35 - Philippe résout un premier mystère
Philippe revient près de son cheval. Il réfléchit à ce qu'il peut faire. Plus le temps passe, plus les chances de retrouver le Père Grégoire vivant diminuent. Et peut-être qu'il est déjà trop tard de toute façon. Il ne peut cependant rester sans rien faire et il se décide donc à suivre les traces qui donnent l'impression que l'animal ou les bêtes féroces se sont enfoncés dans la forêt. Voyant la peur qui paralyse les villageois, il leur demande de rentrer au village et de tout faire pour prévenir son grand-père s'il n'est pas rentré à la tombée du jour. L’échevin préfère rester car il se dit que, même si lui aussi a peur, il ne peut laisser son suzerain affronter seul les dangers.
« Messire, vous ne pensez pas qu’il faudrait attendre des renforts ? »
Philippe fait un signe de dénégation de la tête.
« Si on attend, les traces vont s’effacer. Et il faut qu’on puisse ramener des informations à mon grand-père et à Aymeric. Ils ne croiront jamais à votre histoire de monstre s’ils n’ont pas de preuve… Et je trouve qu’il y a quelque chose de pas clair dans cette histoire. Bref, on ne va pas prendre de risques inconsidérés, mais il faut qu’on puisse en savoir un peu plus. »
Philippe se dit que ça lui a fait du bien de participer à son premier combat. Il a muri avec cette bataille, cette mort qu’il a causée… Il n’a aucune peur et sent qu’il parvient à réfléchir froidement à la situation. Et il sait que s’il ne voit pas la bête par lui-même, personne ne le croira. Il a absolument besoin d’informations et de précisions, et il est déterminé à les trouver. Il a confiance en sa maîtrise de l'épée et ses talents au combat.
« Allez, on y va. Il faut qu’on sache ce qu’il se passe ! Et soyons discrets… Pas le moindre bruit… »
Philippe retourne étudier encore un peu les marques laissées dans la petite clairière. Il arrive rapidement à déterminer par où est partie la créature qui a créé ce décor d’apocalypse. Et les traces confortent sa première impression. Il n’y a rien qui laisse croire à la présence d’une bête magique… Mais tout qui montre la présence d’un groupe d’hommes ! Il le montre d’ailleurs à l’échevin qui comprend que la scène de la clairière est une mise en scène.
« Vous aviez raison, Messire… On dirait que tout a été fait pour nous faire croire à l'existence d'une bête atroce… Mais qui pourrait faire ça ? Et pourquoi ? Et puis, comment expliquer tous ces bruits d'animaux ? »
« Je ne sais pas, mais c’est ce que nous allons découvrir… »
Philippe vérifie que son cheval est bien attaché à l'arbre, puis lui et l’échevin s’enfoncent dans la forêt. Ils avancent discrètement en suivant les signes laissés par la troupe qui a causé toutes ces peurs au village. Ils entendent bientôt des bruits et Philippe fait signe à l’échevin de se montrer encore plus silencieux. Ils s’approchent à pas de loup, faisant attention à ne pas se faire remarquer.
La première chose que Philippe découvre, c’est un enclos avec une vingtaine de chevaux. Ils sont nombreux, c’est sûr. Un peu plus loin, il voit un chevalier vêtu d’une côté de mailles et d’une grande épée qui semble diriger les choses.
« Allez, c’est l’heure de faire peur aux villageois ! N’hésitez pas à faire du bruit ! Pour l’instant, a priori, personne n’est au courant de ce qu’il se passe ici… Ils ne bougent pas, ces imbéciles ! On leur fait tellement peur qu’ils se cachent… S’ils ne bougent toujours pas, il va falloir qu’on aille faire courir des rumeurs dans les villages alentours nous-mêmes !! Sinon, on n’aura jamais notre rançon pour les délivrer de ces animaux maléfiques ! » Il éclate alors d’un rire gras qu’il veut féroce mais que Philippe trouve grotesque.
Le jeune seigneur continue à observer la scène. Un petit groupe d’hommes prend des instruments qui ressemblent à des porte-voix.
"Voilà donc d'où proviennent ces bruits bestiaux"
Philippe sent que cela énerve l’échevin, et il le calme en déposant sa main sur son bras pour lui signifier qu’ils gèreront ce souci plus tard.
Il y a une tente au centre du campement qui a l’air habitée. En tous cas, il y a des gardes qui restent devant. L’attention de Philippe est attirée car une voix appelle le garde. Il n’entend pas ce qu’ils se disent, mais il voit le garde pénétrer dans la tente et en ressortir avec… Le Père Grégoire ! Il n’est donc pas mort ! Celui-ci s’éloigne un peu de la tente et se soulage derrière un arbre, sous le regard sévère du garde qui ne le quitte pas des yeux. Philippe comprend qu’il y a des prisonniers dans cette tente. Quand le Père Grégoire entre à nouveau dans la tente, il aperçoit même une jeune fille rousse, certainement prisonnière, elle aussi.
Philippe fait signe à l’échevin et tous deux s’éloignent discrètement du campement. Ils retrouvent leurs chevaux.
« Il faut qu’on prévienne mon grand-père et Aymeric. Vu leur nombre, ils doivent venir d’une grande famille qui veut s’opposer à leur pouvoir… Moi, je vais essayer d’aller trouver mon grand-père. Toi, vois avec les villageois et dis leur de continuer à faire semblant d’avoir peur, mais envoie quelqu’un prévenir Aymeric ! Il va falloir qu’on soit forts et malins si on veut libérer les prisonniers… »
Et les deux se séparent alors pour remplir leur mission et prévenir les deux seigneurs afin de pouvoir s'organiser face à cette nouvelle menace.

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