9 - Catherine observe ses compagnons
La marche au petit matin se fait tranquillement. Leur troupe est assez importante et elle s’étend donc par petits groupes. Catherine et le chevalier Armand sont à cheval à l’avant. Catherine a l’air perdue dans ses pensées… Ce soir, elle va rencontrer son futur mari. Elle se demande comment ça va se passer à Boves où ils arriveront à la tombée de la nuit.
Elle regarde derrière elle et voit tous ceux qui l’accompagnent. Elle n’écoute pas vraiment le chevalier Armand qui lui raconte une énième bataille. Il est plutôt beau garçon, mais qu’il est ennuyeux ! Ses beaux traits et son expérience à la guerre font qu’il a beaucoup de succès auprès des femmes du royaume, mais pour Catherine, ça ne lui a jamais fait ni chaud ni froid. Elle le trouve sympathique mais elle plaint celle avec qui il finira par se marier. Elle ne va pas rigoler tous les jours !
Elle sourit en voyant derrière elle les deux moines à l’avant de la charrette. Elle ne connait pas grand-chose du frère Martin qu’elle a pu croiser lors de ses passages réguliers au monastère. Elle sait qu’il était chevalier avant, que sa femme et ses enfants ont été massacrés pendant qu’il était en campagne… Et que depuis, il est devenu moine et a promis de ne plus participer à des attaques sauf pour défendre ceux dont la vie serait en danger. Par contre, son oncle, le Père Grégoire, elle l’adore et ne peut que le remercier pour tout ce qu’il a fait pour elle. Il a l’air en pleine méditation. Elle est sure qu’il est en train de prier Dieu pour qu’il l’aide dans ce qui l’attend avec le seigneur Aymeric. Ou bien peut-être pense-t-il à Sylvie pour qui il est évident qu’il a de forts sentiments.
La nuit dernière, elle en a rêvé de ce Aymeric… Dans son rêve, il la forçait à plein de choses. Elle s’était réveillée à la fois horrifiée. Mais aussi un peu excitée. Elle est encore jeune, mais comme la présence de Charles le prouve, elle n’est pas non plus innocente… Et ça fait un moment qu’aucun homme n’a partagé sa couche. Elle se demande si elle va retrouver les sensations de ses premières fois ou ce qu’elle ressent quand elle se fait plaisir, seule dans son lit. Elle chasse de sa tête ces pensées qui l’obsèdent depuis l’annonce de son mariage forcé et continue d’observer ceux qui l’accompagnent de loin.
Elle voit Philippe, l’air renfrogné, dans sa charrette. Il n’a pas l’air content, le jeune homme. Catherine pense d’abord qu’il boude toujours parce qu’il n’a pas pu prendre son cheval pour faire ce voyage. Il a une haute estime de lui, le futur châtelain, et n’aime pas voyager dans la charrette. Mais elle comprend vite pourquoi il n’est pas ravi quand elle voit son regard porté sur le couple formé par la jeune Margot et son fils Charles, juste derrière le vieux musicien plein de talent. Philippe est jaloux. Et Catherine sent un élan de fierté en se disant que son Charles est capable de rivaliser en charme avec son cousin.
Son regard se porte ensuite sur la jeune femme. Elle doit avoir une quinzaine d’années. Brune et mince, mais de jolies formes. Pas étonnant que Philippe ait jeté son dévolu sur elle et qu’il soit en colère qu’elle ne fasse pas plus attention à lui. Et Charles, lui aussi, a l’air sous le charme… Mais pas au même niveau. Il a l’air subjugué par tout ce qu’elle lui dit. Catherine fait ralentir son cheval pour se retrouver à portée d’oreilles du jeune couple et elle entend Margot lui parler de musique. Elle lui dit de sentir les notes au fond de lui-même et de jouer avec son cœur. Le vieil homme lui a donné une petite flute, toute simple, et il reproduit les sons qu’elle lui chante. Il apprend vite, Charles, on dirait que c’est inné chez lui ! Il trouve facilement les doigtés sur la flute et bientôt, les voilà tous les deux qui jouent et chantent ensemble, en marchant, heureux, loin des préoccupations des adultes.
Melvin, le vieil homme, se porte à sa hauteur. Il lui sourit et se met à lui parler :
« Cela ne vous dérange pas qu’il apprenne un peu de musique ? Je ne sais pas si c’est compatible avec son statut de futur moine… »
« Futur moine ? Mais il ne va pas être moine ! »
Melvin la regarde, intrigué.
« Je pensais qu’il était avec le Père Grégoire, un peu son novice. Je me trompe ? »
« Oh, il habite au monastère, oui, mais je ne pense pas qu’il devienne moine un jour. Le Père Grégoire l’a recueilli lui et sa mère, à sa naissance. »
« Ah, je vois… Je demanderai au Père Grégoire s’il accepte que je l’emmène avec nous, alors. Il a un vrai don. Il faut qu’on puisse le former. »
Catherine le regarde, pensive, puis répond :
« Oui, il faudrait aussi pouvoir demander à sa mère si elle est d’accord ou pas. »
« Je crois que sa mère n’aura pas trop les moyens de dire grand-chose… »
Le regard perçant du vieil homme est trop pour Catherine qui se demande s’il n’a pas déjà percé son plus profond secret. Gênée par la question, elle ne répond pas, tire sur les rênes de son cheval et le fait galoper à nouveau pour reprendre la tête de la troupe et c’est comme ça qu’elle termine le voyage, en écoutant d’une oreille les récits du chevalier Armand, mais l’esprit préoccupé par son mariage et l’avenir de son fils.

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