36 - Gabriel explique tout

6 minutes de lecture

Charles ne sait pas par où commencer… Il sait aussi qu’il n’a pas trop le temps et se décide donc à être direct avec Catherine :

« Je pense que Gabriel n’est pas honnête avec vous, Catherine. Je pense qu’il cherche à vous compromettre en vous faisant croire qu’il vous aime alors qu’il n’en est rien. D’après ce qu’on m’a dit, il a été surpris par des gens au château, en train de discuter avec un messager extérieur. Et donc, je cherchais des preuves de sa culpabilité pour vous les amener afin que vous puissiez croire à ce que je dis… »

Catherine le regarde en silence. Charles n’arrive pas à savoir ce qu’elle pense mais ne la quitte pas des yeux. Au bout d’un long moment, elle prend la parole :

« Ce que tu dis, Charles, est très grave, si c’est vrai… Je sais que tu as pu croire que j'ai dépassé les limites de la bienséance avec Gabriel, mais je t’assure que nous n’avons pas dépassé les limites. Et puis, qu’y gagnerait-il s’il parvenait à me séduire ? Je ne vois pas ce que ça lui apporterait à part une mort certaine... »

« Si votre époux apprenait que vous le trompiez, il vous mettrait à mort ! Et cela laisserait la voie libre à d’autres femmes, dont les familles pourraient nouer des alliances avec Aymeric et conquérir ses terres. Aymeric n’a pas d’enfants. S’il meurt à la guerre, les terres seront transmises à Philippe dans les règles actuelles de succession. Avec votre mariage, c’est devenu un risque que certaines familles ne sont pas prêtes à prendre… Et ce serait alors une nouvelle guerre... »

Catherine réfléchit à ce que Charles vient de dire… Elle est profondément blessée par les révélations de son fils, et elle a du mal à le croire totalement. Son instinct lui dit que Gabriel est vraiment attiré par elle, qu'il ne peut pas jouer comme ça avec ses sentiments...

« Je pense que le mieux est de le confronter à ce que tu viens de dire et de voir sa réponse… On avisera ensuite. Fais-le rentrer ! »

Charles a un peu peur de voir la réaction de Gabriel, mais obtempère néanmoins.

Alors que l'intendant entre, visiblement encore très énervé, la jeune femme le calme tout de suite d'un ton cassant et froid :

« Gabriel, ce que Charles vient de m’apprendre me glace le sang. Je veux que vous m’expliquiez. »

Gabriel fronce les sourcils et se rapproche de Catherine qui l’arrête tout de suite :

« Restez où vous êtes. N’avancez-pas ! Dites-moi que vous ne cherchez aucunement à me nuire ! »

Gabriel reste près de la porte. Il voit le jeune homme qui a sorti un couteau et qui s'est positionné entre lui et Catherine. Il se demande ce que Charles a bien pu découvrir et interroge sa suzeraine :

« Mais, pourquoi dites-vous ça ? Vous savez bien que je suis au service du château et que ce ne serait nullement mon intérêt de vous nuire ! »

Voyant qu’il n’aura pas de réponse de sa part, il se tourne vers Charles.

« Que lui-as-tu donc raconté ? »

Charles tend alors un doigt accusateur vers l’intendant :

« Que vous cherchez à la séduire pour lui faire perdre la vie ! Que vous n’êtes pas un homme qui est loyal à son seigneur mais que vous essayez d'aider un autre à prendre le pouvoir ! Ça ne sert à rien de vous cacher ! Les murs ont des oreilles et tout se sait dans un château ! »

Catherine fait un pas vers celui que son fils accuse de trahison. Elle dit d'une voix douce, un peu triste et visiblement blessée :

« Gabriel, dites-moi ce qu’il en est. Etes-vous ou non en lien avec un ennemi de mon mari ? Quelqu’un qui veut récupérer ses terres ? Jurez sur la Lumière qui vous habite que vous êtes innocent, et je vous croirai. Sinon, avouez vos crimes et disparaissez loin de ce château dont vous serez banni ! »

Catherine lui lance un regard noir en prononçant ces accusations.

Gabriel les regarde l'un après l'autre. Charles le voit hésiter. Il a l'impression de lire dans ses traits d'abord un profond désespoir, puis de la colère... Et enfin, de la résignation... Sans dire un mot, il s'assoit sur un des coffres et se prend la tête entre les mains. Charles le voit se mettre à sangloter...

« Je ne peux pas jurer sur la Lumière... Mais ne me bannissez pas, sinon elle mourra... »

Charles est choqué. A la fois par la simplicité avec laquelle Gabriel se confesse mais aussi par son profond désespoir...

« Vous ne niez même pas ? »

Gabriel relève la tête, les yeux plein de larmes.

« À quoi bon nier ? Rien ne peut être caché ici de toute façon ! »

Charles essaie de comprendre la raison de la trahison de son instructeur.

« Mais pourquoi avoir voulu trahir Catherine ? »

« Je n'avais pas le choix. Et en plus, je ne jouais pas... Mes sentiments sont vrais et purs même si mes motivations ne le sont pas... »

Charles voit Catherine troublée par ces révélations. Elle lui fait signe de se taire. Elle attend que Gabriel s'arrête de sangloter puis lui demande :

« Expliquez-nous tout, j’ai besoin de comprendre. »

« Je n’ai pas eu le choix Catherine… C’est ça la vérité… Je n’en peux plus de mentir… La Lumière ne supporte pas le mensonge, et ça me dévore de l’intérieur ! »

Gabriel se jette alors aux pieds de Catherine et lui prend les mains dans les siennes. «

« Il y a une dizaine de jours, un messager au service du Seigneur Sylvain de Bouillon, est venu me voir. Il m’a expliqué que ma fille avait été kidnappée par son seigneur. Il m’a dit que si je voulais la revoir vivante, il fallait que je fasse ce qu’il me demanderait. »

« Et vous l’avez cru, comme ça, sans preuves ? »

« Il m’a donné en preuve le collier qu’elle a depuis sa naissance et qui appartenait à sa mère. Et un morceau de son oreille… J’ai eu la peur de ma vie. Ma fille, ma Julie, c’est ma vie… Elle aussi a la Lumière… Elle est tout pour moi… »

Catherine le regarde et sent désormais la sincérité la plus profonde dans les propos de Gabriel.

« Qu’avez-vous donc fait ? »

« Eh bien, j’ai accepté, sans savoir ce qu’on me demanderait… Je me suis aussi renseigné… Le Seigneur Sylvain est sans pitié… C’est un habitué des rapts, enlèvements… Personne ne l’aime. J’avais tellement peur pour ma fille… Et juste avant votre arrivée, un autre messager est venu. Il m’a dit que j’allais devoir vous séduire et vous mettre dans mon lit afin qu’Aymeric annule le mariage. Ce faisant, cela laisserait la voie libre à la fille de son Seigneur pour qu’elle devienne l’héritière de ces terres... »

Catherine repousse d'un geste brusque Gabriel et s'éloigne, la colère la submergeant de plus en plus.

« Mais pourquoi ne nous avez-vous pas prévenus ? »

Gabriel se relève et fait un pas en arrière, un peu inquiet de la réaction de la jeune femme.

« C’était le seul moyen de retrouver ma fille… Et maintenant que j’ai échoué, c’est fini… Elle va mourir… »

Charles intervient alors dans la conversation. Il comprend tout ce que ressent Gabriel et il sent que la Lumière est en train de renaitre et revivre au fond du musicien qui a cessé de mentir :

« Non, Gabriel ! On va trouver la solution ! Il faut qu'on sauve votre fille ! »

Catherine n’en a cependant pas fini avec ses questions. Elle ignore l’interruption de Charles et continue :

« Vous avez dit que les motivations n’étaient pas vraies et pures, mais que vos sentiments l’étaient. Vous pouvez élaborer sur cette question ? »

Le regard de Gabriel se trouble. Il porte ses mains à son visage, pris par une forte émotion.

« Oh Catherine… Pauvre de moi ! Dès que je vous ai vue, je suis tombé amoureux. Comment vous résister ? Pardonnez-moi Catherine, mais on ne peut pas contrôler son cœur… Ne me jugez pas, je le fais assez moi même ! Maintenant, je m’en remets à vous et à votre bonté. Si vous ne voulez pas m’aider, aidez ma fille ! »

Annotations

Vous aimez lire lecossais ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0