11 - Un seigneur beau et ténébreux

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Catherine s’installe dans la belle chambre. Elle aurait aimé voir son père, mais le chevalier à l’entrée de son appartement lui a indiqué qu’il ne souhaitait être dérangé par personne, pas même sa propre fille. Cela n’a pas fait plaisir à la jeune femme, mais que peut-elle y faire ? Elle n’est là que pour épouser le seigneur Aymeric, un présent de guerre pour favoriser la paix. Le manque de considération de son père la révolte. Elle a envie de tout casser dans sa chambre. Elle a envie de partir, de prendre ses affaires et de les laisser se débrouiller entre hommes. Et puis, elle se souvient que la vie de nombreuses personnes dépend d’elle… Comme les paysans qu’ils ont accompagnés avant de rentrer en ville. Si la guerre reprend, qui sait ce qui pourrait leur arriver ?

Quelqu’un frappe à la porte puis entre. Il s’agit d’une jeune femme un peu ronde.

« Bonjour Dame Catherine, je m’appelle Rose. Je suis envoyée par le Seigneur Aymeric pour être à votre service. »

Catherine la regarde faire sa petite révérence. Le Seigneur Aymeric prend soin d’elle et souhaite qu’elle se sente bien.

« Enchantée, Rose… Merci pour votre proposition. Pourriez vous me préparer un baquet d’eau chaude ? J’ai besoin de me laver avant le souper afin d’être présentable pour rencontrer le seigneur ce soir. Et après, vous m’aiderez à m’habiller et à me préparer. »

« Le Seigneur m’a libérée de toutes mes autres tâches, je suis uniquement à votre service. Je vous aiderai donc avec plaisir, Dame Catherine. Je vous rapporte le baquet tout de suite »

D’autres serviteurs du château arrivent bientôt et remplissent le baquet d’eau chaude puis la laissent seule avec Rose. Celle-ci s’approche et Catherine se laisse déshabiller par la jeune femme. Elle se retrouve nue sous ses yeux et se glisse dans l’eau. Elle demande à Rose de l’aider à se laver et apprécie le contact des linges de bain sur sa peau. Rose sait y faire et parvient à détendre sa maitresse, lui permettant par ce bain d’oublier toutes les fatigues du voyage.

Catherine sort ensuite du bain et demande à Rose de lui ramener une robe, la rouge qu’elle adore. Rose l’aide à l’enfiler et à nouer les différents lacets qui la ferment. Catherine se place devant la glace et sait qu’elle est une belle femme. Elle regarde ses boucles blondes, son visage bien dessiné, ses formes simples bien mises en valeur par la robe. Elle espère seulement que son père ne l’a pas vendue comme une vierge effarouchée. Sinon, le seigneur va vite déchanter. Rose lui enfile sa coiffe et l’attache à ses longs cheveux. Elle est enfin prête pour aller rencontrer son futur époux.

Elle suit Rose et le garde envoyé pour l’accompagner jusqu’à la salle de repas. Quand elle y arrive, le garde ouvre la porte et elle découvre la grande table installée au milieu de la salle, entre les murs de pierre imposants, devant la grande cheminée. la table est éclairée par les bougies qui dessinent de grandes ombres dans la pénombre. Elle a du mal à distinguer qui est présent. Elle s’avance dans la salle et c’est le Père Grégoire qui vient l’accueillir. Il lui tend la main qu’elle saisit. Elle sent plus qu’elle ne voit le garde et Rose se retirer. La voilà "seule" dans cette grande pièce lugubre et froide.

Le Père Grégoire lui fait un sourire réconfortant et l’entraine avec lui. Il l’emmène devant son père qui est à un bout de la table. Elle lui sourit, mais le seigneur la regarde froidement :

« Père, je suis heureuse de vous retrouver et de vous voir en bonne santé. »

« Ma fille, votre futur époux vous attend. Vous l’avez fait assez patienter. Allez donc le retrouver et vous installer à ses côtés que le repas puisse enfin commencer. »

Catherine n’est pas surprise de la froideur du ton. N’est-elle pas juste un objet qu’il vient de vendre à son ennemi afin d’acheter la paix ? Même si elle est habituée à ce genre de traitement, elle ne peut s’empêcher de frissonner sous le coté sec et tranchant de son père qui l’abandonne à son sort. Heureusement que son oncle est là, à ses côtés. Le Père Grégoire lui montre d’ailleurs le chemin et l’entraine à l’autre bout de la table où l’attend Aymeric.

Elle se rend compte en avançant lentement que Charles et les musiciens ne sont pas là… Ils n’ont pas dû être invités du fait qu’ils ne sont pas nobles. Elle voit Philippe qui a l’air de s’ennuyer. Le chevalier Armand est là aussi. Il la regarde d’un air appréciateur. Loin de conforter Catherine, ce regard lui donne l’impression d’être une marchandise qui est évaluée par ces hommes et que, tel un dindon sur le marché, elle va être achetée pour la quantité de viande qu’elle pourra produire.

Le Père Grégoire lâche sa main. Elle est surprise et comprend que c’est le moment où elle va rencontrer son futur époux. Il est là, assis au bout de la table. Vêtu d’une tunique sombre, il se lève pour venir à sa rencontre. Elle peut enfin le voir et lui aussi ne se fait pas prier pour la dévisager dans le silence glacial qui s’est installé. Les deux se toisent du regard. Catherine sent le regard perçant du seigneur sur elle. Elle le sent détailler chacune de ses courbes. Fière et digne, elle soutient son regard et fait de même, essayant de mieux discerner ses traits malgré l’obscurité de la pièce. Il est grand, plus qu'elle. Les cheveux noirs, les yeux clairs. Il a une petite barbe bien taillée qui renforce l’air d’autorité qui émane de lui. Elle devine sous la tunique la masse musculaire du seigneur, renforcée surement par les différents épisodes de guerres qu’il a menées récemment. Il est bel homme, même si son aspect sombre et autoritaire a de quoi terrifier.

Une chaleur qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps s'installe en elle. Elle ne peut s'empêcher d'imaginer les grandes mains de son futur mari parcourir son corps. Elle perçoit toute la force qu'il dégage et en est troublée profondément. Heureusement que la pénombre dissimule son émoi.

Lui a l’air satisfait de son inspection car un sourire éclaire son visage. Il prononce d’une voix forte et grave des mots d’accueil :

« Bienvenue, chère Catherine. Vous êtes ici chez vous désormais. Je suis ravi de vous rencontrer et vous souhaite la bienvenue en mon château. Votre splendeur n’était pas que légendaire, la réalité est encore au-delà de tout ce que l’on avait pu me raconter. Je suis très heureux que vous ayez accepté de devenir mon épouse. Asseyez-vous à côté de moi. Nous allons pouvoir discuter et préparer le mariage de demain. »

Il lui indique une place à sa droite et elle s’y installe, un peu fébrile de se retrouver si proche de lui. Elle est à la fois inquiète mais étrangement séduite par ce bel homme ténébreux qu’elle va prendre pour époux. Le repas va être l’occasion d’en savoir plus sur lui.

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