27 - La musique des lavandières
Charles voyage dans un rêve étrange où il joue de la musique avec Margot dans une taverne. Léa, la lavandière est présente aussi et elle n'arrête pas de venir l'interrompre pendant qu'il joue, l'empêchant de nouer sa Lumière avec celle de la musicienne. Celle-ci est frustrée du manque de concentration de son partenaire. Dans son rêve, Charles sent sa camarade devenir de plus en plus déçue de leurs échanges musicaux jusqu'à ce qu'un homme, un italien vienne les rejoindre. Il s'appelle Domenico et prononce ces mots :
« La lavandière ne vous interrompt pas pour vous séparer. Ses mots seront comme les ailes du papillon. Ils vous réuniront. Mais il vous faudra déjouer toutes les trahisons. »
Et c'est sur ces paroles que le rêve se termine, laissant une impression de bien-être à Charles. Quand enfin, il ouvre les yeux, il ne parvient pas à se souvenir des éléments de son rêve. Il sait juste qu'il était avec Léa et Margot, et que ce n'était pas une bonne idée de laisser les deux femmes se cotoyer.
Il débute ensuite sa matinée à travailler seul sa musique. Cela lui permet de commencer sa journée avec la Lumière, le meilleur moyen pour lui de se lier à distance avec sa bien-aimée. Il se rend au cours de musique du monastère. Il a compris qu'il n'allait pas énormément apprendre sur le plan de la technique, mais il peut échanger avec les moines sur la musique en général, sur ce que les gens aiment, sur les histoires que peut transmettre la lumière.
Il termine sa matinée au bord de la rivière, près du lavoir. Léa et les autres lavandières vont pouvoir profiter de l'entraînement de Charles pour laver leur linge en musique. Quand il arrive, toutes les lavandières présentes se mettent à rire et à pousser des cris, à l’apostropher de manière joyeuse !
« Léa, ton musicien est là ! »
« Alerte ! Un homme nous regarde ! Rangez vos froufrous !! »
« Eh joli garçon ! Viens donc nous aider ! Je suis sûr que tu aimerais frotter plein de choses pour nous ! »
« Je peux venir jouer de ton pipeau ? »
Charles est d’abord un peu surpris par tant d’énergie, tant de joie et de plaisanteries un peu grivoises. Cela le change de l'austérité des moines ! Mais il constate rapidement que rien n'est méchant dans les propos des femmes qui lavent le linge. C'est un esprit bon enfant qui règne au lavoir. Il rit et leur répond :
« Bonjour mesdames ! Je suis juste venu vous saluer ! Et voir en quoi consiste votre travail ! Ne vous dérangez donc pas pour moi ! »
Léa abandonne quand même ce qu’elle est en train de faire et vient le rejoindre à l’entrée du lavoir.
« Tu es venue nous voir ? Ça fait plaisir. »
Elle lui décoche un sourire qui le désarme et le désarçonne. Il se reprend.
« Oui, j’étais curieux. Et puis, il m’a semblé vous entendre chanter en m'approchant… Je voulais mieux entendre vos chants. »
« Ah oui, on chante toujours quand on travaille ! Sauf quand on entend que tu fais du 'bruit', et là, on t’écoute tellement c’est beau ! »
Petit rire mutin de la lavandière. Charles le prend avec humour :
« Merci du compliment ! »
Léa lui sourit et lui dit qu’elle doit retourner travailler si elle ne veut pas prendre de retard. Charles s’installe non loin de là et les lavandières oublient vite sa présence. Elles reprennent leurs discussions anodines et puis l’une d’entre elles se met à chanter, bientôt rejointe par les autres. Charles les écoute, intéressé par les sonorités, les paroles. Il trouve les airs entrainants et les mélodies beaucoup plus vivantes que ce qu’il entend d’habitude au monastère ou par les musiciens officiels des seigneurs.
Intrigué, il se sent attiré par ces chants. Il sort sa guiterne et essaie de reproduire la mélodie des airs qu’il entend. Les femmes s'arrêtent et éclatent de rire. L'une d'elle, une matronne aux cheveux blancs, l'apostrophe :
« C’est pas de la musique, ça ! Ce sont nos chants de lavandières ! Tu te moques de nous ? »
« Si, si, c’est de la musique. Mais ne vous arrêtez pas ! Je vais juste vous accompagner. »
Et Charles reprend l’air enjoué qu’elles chantaient juste avant et se laisse guider par la Lumière. Elles le rejoignent bientôt et finissent leur matinée au travail à chanter, à lui faire découvrir des chants et à fredonner les morceaux qu’il improvise. Le temps semble s'être figé et, une fois encore, la magie opère.
En tout début d'après-midi, Léa vient retrouver Charles avant de ramener le linge propre.
« C’est formidable, ce que tu fais avec la musique. Tu as réussi à t’adapter à nos chants, c’était magnifique ! »
Charles lui sourit. Il sent cependant que Lea a quelque chose à lui demander. Il la regarde en silence jusqu'à ce qu'elle reprenne la parole :
« Est-ce que ça te dirait qu’on se retrouve ce soir pour discuter un peu, sans que je sois en train de travailler ? »
Le jeune homme est surpris de cette demande. Il se demande ce qu'elle cache.
« Ce soir, ça va être compliqué, je dois retrouver Dame Catherine et Gabriel pour le souper. »
Voyant l’air désolée de Léa, il rajoute néanmoins tout de suite après, pour ne pas la décevoir :
« Mais je vais leur en parler ce soir et demain, on pourra se voir si tu es toujours libre ? »
Le visage de Léa s’éclaire et elle lui dit :
« Bien ! On fait comme ça ! Demain soir, je viens te chercher à l’heure des vêpres au Monastère ! »
L’après-midi, Charles retrouve Gabriel. Celui-ci lui explique toutes les missions de l’intendant au château. Charles n’arrive toujours pas à comprendre comment il parvient à se servir de la Lumière pour se guider dans ses décisions et c’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’il suit Gabriel et cherche à assimiler tout ce qu’il y a à faire pour que tout se passe bien au château.
En fin d’après-midi, ils arrêtent leur travail et se mettent à la musique. Ce n’est pas rébarbatif comme le matin, avec les moines. Gabriel lui apprend à s’appuyer sur ses sentiments, ses émotions pour apprivoiser la Lumière. Pendant la leçon, à un moment, Gabriel reste de longues minutes sans dire un seul mot… Pour que Charles comprenne l’importance du silence pour mettre en valeur la musique...
Ils finissent leur journée en allant retrouver Catherine. Charles lui explique sa rencontre avec les lavandières et Gabriel intervient alors :
« Fais-nous donc écouter ces chants avec ta guiterne ! Je suis curieux de voir ce que ça donne. »
Catherine lui demande :
« Vous n'allez pas vous joindre à lui ? J'espérais vous entendre, avoir un petit duo pour moi ? »
« Non, ce soir, je ne me sens pas de jouer de la viole. Et je suis vraiment curieux de découvrir la musique des lavandières. Une autre fois, Princesse... »
Catherine est déçue, mais est vite divertie quand Charles reprend la musique dansante et enjouée découverte le matin.

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