de la clairière.

Les arbres se refermèrent derrière elle.

Et la pierre disparut définitivement de sa vue.

La route qui quittait la forêt descendait doucement vers la ville.

Élise conduisait sans vraiment voir le paysage qui défilait devant elle. Ses yeux restaient brouillés par les larmes et son esprit demeurait accroché à l’image d’Adrien disparaissant dans la lumière du matin.

Le siège passager à côté d’elle restait désespérément vide.

Pendant tout le trajet, elle eut plusieurs fois l’impression absurde qu’il allait parler, qu’il allait tourner la tête vers elle pour lui dire quelque chose comme il l’avait fait tant de fois ces dernières semaines.

Mais la voiture restait silencieuse.

Lorsqu’elle entra enfin dans la ville, la vie continuait comme si rien ne s’était passé.

Des gens marchaient sur les trottoirs.
Des voitures passaient aux carrefours.

Le monde avançait avec une indifférence presque brutale.

Elle finit par atteindre son immeuble.

La voiture s’arrêta devant l’entrée.

Mais Élise resta immobile quelques secondes derrière le volant, incapable de trouver la force de sortir.

Puis elle coupa le moteur.

Le silence revint aussitôt.

Elle sortit enfin de la voiture et entra dans l’immeuble.

L’escalier lui sembla plus long que d’habitude.

Lorsqu’elle arriva devant la porte de son appartement, elle resta un instant immobile. Sa main tremblait légèrement lorsqu’elle introduisit la clé dans la serrure.

La porte s’ouvrit sur un appartement silencieux.

La lumière de l’après-midi glissait doucement à travers les rideaux du salon.

Le matelas était toujours posé près du canapé.

Les couvertures étaient encore là.

Exactement comme ils les avaient laissées le matin.

Sur le dossier de la chaise, la veste d’Adrien était restée posée.

Comme s’il allait revenir la récupérer.

Cette simple vision lui coupa presque la respiration.

Élise entra lentement et referma la porte derrière elle.

Elle fit quelques pas dans le salon.

Ses yeux se posèrent sur la chaise où reposait la veste.

Puis sur la table où ils avaient bu leur café.

La tasse d’Adrien était encore là.

Chaque objet semblait porter la trace de sa présence.

Mais cette présence était devenue une absence.

Ses jambes tremblèrent légèrement.

Elle s’approcha du matelas et posa doucement la main sur la couverture.

Le tissu était froid maintenant.

Elle ferma les yeux.

Et les larmes recommencèrent à couler.

Elle resta longtemps immobile près du matelas.

Le silence de l’appartement semblait plus vaste que le matin, comme si l’espace lui-même s’était agrandi depuis la disparition d’Adrien.

Elle finit par s’asseoir lentement sur le bord du matelas.

La chaise.
La table.
La fenêtre près de laquelle il s’arrêtait souvent pour regarder la ville.

Chaque objet réveillait un souvenir encore trop vivant.

Ces souvenirs étaient si proches qu’elle avait presque l’impression de pouvoir tendre la main et le retrouver.

Mais le silence autour d’elle lui rappelait immédiatement la réalité.

Élise baissa les yeux et ses doigts effleurèrent la couverture.

Le tissu était froid.

La douleur remonta d’un seul coup.

Les larmes recommencèrent à couler sans qu’elle puisse les retenir.

Elle resta ainsi longtemps, incapable de bouger, tandis que la lumière du jour glissait lentement à travers les rideaux et que les ombres s’allongeaient sur le parquet.

Lorsqu’elle finit par se lever, la nuit était tombée.

Elle n’alluma pas la lumière.

L’appartement resta plongé dans une pénombre silencieuse.

Elle marcha lentement jusqu’à la cuisine.

Le verre qu’Adrien avait utilisé le matin était encore posé sur le plan de travail.

Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’elle posa la main contre le bord de l’évier pour ne pas perdre l’équilibre.

La douleur dans sa poitrine devenait presque physique.

Elle murmura dans l’obscurité :

— Adrien…

Mais personne ne répondit.

La nuit passa, lente et silencieuse.

Élise finit par retourner près du matelas et s’y allongea sans retirer ses vêtements.

Impossible de dormir.

Chaque fois qu’elle fermait les yeux, l’image d’Adrien disparaissant dans la lumière du matin revenait aussitôt s’imposer à son esprit.

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