25 - Une journée au chateau

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Catherine est réveillée de bon matin par Rose qui lui amène un peu de pain et de miel.

« Bonjour, Madame. J'espère que vous avez bien dormi. Gabriel m'a dit qu'il viendrait bientôt vous rejoindre afin de vous expliquer le fonctionnement du chateau et voir ce que vous souhaitez gérer et ce que vous désirez lui déléguer. »

« Parce que je peux choisir ? »

Catherine est surprise car elle pensait qu'en tant que femme, elle n'aurait pas son mot à dire.

« Oui, Dame Catherine. Le Seigneur Aymeric a spécifié clairement avant de partir qu'il fallait vous laisser décider de ce que vous vouliez faire. Je crois qu'il vous respecte beaucoup. »

Catherine reste songeuse. S'il la respecte vraiment tant que ça, pourquoi est-il parti sans un "au revoir" ? Pensive, elle finit son repas en silence puis passe une robe légère en coton, d'une couleur bleue pâle qui met en valeur son visage clair sous ses boucles blondes. C'est un vêtement très confortable et elle la porte lorsqu'elle sait qu'elle va devoir beaucoup se déplacer. Elle se dit qu'il faudra qu'elle pense à en commander auprès du tisserand du village et se demande quelle couleur plairait à son mari.

Gabriel arrive et elle le laisse entrer dans ses appartements. Elle voit avec plaisir qu’il apprécie sa tenue car il ne peut s'empêcher un petit moment d'arrêt en l'apercevant, agrémenté d'un regard admiratif. Il pénètre dans la pièce principale, le sourire aux lèvres, l’air sûr de lui. Cette suffisance qu’il démontre au quotidien, elle a vraiment du mal à la supporter. Mais elle trouve son assurance rassurante aussi. Et elle se dit que le rouquin est séduisant. Il est beau, intelligent et a de la conversation. La jeune femme, délaissée par son mari qui a réveillé sa sensualité, ne peut rester insensible en présence de cet homme si désirable.

Gabriel lui fait une présentation de tout le château et de tout ce qu’il y a à connaitre. Il découvre avec plaisir qu'elle contrôle déjà la plupart des fonctions à remplir, ayant dû gérer le domaine de son père pendant ses absences à la guerre et en croisade. Ils passent ainsi en cuisine où Catherine choisit de laisser l'intendant s'occuper du cellier et de l'approvisionnement. Mais elle demande à être consultée pour les menus. Tous les deux se répartissent ensuite la gestion des autres tâches. Catherine ne peut s'empêcher de faire confiance à Gabriel qui a l'air très dévoué au domaine. Elle ne voit pas le temps passer.

A la fin de cette matinée bien remplie, elle se retrouve avec une liste de tâches à accomplir chaque jour, ce qui va lui rendre l’attente de son mari moins longue. Elle se demande ce qu’il est en train de faire et comment il occupe son temps entre deux batailles. Elle espère qu’il se languit un peu d’elle et qu’il pense à elle. Il lui manque en tous cas. Ou non, c'est plutôt son corps qui le réclame car elle n'a pas eu le temps de découvrir vraiment autre chose de lui.

Charles se présente pour sa leçon en fin d’après-midi comme prévu. Quand il arrive, il passe d'abord la saluer. Il lui montre sa guiterne.

« Regardez, Catherine ! Un moine a laissé ça et le frère qui s'occupe de l'enseignement de la musique me l'a donné ! C'est une guiterne ! J'espère que Gabriel saura m'expliquer comment en jouer ! Il faut que j'apprenne à tendre les cordes à la bonne force pour que le son soit harmonieux. Je ne suis pas sûr que ce que j'ai fait soit correct. »

Catherine sourit devant l'enthousiasme du jeune homme qui lui raconte comment il s’est entrainé au bord de la rivière.

« Et tu n'as pas été dérangé là-bas ? Gabriel me disait ce matin qu'il y a beaucoup de lavandières et de paysans qui ont de l'occupation dans ce coin... »

Il rougit, mais il ne répond pas, se contentant d'un petit signe de dénégation de la tête. Catherine est intriguée mais n'insiste pas.

« Avant ta leçon, souhaites-tu écrire une lettre à Sylvie pour lui donner des nouvelles ? Un messager doit partir avant ce soir. Il pourrait la déposer sur son chemin. »

Elle lui donne un peu de papier et une plume et il écrit un long message. Par discrétion, elle ne le lit pas. Elle rajoute dans l'enveloppe un petit mot de sa part et laisse Charles rejoindre Gabriel pour sa leçon.

Quand le souper est annoncé, ils la rejoignent tous les deux. Charles a l'air si content, si heureux quand il entre dans le hall du château. Catherine ne peut s'empêcher de partager un peu cette joie. Elle se demande d’où lui vient ce talent, ce goût pour la musique. Elle, c’est sûr, elle ne l’a pas du tout. Et ce n’est pas le père du jeune homme non plus qui l’avait. Lui qui l’a lâchement abandonnée.

Il veut jouer tout de suite pour lui montrer les progrès effectués et surtout lui faire découvrir son instrument. Elle le calme d’un regard et lui dit que la soupe est chaude et qu’il faut manger. Elle salue Gabriel d’un sourire et l’invite à s’installer à côté d’elle.

« Mangez tant que c’est chaud ! Mais ne vous brulez pas la langue ! »

L'intendant lui rétorque alors :

« Ne vous inquiétez donc pas pour ma langue, Princesse, j’y fais attention ! J’aime trop m’en servir pour l’abimer ! »

Catherine le regarde en plissant les yeux. Elle se demande quels sous-entendus il y a sous cette phrase a priori anodine. Charles, lui, ne remarque rien et a commencé à raconter sa leçon :

« Oh Catherine, c’était tellement intense, cette première session avec Gabriel ! »

« Ah oui, et pourquoi c’était si bien que ça ? »

« Gabriel est un musicien exceptionnel ! Il m’a aidé à régler la guiterne ! »

Catherine sourit alors. Elle dit en regardant l'intendant du coin de l'oeil, comme s'il n'était pas là :

« Ah oui, et il sait en jouer ? »

« Un peu, mais il dit que ce n’est pas son instrument. Par contre, pour moi, c’est parfait ! »

La jeune femme se tourne alors vers l'instructeur et lui demande :

« Pourquoi ce n’est pas votre instrument, Gabriel ? »

Gabriel la regarde, un peu troublé qu’elle s’adresse à lui alors qu’il était perdu dans ses pensées. Il se reprend vite néanmoins et lui explique :

« Chaque musicien doit trouver l’instrument qui lui correspond. La Lumière est forte mais elle prend différentes formes chez chacun. Quand la Lumière est en soi, on peut jouer un peu de tous les instruments, mais il y en a qui résonnent en nous différemment. Et pour Charles, je crois qu’on a trouvé ! »

Charles les coupe :

« Je peux vous montrer ce que ça donne maintenant ? »

« Non, Charles, attends la fin du repas, s’il te plait… »

Catherine se tourne à nouveau vers Gabriel :

« Je ne vous ai jamais entendu jouer. Quel est donc votre instrument ? »

« Moi, Princesse, je joue de la viole. »

« Me ferez-vous le plaisir d’en jouer ? »

Gabriel montre à nouveau un peu de gêne qu'elle interprète comme de la timidité. Cela ne ressemble pas du tout à l'intendant et cette retenue intrigue Catherine.

« Pas ce soir. Aujourd'hui, je vais laisser Charles vous faire découvrir sa guiterne. Mais si vous voulez, demain, nous préparerons un morceau à deux, juste pour vous. »

Catherine ne peut s’empêcher de trouver cette proposition touchante. Elle regarde avec tendresse et fierté son fils qui part chercher sa guiterne. Il se met à en jouer après l’avoir accordée, à l’oreille. Il est vraiment impressionnant. Après seulement quelques heures de pratique, il arrive déjà à jouer un air connu. Et le sourire qu’il a quand elle l'applaudit vaut son pesant d’or.

Catherine regarde les deux musiciens s’éloigner d’elle et rentrer chez eux en cette fin de soirée. Elle n’a pas osé l’avouer devant Gabriel, car il se serait surement encore moqué d’elle, mais elle a passé une bonne soirée en leur compagnie. Et le charme du rouquin n'y est pas pour rien.

Maintenant qu’ils sont partis, elle se retrouve seule dans son grand lit froid. Elle n’a pas fait allumer de feu dans la cheminée, se réfugiant sous ses couvertures en laine. Elle les serre fort contre son corps qu'elle frictionne tendrement, créant des ondes de chaleur à travers tout son être. Avant de s’endormir, elle pense à son époux, en train de guerroyer loin de chez lui, mais ses pensées dérivent rapidement. C’est avec l'image de Gabriel et ses beaux cheveux roux qu’elle s’endort et se plonge dans des rêves de moins en moins raisonnables.

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