34 - Le rêve de Catherine
Catherine s’est levée ce matin de bonne humeur. Après la soirée passée avec Gabriel, elle est allée se coucher, le sourire aux lèvres. Elle s’est vite endormie, sans une pensée pour Aymeric son mari. Et ce n’est pas de lui non plus qu’elle a rêvé… Pendant qu'elle s'habille, elle raconte son rêve à Rose qui est devenue en peu de temps sa confidente.
« Ah Rose, j’ai rêvé de Gabriel cette nuit ! C’était trop… Etrange ! »
Rose l'aide à enfiler une jolie robe de laine.
« Que faisait-il dans votre rêve, Madame ? »
Catherine s'assoit devant une petite table où trône un grand miroir et laisse Rose la coiffer et mettre un peu d'ordre dans ses boucles dorées.
« Eh bien… Je ne me souviens plus de tous les détails mais j’étais dans le château de mon enfance. Un dragon est venu le survoler. Il était horrible ! Immense. Des yeux rouge sang. Une queue pleine d'écailles qui ressemblaient à des épées ! Il crachait le feu… Incroyablement, malgré tout ça, j’étais attirée par lui, comme par magie… »
Rose s'interrompt un instant dans sa coiffure. Elle regarde sa maitresse dans le miroir, un peu étonnée :
« Vous avez rêvé de magie, Madame ? C’est signe que Dieu vous parle ! »
« Ah oui ? Je ne sais pas si c’était Dieu... Mais j’ai étendu les bras comme ça. »
Catherine se lève, interrompant le travail de coiffure, et lui montre en mimant la scène, ses bras bien écartés et faisant mine de voler en traversant sa chambre.
Rose sourit en la voyant faire.
« Et puis, je me suis envolée vers le dragon qui s’est mis à tournoyer autour de moi. »
Catherine se rassoit pour laisser sa domestique finir de la préparer avant que Gabriel n'arrive.
« Vous n’aviez pas peur, Madame ? »
« Pas du tout, Rose… Et pourtant, j’étais en danger, je le savais, je le sentais… Mais je n’avais pas peur. Même quand le dragon s’est mis à cracher du feu en ma direction, j’ai simplement levé la main et le feu s’est arrêté. »
Rose plisse les yeux.
« Et Gabriel dans tout ça, il faisait quoi ? Vous avez l'air de bien vous en sortir sans lui dans votre rêve ! »
« Eh bien, il est apparu à une tour du château, son instrument de musique à la main. Tu sais qu’il joue de la viole ? »
Rose s'empourpre en pensant à l'intendant.
« Oui, j’ai pu l’entendre hier soir quand il a joué pour vous ! Ça faisait plusieurs semaines qu’il n’avait pas joué ! C’était magnifique ! »
Catherine sourit, en se disant qu'elle n'est pas la seule à être sensible aux charmes du rouquin.
« Oui, dans mon rêve aussi, c’était magnifique… Le Dragon s’est arrêté de tournoyer et il est venu se poser au pied du château, subjugué par la musique. Et là, j’ai senti que la musique aussi me subjuguait. Incroyablement, j’ai aussi eu très peur en entendant les notes s'envoler vers moi. Je n’arrivais plus à voler… J’allais m’écraser… Et juste avant, j’ai vu le regard de Gabriel qui m’a souri. Et je me suis retrouvée dans ses bras… »
Catherine sent à nouveau une douce chaleur envahir tout son être mais elle ne raconte pas la suite de son rêve, où elle a embrassé le rouquin. Ni la façon dont ils ont fait l’amour, à la belle étoile, sur le haut de la tour, réchauffés par le feu du dragon… Et le feu du désir... Un rêve dont ses draps se souviennent encore.
Rose interrompt sa rêverie :
« C’est étrange quand même que sa musique vous ait mise en danger… »
Catherine fait un geste énervé de la main, contrariée que sa servante vienne remettre en question son songe qu'elle trouve parfait.
« Oh tu sais, les rêves, on ne peut pas tout comprendre. Depêche-toi de finir de me coiffer ! Gabriel va arriver et je ne serai pas prête ! »
Catherine passe le reste de la matinée sur un petit nuage, perdue dans ses pensées, pas toutes sages… Pendant ses échanges avec Gabriel qui l'a rejointe comme tous les matins, elle lui propose d’organiser un concert avec Charles. Il lui fait des compliments qui l'aident à prolonger son rêve. En fin de matinée, elle le laisse vaquer à ses occupations et retourne dans sa chambre se reposer un peu.
Installée sur le petit banc de pierre devant la fenêtre, elle profite de la vue sur la campagne environnante. Le soleil l'éclaire doucement et elle admire la forêt. Elle aperçoit aussi en bas des murs du chateau quelques poules d'eau qui se promènent tranquillement sur l'eau des douves.
Tout à coup, sa porte s'ouvre en grand et claque contre le mur dans un bruit assourdissant. Elle sursaute et elle est surprise quand elle voit Gabriel débouler dans ses appartements, en colère, avec Charles qu’il traine derrière lui. Elle se lève précipitamment.
« Que se passe-t-il ? Gabriel, pourquoi tirez-vous ce pauvre Charles comme ça ? »
Gabriel est dans une colère froide, mais terrible. Il ne relâche pas le jeune musicien qui a l'air effrayé par la colère de son instructeur.
« Ce pauvre Charles, comme vous dites, était en train de fouiller dans mes affaires !!! Et il ne veut pas me dire pourquoi !!! »
Catherine regarde le jeune homme, étonnée de ce qu’il a fait. Il reste tête baissée, sans un mot. Elle essaie de comprendre :
« Mais qu’est-ce qu’il t’a pris, Charles ? »
Charles lève les yeux.
« Catherine, je peux vous expliquer… Mais… Je préfèrerais le faire sans Gabriel… »
Catherine plonge son regard dans le sien. Il la regarde et elle y lit un profond désespoir… Et une profonde sincérité aussi…
« Charles, Gabriel a le droit de savoir ce que tu faisais chez lui… Je suis sûre que tu as une bonne raison pour t’y être introduit, mais ça ne se fait pas ! Il faut parler ! Devant lui… »
Elle voit Charles qui jette un œil à Gabriel et qui hésite clairement sur la conduite à tenir… Elle se décide à faire confiance à son fils qui a vraiment l'air de craindre les réactions de l'intendant.
« Gabriel, pouvez-vous nous laisser deux minutes, seuls ? Promis, je vous fais rentrer rapidement pour tirer toute cette histoire au clair. Mais ça permettrait à Charles de me dire ce qu’il se passe… »
Le rouquin est clairement mécontent de devoir sortir. Catherine sent qu'il est prêt à se rebeller, mais un regard de sa part le calme. Il y voit qu'elle est déterminée à faire respecter sa volonté.
« D’accord, Princesse… Vos désirs sont des ordres. Mais je ne vais pas partir sans connaitre le fin mot de l’histoire ! J'attends derrière la porte. »
Il sort en jetant un regard noir à Charles qui soutient ce regard sans baisser les yeux. Catherine se demande vraiment ce qu'il se passe et se tourne alors vers son fils :
« Alors, Charles, que se passe-t-il ? Raconte-moi tout… Que faisais-tu dans la chambre de Gabriel ? »

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