Chapitre 5.1

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Le cœur du grand elfe se soulève dans un tumulte. Curiosité, crainte ? Les deux se confondent alors qu’il sent cette tornade qui vient du nord-ouest. Une force nouvelle s’agite là-bas. Elle déchire la trame, se laisse sentir à tous ceux qui sont sensibles aux forces chaotiques. Il y a de nombreuses années qu’il n’avait pas ressenti quelque chose aussi intensément. Pas depuis l’avènement du fils des flammes.

Il éprouve un certain attrait pour cet être qui s’éveille avec fracas. Non, Ben’Rar ne peut pas se laisser déconcentrer de la sorte. Il a une mission à accomplir, une revanche à prendre. Il attend son heure depuis plus d’un siècle et enfin, la grande heure approche. Son ennemi va-t-il le reconnaître ?

Après tout, c’est vrai que son corps a beaucoup changé depuis tout ce temps. Sa peau à prit un reflet bleuté caractéristique de ceux qui fleurtent avec la haute-magie trop intensément. Les traits de son visage sont devenus plus anguleux qu’un diamant, renforçant cette aura dérangeante et irréelle qui émane de lui et de son regard bleu électrique. Ces deux étincelles de foudre se cachent sous de lourdes arcades sourcilières pourvues de buissons noirs et épineux, figés dans une expression toujours haineuse. Car Ben’Rar est devenu totalement insensible à la joie, à la douceur, à tout ce qui fut de sa première vie. Il n’existe plus que pour sa vengeance, son corps en est le vaisseau.

D’amples scarifications zèbrent son dos large et musculeux, des runes agressives rédigées dans un ersatz de langue harade que les siens utilisaient autrefois. Des tatouages rudimentaires, plantés en lui à l’aiguille grossière et au charbon pilé, marquent ses doigts. Ils remontent jusqu’à son torse en courant sur ses veines pour descendre jusqu’à ses orteils nus et remontent aussi jusqu’à ses grosses oreilles disproportionnées pour un elfe.

Car ses pouvoirs, il les a acquis dans le sacrifice, notamment dans celui de son enveloppe corporelle qui se marque de mutations. Comme ses oreilles qu’un harade des belles terres trouverait bestiales. Ses mains également son énormes, puissantes, et il laisse pousser ses ongles épais en griffes prédatrices. Sa mâchoire pourrait mâcher des pierres, alors que ses membres prennent des proportions simiesques. Ben’Rar est une bête des ancestrales jungles de l’est, la pire d’entre toutes. Il manie aussi bien la puissance brute que la ruse et pire encore, les forces chaotiques que ses anciens frères civilisés laissent aux magnus aguerris.

En haut de son tumulus de terre noire et fertile, il prend des airs de prédateur malsain tandis qu’il scrute par-dessus l’antique canopée en direction de l’ouest. Ben’Rar attendra son heure, elle est proche. Il passe une grosse langue bleue-noire sur sa canine de tueur, un tic bestial et carnassier. On l’attend plus bas.

Tranquillement, Ben’Rar se met en mouvement. C’est d’un pas lourd qu’il descend les marches de pierres taillées grossièrement, pour s’enfoncer dans le ventre de cette motte de terre géante que les siens ont bâti. L’architecture de leurs anciens frères n’est qu’un lointain souvenir. Pas de fioritures, pas de temps gaspillé. De la terre crue, du bois et de la pierre assemblés pour former une structure robuste et efficace. Les exilés sont plus brutaux, plus proche de la ruse animale que de l’intellect véritable et sans aucune douceur. Leur nouveau foyer les a forgés ainsi autant qu’ils l’ont forgé eux-mêmes.

Ben’Rar observe les plus jeunes sur son passage avec fierté. Ils ont les traits abrupts, les muscles sec et agiles de bêtes sauvages, des tignasses fournies et l’œil aiguisé. Ils sont à son image, une version améliorée de ces créatures chétives cachées sous le joug des aëles. Leur sauvagerie fait trembler leurs anciens frères de l’autre côté du fleuve. Leur rage les laisse circonspects, nerveux. Ils ont oublié les injures d’autrefois, mais pas le peuple de Ben’Rar. C’est donc avec un certain plaisir qu’il commet ses rituels.

Enfin l’elfe sauvage débouche sur une grande salle au plus profond du tumulus. C’est une sorte de gigantesque terrier de boue et de roche vaguement sculptée de formes incongrues comme venues d’un autre monde. La lumière chaude des torches donne à l’ensemble une atmosphère rudimentaire, qui renforce la sauvagerie émanant de ces silhouettes se rapprochant un peu plus du singe que de l’elfe à chaque génération qui passe. Au centre de ce terrier qui sens l’humus et la sueur, un bassin de pierre fait office de point de rassemblement à une sombre assemblée. Elle en fait le tour dans un grommellement commun psalmodié avec insistance.

Cette assemblée, ce sont des daar’zahnnii, n’ont rien de commun avec les magnus des belles terres. Leur maîtrise du chaos se fait primaire, instinctive et aucun d’eux ne cherche à en contrecarrer les effets. Chaque blessure, chaque mutation, chaque traumatisme psychique infligé par la pratique sans règles entravantes de la magie est reçu avec fierté et amour. Le chaos les parcours comme l’eau le fleuve, leur savoir est intuitif et ésotérique, leurs méthodes radicalement différentes de celles des magnus harades. Cette nuit encore, leur rituel va accroitre la puissance dont a besoin Ben’Rar dans l’accomplissement de sa promesse.

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