Chapitre 7.2

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Un faible et un lâche. Aaro n’a pas dormi de la nuit. Les mots de Regarth se sont enfoncés en lui plus cruellement que des flèches. Un faible et un lâche, c’est comme ça qu’on le perçoit ? C’est ce qu’il est ?

Le jeune homme a retracé son parcours, de son enfance dans un orphelinat d’Alicantha jusqu’à son arrivée sur les plages de l’Haradhelion, des plages de l’Haradhelion jusqu’à sa servitude chez maître Daren. La peur est ce qui caractérise le mieux ses premiers instants dans les jungles en compagnie de ces elfes à la peau gris-brun. A aucun moment il n’a songé à s’enfuir, trop sûr de mourir dans ces bois remplis de créatures plus sanguinaires que ses geôliers.

Depuis il courbe l’échine, un coup devant maître Daren puis devant l’un de ses enfants, puis face à un garde ou un autre. Puis face à tous ceux qui le toisent d’un regard accusateur, comme si sa simple existence n’avait de sens que de trimer pour ces êtres pas plus nobles ou intelligents qu’il ne l’est lui-même, et ce malgré ce qu’ils peuvent en penser.

Se satisfaire d’une situation impossible à changer, cela fait de lui un lâche ? Ne pas avoir les moyens de s’affirmer dans un monde qui lui refuse l’indépendance, c’est être faible ? Mais Aaro n’a jamais pensé que sa situation était si pathétique. Qu’aurait-il fait de sa vie dans l’empire tyréen ? Il aurait lutté pour survivre, comme marin, mineur, soldat, paysans… Une vie de dur labeur, tout comme ici. Alors qu’est ce que ça change, esclave ou travailleur libre ? Regarth parle beaucoup et donne des leçons, mais Regarth n’est jamais qu’un privilégié de naissance. En Tyr, il aurait fait un parfait fils de la noblesse. Imbu de sa personne et dénigrant cette plèbe qui préfère se plaindre que de travailler plus dur pour sa prospérité. En somme, une enveloppe charnelle différente, mais le même esprit de salopard.

Soudainement la lourde porte de bois grince et craque en haut des escaliers qui mènent à la surface. Ils sont plusieurs à s’approcher, Aaro perçoit l’entremêlement de leurs bruits de bottes sur les marches de pierre taillée. Mais pas un mot n’est prononcé, la tension est déjà palpable alors même que les arrivants ne se sont pas encore présentés.

Le garde placé devant la cellule du jeune homme s’incline avec vigueur et s’éclipse aussi sec, ce qui laisse peu de doutes sur l’identité des nouveaux venus. Le seigneur Kharveta se plante face à la porte, mains dans le dos, son ketann pendant à sa modeste ceinture de cuir. Il est accompagné de son plus proche ami et conseiller, ainsi que de son dernier fils dont l’expression satisfaite laisse Aaro frémir.

– Mon garçon, il est l’heure.

Aaro dégluti difficilement. Il voulait protester, mais aucun mot n’est assez fort pour décrire ce qu’il ressent à cet instant.

Gathal s’avance de quelques pas et le potagiste distingue nettement le lourd cliquètement du trousseau de clés du geôlier. Le maître d’armes réapparait pour se placer devant son seigneur et lui ouvrir la cage où se trouve son prisonnier. Gathal n’ose même pas lui jeter un regard et retourne se placer derrière Daren d’une mine honteuse.

– Je… Seigneur, je n’ai r…

– Mon père pense que tu es un espion et un saboteur envoyé par ta nation. En tant que tel, tu dois être châtié. Simple souci des procédures, argumente Regarth avec un sourire jubilatoire.

– Mais…

– Suffit ! l’interromps Daren en levant une main ferme. Nous t’avons démasqué, tu es un magnus.

Aaro reste bouche bée. Cette éventualité lui avait traversé l’esprit une simple seconde avant qu’il ne la censure comme une idée incongrue. Lui, un humain capable de déchaîner les forces du chaos primordial ? Avec les années, il en était même arrivé à ne plus se rappeler qu’en Tyr, la magie est bel et bien utilisée par ces compatriotes, et que rien chez eux n’est elfique. Mais lui, un espion magnus ? Quelle connerie !

– Non ! Seigneur Daren, j’vous assure !

Le jeune humain se laisse tomber à terre des deux genoux comme si un coup fatal lui avait été donnée.

– On m’a abandonné ici et depuis ce jour je vous suis loyal !

– Rien ne sert de discuter davantage. Gathal, Regarth, emportez-moi ça.

Aaro reste tétanisé alors que les deux elfes s’approchent pour lui ligoter les mains. Gathal n’a toujours pas un regard pour lui et c’est bien ce qui achève le jeune homme avec une plus grande cruauté encore qu’un passage à tabac. Enfin, le noir total. Regarth enfile sur sa tête un sac de toile épaisse, non sans masquer son plaisir.

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