28 - Philippe, la veuve et les orphelines

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Après son départ de chez la veuve de Gros Louis, Philippe retourne voir Aymeric. Quand il arrive à la taverne, celui-ci est en train de besogner une des serveuses de manière très animale, sous le regard amusé de quelques chevaliers pendant que d’autres font de même avec d’autres femmes du village… Philippe est un peu répugné de voir tout ça, mais il doit quand même faire un effort sur lui-même quand une matronne bien en formes vient lui proposer ses services. Son corps d'adolescent ne peut s'empêcher de réagir positivement à la nudité offerte, ce dont elle se rend vite compte dans un grand sourire.

Au vu de ce qui est arrivé à Gros Louis et aux autres morts du village, il comprend et partage le besoin qu'ont les chevaliers de vivre, de profiter des petits plaisirs de la vie pour défier la mort. Il a envie comme ses compagnons de bataille de se laisser aller à la luxure et au plaisir. Il ne peut se permettre de les juger, il est l'un d'entre eux... Mais contrairement à ses camarades, il s'est donné une mission qu'il se doit d'accomplir et il repousse la villageoise qui lui vole quand même un baiser avant d'aller voir un autre chevalier.

Aymeric pousse un petit râle de plaisir. Une fois satisfait, il met une claque sur les fesses de la jeune femme pour la renvoyer à ses occupations et remet ses braies, en demandant une nouvelle chope de bière. Philippe s’approche alors et lui demande la permission de partir quelques jours. Le Seigneur le regarde, surpris.

« Mais pourquoi veux-tu déjà me quitter ? Ton devoir, c’est de me suivre et de m’accompagner ! C’est ce à quoi tu t’es engagé vis-à-vis de ton grand-père… Et auprès de moi ! »

Philippe se dit à ce moment-là qu'il va devoir batailler pour obtenir sa liberté.

« Oui, Messire Aymeric. Vous avez raison… Mais j’ai aussi pris d’autres engagements. »

« Si tu prends des engagements qui brisent les premiers, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même ! Et il faut respecter la parole donnée ! »

Aymeric rugit, mais l'alcool aidant, il a du mal à vraiment réfléchir à ce que lui dit le jeune homme.

« Messire, vous savez que je veux devenir un chevalier… »

« Oui, Philippe… Et alors ? »

Le Seigneur s'impatiente et attire à lui la villageoise qui a fait des avances à Philippe. Il lui ouvre son corsage et enfouit sa tête dans son décolleté. Philippe se dit qu'il va devoir se montrer convaincant et adapter son discours à ce qui pourrait décider Aymeric à accepter sa demande.

« Eh bien, un chevalier se doit de toujours protéger la veuve et l’orphelin. Et c’est pourquoi je dois m’absenter quelques jours pour pouvoir remplir cette mission favorisée par Dieu. »

Les mots "Chevalier", "Mission" et "Dieu" ont au moins le mérite d'attirer à nouveau l'attention du Seigneur qui relache le sein qu'il avait saisi dans sa bouche gourmande. Il demande, intrigué :

« Et qui veux-tu donc protéger ? Et où vas-tu aller ? »

Philippe explique alors la situation, ce qui provoque un grand éclat de rire chez Aymeric.

« Es-tu donc prêt pour la guerre ? Si tu cherches à t’occuper de toutes les veuves et orphelins que tu vas créer, il vaudrait peut-être mieux que tu finisses ta vie au monastère avec le Père Grégoire ! »

Alors qu’il commence un peu à désespérer de convaincre Aymeric, Philippe a une idée, et, suivant son instinct, il se décide de la suivre :

« C’est que la fille ainée est plutôt mignonne… Et que si je l’amène chez moi, je pourrai en profiter en rentrant… Elle sera là pour mon bon plaisir… »

Il fait semblant d'hésiter, parvient à rougir un peu en imaginant Hermine aussi nue et offerte que la villageoise sur les genoux du Seigneur qui le regarde maintenant avec un sourire.

« Ah ! Si c’est pour une jolie fille, je m’incline ! Il faut toujours suivre la volonté divine et respecter ses engagements de chevalier ! Je te laisse dix jours ! Cela devrait te donner assez de temps pour faire l’aller-retour… Et profiter de la petite ! Coquin, va ! »

Philippe le remercie, mais Aymeric est déjà occupé à enlever à nouveau ses braies, prêt à satisfaire ses instincs animaux et sa virilité débridée.

Le lendemain, pendant l'enterrement de Gros Louis auquel il n'assiste pas, il organise le départ de Marie et de ses deux filles. Il recrute un paysan pour les accompagner, lui promettant qu’il sera payé à son arrivée chez son grand-père. Et tout est désormais prêt pour le voyage en charette pour les villageois et à cheval pour lui.

Ils partent à l'aube et Philippe presse le rythme autant que possible. Il se retourne souvent pour voir derrière lui la charrette avec ses trois protégées et le paysan qui les accompagne. Elles semblent épuisées entre le voyage et les épreuves qu'elles ont subies… Mais elles n’ont pas l’air d'être plus inquiètes que ça. Les discussions qu’ils ont pu avoir les ont rassurées sur ses intentions. Le paysan, lui, reste taciturne et échange juste quelques mots avec les autres…

Durant le voyage, Philippe observe Marie s’occuper de ses enfants, les réconforter, les apaiser. Il admire vraiment cette femme qui a tout perdu sauf sa famille et qui, dénuée de toute richesse, se montre riche de ses enfants. Il sait en la voyant faire qu'il a pris la bonne décision et se promet une nouvelle fois qu'il va réparer l'injustice qu'il a créée.

Philippe passe aussi beaucoup de temps avec Hermine lors de chaque étape. Il trouve qu’elle est vraiment intelligente. Elle n’a pas reçu vraiment d’éducation, mais elle a appris à lire, elle sait compter et elle est vive d’esprit. Elle n’arrête pas de lui poser des questions sur plein de choses… Il apprécie vraiment tous ces moments partagés sur la route… Mais il reste très respectueux, loin de ce qu’il a pu faire imaginer à Aymeric. Il essaie vraiment de se racheter une conduite, de retrouver un peu de tranquillité avec sa conscience…

Philippe voit enfin la tour du donjon du château de son grand-père au loin. Elle se dresse fière à l’horizon. Immuable. Solide. Elle donne un sentiment de force et de puissance au futur seigneur. Toutes les terres alentours lui appartiendront un jour. Il est chez lui. Il est heureux de retrouver ces paysages familiers, ces jolies collines où les forêts entourent les champs des paysans. Il s'arrête un instant près d'un enclos où paissent quelques vaches. Il admire leur placidité, leur force tranquille. Il essaie de prendre auprès de toutes ces sensations la force dont il aura besoin pour trouver une solution pour Marie et ses deux filles. Et il va devoir faire vite car il ne pourra pas rester longtemps : il a promis de retrouver Aymeric dès que possible et de reprendre avec lui ses batailles.

Philippe fait un signe au paysan pour tourner avant d’arriver au château. Il s’est en effet décidé à passer d’abord par le Monastère. Il espère que le Père Grégoire pourra l’aider à trouver une solution pour les aider, le temps qu’il finisse sa mission avec Aymeric. Le Monastère a toujours été un refuge pour les personnes dans le besoin. Et il vaut mieux qu'il se présente devant son grand-père seul s'il veut pouvoir espérer lui faire accepter d'accueillir et aider les trois femmes. Philippe est angoissé à l'idée d'échouer. Mais il est aussi déterminé à réussir. Il n'a pas le droit à l'échec s'il veut pouvoir sauver son âme des tourments dans lesquels la mort de Gros Louis l'a plongé.

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