8 - Lumière et Musique
L'aube arrive. La lumière apparait à la fenêtre et Charles peut enfin se lever. Il n’attendait que ça tellement il était impatient de retrouver le vieil homme et la jeune Margot et découvrir plus de cette musique qui l’a tant enchanté. Il pensait qu’il ne trouverait pas le sommeil, mais la musique qui résonnait encore dans sa tête l’a emmené vers des pays somptueux qui ont fait vivre sa nuit comme jamais.
Quand il s’est réveillé cependant, pas moyen d’y retourner. Trop excité à l’idée de parcourir de nouvelles contrées inconnues au son du merveilleux instrument du vieil homme. Il s’est repassé dans la tête la soirée de la veille. La musique… Sa magie… Le rêve éveillé... Que s’est-il vraiment passé ? Il n’arrive pas à le dire. Il sait juste qu’il n’est plus le même.
Voyant que Philippe et Catherine dorment encore, il descend et se retrouve dans la salle commune, là où le miracle a eu lieu. Il ne voit rien qui sorte de l’habituel. La pièce est encore sale. Des restes un peu partout… Les propriétaires sont en train de prendre leur déjeuner à côté, dans leur petite pièce. Il les entend, et ils n’ont pas encore eu le temps de tout nettoyer. Il est donc seul et peut en profiter pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Mais tout s’emmêle dans sa tête ! La musique, la magie. Rien ne fait de sens.
Peu après, il entend un bruit dans le couloir. C’est le vieil homme qui descend à son tour. Il sourit en voyant Charles et lui fait un signe de la main. Charles, intimidé désormais, n’ose pas y répondre… Cela fait rire le musicien.
« Alors, jeune homme, on a perdu sa langue ? La lumière s’est réveillée et tu ne sais pas quoi en faire, n’est-ce pas ? Allez, viens avec moi, on va discuter un peu. Je vais tout t’expliquer. »
Charles opine de la tête et suit le vieillard, intimidé mais sans crainte aucune. Il suit le musicien dehors. Le jour est en train de se lever et les animaux de l’auberge se réveillent. Un coq n’arrête pas de chanter. Les vaches ont envie d’être traites et meuglent. Les oiseaux volent partout et piaillent. Charles a l’impression que la nature s’accorde avec le vieil homme et que tout est fait pour qu’il se sente bien, en confiance, rassuré, en pleine sérénité.
« Je m’appelle Melvin, jeune homme. Et toi, comment tu t’appelles ? »
« Moi, c’est Charles, Messire. »
« Appelle-moi Melvin, je t’en prie. Quand on partage la lumière, on est au même niveau. On se tutoie. »
« Mais… Je ne sais même pas ce que c’est la lumière ! Je ne peux pas vous tutoyer ! Et en plus, vous êtes… » Charles se retient de dire "vieux". Et Melvin éclate de rire !
« Vieux ? C’est ça que tu voulais dire ? Ahahaha ! Tu me plais bien toi avec ton innocence ! Mais je ne suis pas si vieux que ça ! Enfin… Par rapport à toi, c’est sûr que je ne suis pas tout jeune. Tu es plutôt de l’âge de Margot, ma petite fille. Elle aussi a la lumière. Je pense que tu as pu le ressentir hier soir… »
Charles s’arrête alors de marcher et regarde le vieil homme avec insistance :
« Mais c’est quoi cette lumière dont vous parlez tout le temps ?? »
Melvin le regarde alors et lui dit :
« La lumière, c’est ce que tu ressens au fond de toi quand la musique s’installe, quand elle te prend et t’emmène voyager. La lumière, elle est présente au fond de chacun d’entre nous. Mais seulement quelques-uns arrivent à la maitriser et à l’apprivoiser un peu. Plus tu l’apprivoises, plus tu réussis à t’en faire une amie, plus tu sauras parler à la lumière des autres et la faire vivre, créer des émotions. N’as-tu pas eu l’impression que c’est à toi que je parlais hier soir en jouant de mon frestel ? N’as-tu pas eu l’impression de voyager sur une vague de lumière qui t’a emmené là où je le souhaitais, là où j’ai réussi à convaincre la lumière de nous emmener ? La lumière est forte en toi et si tu le veux, tu seras un grand musicien. »
« Cette lumière dont vous parlez, c’est un cadeau de Dieu ? Ce n’est pas l’œuvre du diable ? Et ça implique quoi de devenir musicien ? »
« Je ne sais pas d’où elle vient cette lumière. Mais je pense que l’on peut dire qu’elle vient de Dieu oui. Elle n’apporte que le bonheur ! Et tous ceux qui ont essayé de la faire taire, c’était des agents du diable. Tu ne risques donc rien à l’accepter. »
Puis, avec un petit sourire, il rajoute :
« Vu comment tu réagis, je pense que tu aurais du mal à ne pas l’accepter. Quant à ce qui est d’être un musicien, ça n’implique rien de particulier. Pourquoi tu me poses la question ? »
« Je ne veux rien faire qui puisse rendre triste ma mère… Je veux la rendre fière de m’avoir bien élevé et qu’elle n’ait jamais rien à me reprocher. »
Melvin lui sourit.
« Je pense qu’elle sera fière et heureuse si tu deviens un musicien. Mais pour ça, il faudra venir avec Margot et moi, qu’on puisse te former. »
« Je ne sais pas si je vais pouvoir. Il faudrait que le Père Grégoire et ma mère acceptent… »
« Je parlerai au Père Grégoire. Et on écrira à ta mère. Ne t’inquiète pas ! Il suffit de se laisser guider par la lumière… »
Charles se rend compte alors qu’ils sont revenus à l’auberge. Il voit le frère Martin et le chevalier Armand en train de préparer les chevaux pour le voyage du jour. Il aperçoit aussi Philippe qui est déjà en train de discuter avec Margot. Charles se dit que ça va être un jeu d’enfant pour le jeune noble de séduire la jeune femme. Il les rejoint et Margot le salue avec un sourire alors que Philippe a l’air d’être un peu énervé d’être ainsi dérangé.
« Vous avez mangé les amis ? »
« Oui, Charles, tu peux aller prendre un peu de pain à l’intérieur. Et rejoins nous avec tes affaires, on ne va pas tarder à repartir ! »
Charles écoute le conseil de Philippe et va d’abord récupérer ses affaires dans la chambre avant de passer voir l’aubergiste qui lui donne un morceau de pain plein de miel et une tranche de lard pour le voyage du jour.
Il rejoint ensuite toute la petite troupe qui s’apprête à repartir. Melvin a un âne qui porte leurs affaires. Lui et Margot voyagent à pied et le rythme est donc un peu plus lent que celui de la veille. Philippe est monté dans la charrette. Il ne veut pas s’abaisser à marcher sur les chemins pas très entretenus. Charles, lui, reste avec Margot et Melvin et marche à leurs côtés.

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