14 - Le mariage
Ca y est ! C’est le grand jour ! Charles s’est réveillé tôt et il est tout excité en pensant à la cérémonie du mariage et au fait qu'il va pouvoir jouer en compagnie de Margot et Melvin. En effet, Rose, une jeune femme au service de Catherine est venue la veille au soir, confirmer à Melvin que non seulement ils allaient pouvoir jouer pendant le repas, mais qu’ils étaient invités à toute la cérémonie. Une vraie chance pour eux car ils vont pouvoir tout regarder, tout admirer, tout découvrir. Et surtout partager la Lumière avec tous les convives.
Charles est aussi heureux car, la veille au soir, quand ils sont rentrés et ont regagné leur chambre, Margot lui a souhaité bonne nuit... En lui déposant un doux baiser sur ses lèvres ! Charles n’a pas eu le temps de réagir qu’elle était déjà partie se coucher loin de lui, dans son lit à elle. Si loin, mais si près... Il l'a entendue se dévêtir dans l'obscurité et l'a imaginée se coucher dans ses vêtements de nuit. Des pensées pas très sages ont occupé son esprit toute la nuit.
Le jeune homme, en y repensant ce matin, sent à nouveau poindre son désir. Un désir de mieux la connaitre, de la découvrir, qu'il n'avait jamais connu auparavant. De ce baiser, il garde encore, malgré la nuit passée, le souvenir brûlant sur ses lèvres. Le contact n’a duré que l’espace d’un instant, mais il a envoyé Charles dans des rêves où la musique et la sensualité se retrouvaient pour ne former qu’un autour de la Lumière. C’était son premier baiser, Margot est son premier amour, et il est heureux, c’est tout ce qui compte pour lui.
Charles se lève et se prépare pour la cérémonie. Il se débarbouille avec le baquet d'eau déposé par l'aubergiste. Il entend Margot se lever à son tour. Elle passe derrière lui et lui dépose une douce caresse sur son dos nu en lui souriant.
« Bonjour, Charles. Ma journée commence parfaitement car tu es très séduisant ! »
Sans un mot de plus, elle le laisse à ses ablutions. Charles sent sur son dos la douce chaleur de la caresse de la musicienne s'étendre à tout son corps. Il n'a pu s'empêcher de rougir au compliment de Margot et essaie de reprendre ses esprits. Il passe sa plus belle chemise, préparée pour l'occasion par sa mère et descend retrouver ses amis dans la grande salle de repas. Il y découvre Margot vêtue de la robe rouge qu'elle avait la première fois qu'il l'a vue, une robe échancrée et qui met en valeur les courbes de la jeune femme.
Avant qu'il n'ait pu la complimenter, le Père Grégoire les rejoint et demande si tout le monde est prêt. Melvin indique qu’il préfère ne pas se joindre à eux et qu’il les retrouvera au château pour le banquet. C'est donc à trois qu'ils se rendent au centre du village. Sur le chemin, Margot saisit la main du jeune musicien, ce qui le remplit de joie.
Charles s’installe dans l’église sur un petit banc, sous l'orgue, aux côtés du Père Grégoire et de Margot. Il chuchote avec elle et ils se montrent l’un l’autre ce qui les émerveille, les surprend, les fait rire. Le Père Grégoire les regarde, attendri de voir leur complicité naissante. Philippe, lui, en tant que neveu de Catherine, est tout devant. Il a mis un superbe manteau de fourrure qui le met en valeur. Le Père Grégoire le voit jeter un œil noir vers Charles et Margot. Il se dit que c’est l’adolescence. Le début des amours… Le début des jalousies… Il espère que l’amitié qui unit Charles et Philippe résistera à ces petites broutilles sans importance.
La musique retentit tout à coup. L'orgue débute un morceau majestueux annonçant l'arrivée de la mariée. Aymeric, vêtu d’un riche vêtement d’un rouge vif, s'est installé devant l'autel et se tourne vers la porte d'entrée du bâtiment qui s'ouvre lentement, laissant entrer la lumière du soleil qui éblouit tous les présents.
Eblouissante aussi, Catherine entre enfin dans l’église au bras de son père. Charles l'admire dans sa superbe robe blanche alors qu'elle marche gracieusement et traverse l'église. Elle est si belle, si majestueuse, si rayonnante ! Le soleil s'inscruste derrière elle et rend son entrée dans l'église encore plus magique. Elle a même l’air d’être heureuse de se marier. Aymeric l’attend, le regard admiratif vers sa future épouse qui s'installe tout sourire à ses côtés.
La cérémonie est assez longue. Tout en latin. Charles parvient à suivre un peu. Il explique à Margot ce qu’il se dit. C’est ennuyeux, mais les deux jeunes gens n’en ont cure. Ils sont heureux, ils sont à deux. Charles observe avec attention Catherine tout le long de la cérémonie. Il pensait qu’elle serait malheureuse, qu’elle montrerait son mécontentement face à ce mariage forcé, mais il n’en est rien. Elle a l’air séduite. Le jeune homme ne comprend pas ce qui lui arrive. Serait-elle tombée amoureuse en une soirée ?
Le prêtre soulève un anneau doré qui étincelle à la lumière du soleil qui passe à travers les vitraux. Charles traduit à sa voisine la bénédiction :
« Cet anneau symbolise l'Amour
Le Marié va le passer au doigt de sa Dulcinée
Cela marquera le début de leur toujours
Dieu sera éternellement à leurs côtés »
Aymeric le passe au doigt de son épouse qui sourit. La cérémonie s'achève quand le prêtre dépose sur les lèvres d'Aymeric un baiser de la Paix que celui-ci s'empresse de transmettre à son épouse de manière beaucoup moins chaste. Quand il se penche sur elle et l'embrasse ardemment, prenant possession de ses lèvres, elle en perd le souffle et devient toute rouge d'émotion.
Ils sortent ensuite sous les vivats des invités et des habitants de la ville venus assister au mariage de leur Seigneur, autant par admiration pour celui-ci que pour récolter les divers dons qui sont faits afin de célébrer cette union.
Après la cérémonie à l’église, Philippe vient retrouver Charles et Margot sur le parvis. Il sourit en grand à la jolie femme et essaie d’ignorer son ami au maximum :
« Belle cérémonie, n’est-ce pas Margot ? Quand je me marierai, je ferai encore mieux ! »
« Ah oui, et que ferez-vous Philippe ? Vous allez vous marier avec plusieurs femmes en même temps ? Faire une messe avec encore plus de mots latins que personne ne comprend ? »
Margot rit. Philippe est vexé et fulmine, d’autant plus que Charles s'est joint à elle. Il se rend néanmoins vite compte que ce n'est pas une attitude digne d'un futur seigneur et se reprend donc :
« Arrêtez donc de rire ! Vous allez m’entrainer dans votre folie avec vous ! Allez, le dernier au banquet est une poule mouillée ! »
Et il éclate de rire à son tour avant de se lancer dans une course effrénée qu'il veut absolument gagner pour démontrer sa supériorité, suivi de près par Charles et Margot.
Le Père Grégoire sourit en les voyant tous les trois s’amuser ensemble. Il se dit que cette journée est belle et que le mariage s’annonce sous de merveilleux auspices. Il remercie Dieu, sans se douter que la volonté du Seigneur est parfois impénétrable et pleine de surprises, pas forcément toutes agréables…

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