10 - L'arrivée dans la ville
Boves est une grande bourgade, pleine d’animation. Même Philippe qui joue d’habitude au seigneur blasé n’en revient pas du monde qu’il y a partout, de l’agitation qui règne en ville.
Charles a rangé sa flute dans son balluchon. Un peu avant d’entrer dans la cité, ils ont rejoint une famille de paysans qui vient faire du commerce en ville. Ils ont fini le chemin ensemble et Charles les a écoutés parler, ce qu’ils font sans malice et naturellement, telles toutes les personnes proches de la terre qu’il connait. Charles apprend ainsi qu’ils viennent passer trois jours à Boves pour vendre le maximum de marchandises avant de retourner à leur ferme où ils ont laissé leur ainé s’occuper du bétail et du champ. Ils sont là, l’homme, la femme et son beau-frère car ils ont besoin de sel, et, si les ventes sont bonnes, ils achèteront aussi quelques étoffes dont ils ont besoin.
Charles ne leur répond que peu, l’esprit toujours occupé par tout ce qu’il est en train de découvrir avec la musique. Son air intéressé les pousse cependant à continuer à parler d’eux et cela lui occupe l’esprit. Même Catherine est distraite par les conversations des paysans et a l’air moins sombre qu’elle n’a pu l’être plus tôt sur le chemin.
Aux portes de la ville, deux gardes examinent ce que les paysans amènent. Ils leur demandent d’ouvrir leurs sacs, ce qu’ils font. Ils en profitent pour se servir de quelques poignées de fèves. Le privilège de monter la garde à l’entrée de la ville, se dit Charles. Charles admire la porte en pierre, imposante et majestueuse. Les fortifications sont elles aussi impressionnantes. Il y a des maçons qui sont en train de réparer la pierre abimée. La guerre a laissé des traces ici aussi…
C’est ensuite leur tour. Catherine se présente. Dès l’annonce de son nom, les gardes comprennent que la future femme de leur seigneur vient d’arriver. Ils ouvrent en grand la porte et font sonner des trompettes. La petite troupe entre dans la ville pour se diriger vers le château.
Charles regarde autour de lui. Tout le monde marche rapidement. Il règne une tranquille insouciance. La cité a l’air paisible, loin de l’atmosphère de guerre qu’il imaginait. Charles entend une femme crier avant de jeter un seau d’eau usée par sa fenêtre. Il entend ensuite l’homme qui s’est pris l’eau sur la tête jurer et crier contre celle qui ne l’a pas raté. Il ne peut s’empêcher de sourire. Toutes les villes, petites ou grandes, sont décidément les mêmes.
Charles monte sur la charrette avec Margot et ils découvrent la bourgade les yeux grands ouverts. Les rues sont étroites et la ville est pleine d’odeurs. Certaines agréables, comme celle du pain fraichement cuit qui sort d’une boulangerie. D’autres le sont moins. Surement que ces cochons qui se baladent n’y sont pas pour rien ! Charles observe les maisons à colombages. Elles semblent toutes neuves. La ville a vraiment l’air prospère. En levant les yeux, il voit toutes ces croix qui zèbrent les façades des maisons. Ces façades en torchis et en bois sont vraiment magnifiques !
Ils arrivent enfin au château. Catherine, Philippe et le chevalier Armand sont invités à rejoindre les appartements des hôtes de marque. Le Père Grégoire est lui aussi convié, mais il préfère décliner l’invitation afin de rester avec le frère Martin, Charles et les musiciens qui doivent eux, rejoindre les quartiers réservés aux serviteurs.
Catherine essaie de négocier pour ne pas être séparée d’une partie de ses accompagnateurs, mais les ordres sont formels. Après un instant de flottement, un chevalier apparait et confirme que seuls les nobles pourront accéder aux appartements. Il promet que les autres seront bien traités aussi. Charles voit que Catherine se résout à faire ainsi. Elle dit au Père Grégoire qu’elle fera le nécessaire pour qu’ils se retrouvent au moment du souper.
Charles et les autres suivent un garçon d’écurie qui les emmène à l’extérieur, dans une petite dépendance aux pieds du château. Ils sont accueillis par une lavandière qui leur explique que sa maison sert d’auberge pour les visiteurs du château dont le statut ne permet pas d’être à proximité du seigneur Aymeric. Elle les laisse s’installer. Les deux moines auront une chambre avec chacun un lit. Charles partagera sa chambre avec Melvin et Margot, pour son plus grand plaisir.

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