Chapitre 7.1
Comparé à l’atmosphère de la surface, celle des geôles de Faedirnn est plus supportable. En plus, un fin filet rafraichissant remonte des galeries plus en profondeur et passe par sa cellule pour remonter vers les jardins. Ce qui laisse à Aaro un air sain constamment renouvelé largement préférable à cette vapeur surchauffée que l’on respire au milieu des jungles.
Une paillasse à même le sol, deux repas par jour et du temps pour faire de longues siestes sous l’éclairage discret des torches du couloir central. En définitive, sa détention n’est pas si inconfortable que cela. Il est cependant dommage que ceux qui passent par ces cellules n’en ressortent jamais. C’est probablement ce qui l’attend. Outre ce détail embêtant, la présence de Regarth qui l’observe comme un rat taupier pris au piège le laisse mal à l’aise.
L’elfe passe chaque jour. Il congédie le garde placé là par son père, s’installe sur un tabouret bancal et joue à se balancer durant une bonne heure tout en le fixant sans un mot. Ses yeux rouges sont avides du moindre de ses gestes. Il observe comme un homme de science un spécimen dont il devrait faire l’étude. Jusqu’où va-t-il aller comme ça ? Aaro en a sa claque de servir de spectacle à ce malade.
L’humain se lève de son tapis de paille, s’avance d’un pas assuré jusqu’à son sceau et baisse son pantalon avant de s’accroupir au-dessus. Il lance un regard défiant au voyeur, la tête relevée aussi haut que possible. Tout son corps se contorsionne pour éviter de toucher l’immonde bois souillé par des générations de détenus. Regarth ne faibli pas.
Dans un soupir vaincu, Aaro se relève et ajuste son habit.
– Eh bien, c’était du rapide !
– J’ai le trac quand il y a du public. Si vous pouviez partir, ça m’arrangerait.
L’elfe esquisse un sourire malin tout en soulevant les sourcils. Il se lève et s’approche des barreaux de la cage où se trouve Aaro, presque à portée de bras pour le jeune détenu.
– Tu as dû être très frustré durant toute ses années de ne pas pouvoir répondre franchement à mes moqueries. Qu’est ce qui te donnes assez d’assurance aujourd’hui pour me parler de la sorte ?
Aaro hausse les épaules et s’approche des barreaux également.
– Au point où j’en suis…
– Tu marques un point. Moi aussi si j’étais si proche de la mort, je me permettrais sans doute quelques petits écarts !
L’ordure. Si seulement Regarth se rapprochait juste un peu, que Aaro puisse rejouer la scène qu’il a vécu avec l’embûcheur, à la différence près qu’il ne raterait pas la gorge de ce fumier arrogant !
– Pourquoi. Pourquoi ce comportement ?
– Pourquoi pas ? Tu n’es qu’un insecte, et moi un seigneur. Je peux faire ce que bon me semble, tu n’es rien. La seule chose qui m’empêche de jouer avec toi jusqu’à ce que mort s’en suive c’est que mon père aime t’avoir sous la main pour que tu lui racontes tes histoires d’ailleurs.
Aaro ne trouve rien à redire de plus. Sa mâchoire se crispe tout autant que ses poings alors qu’une vague intense parcours sa poitrine. Son cœur bat lourdement, l’air frais qui remonte des profondeurs se fait plus vif dans son courant. Le jeune homme relève légèrement la tête, juste assez pour qu’un œil bleu transperce l’elfe face à lui d’une rage sourde. Aaro a toujours fait en sorte de rester à l’écart des membres de la maison Kharveta et de leurs ambitions, aussi le comportement de Regarth n’a comme seule explication que son sadisme. Un jour, Aaro le tuera. Il aimerait en avoir la force, le courage. Seulement, il sait au fond de lui que cela n’arrivera pas.
L’esclave décroche le regard de son maître. En arrière plan, les torches qui dansaient plus intensément dans le courant d’air ragaillardi retournent à leur quiétude. Regarth reste stoïque, la mine fermée. Discrètement, ses doigts glissent le long de son corps pour relâcher la pression qu’ils exerçaient contre le manche d’une dague placée à sa ceinture de cuir. Aaro ne l’avait même pas remarqué, mais l’elfe adopte une attitude beaucoup plus méfiante qu’à l’ordinaire.
Regarth se décide finalement à tourner les talons. Tout en s’éclipsant, il lance une dernière attaque à Aaro.
– Tu es un faible et un lâche. C’est pour ça que tu ne seras jamais rien dans ce monde.

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