37 - Philippe retrouve son grand-père
Philippe chevauche dans la campagne autour de Bours, à la recherche de son grand-père. Il sait que le temps lui est compté et qu’il faut qu’il se dépêche de retrouver le seigneur. Il doit monter un groupe et attaquer ceux qui se sont permis de prendre en otage plusieurs habitants et de terrifier les autres afin de faire régner la terreur… Ce manque de temps ne l’empêche pas d’admirer ces terres qui seront un jour les siennes.
La campagne est vallonnée et parcourue de ruisseaux. Où que l’on soit sur ses terres, on voit les tours du château au loin. Elles disparaissent parfois derrière quelques arbres ou une colline, mais elles sont un repère pour tous. Le soleil brille fort et il est obligé de s’arrêter un instant à un ruisseau pour permettre à son cheval de se désaltérer. Il se penche au-dessus de l’eau et s’asperger un peu pour se rafraichir. Il profite du calme et du silence pour réfléchir… Où peut bien se cacher son grand-père ? Il doit forcément être avec une femme… Mais laquelle ? Et où ? Philippe n’en a pas la moindre idée… Il reprend sa chevauchée et questionne les villageois qu'il croise, sans que personne ne puisse le renseigner.
Il arrive à une petite chapelle dont la construction a été ordonnée par un de ses ancêtres… Sans vraiment savoir pourquoi, il se décide à y faire un tour. Il accroche son cheval à l’anneau prévu à cet effet et admire le petit bâtiment tout en pierre. La particularité de cette chapelle est que la croix n’est pas au-dessus du toit, mais sur un petit monticule de terre juste devant. La légende veut que ce soit à cet endroit que naquit l'aieul de son grand-père. La mère de celui-ci aurait été aidée par le Saint Esprit qui a permis que la naissance se passe sans problème alors qu’elle était seule, au milieu de la forêt, avec des loups qui rodaient autour… Philippe sourit à l’évocation de cette histoire qui lui a été racontée dès son plus jeune âge. Il n'y a jamais vraiment cru, un conte qu'on raconte aux enfants pour forger la légende familiale, selon lui.
Il pénètre dans la chapelle, baissant un peu la tête car la taille de la porte oblige celui qui entre à s’incliner devant la toute-puissance de Dieu. La lumière pénètre par tous les vitraux colorés qui encadrent l’autel, laissant dans une demi-pénombre les quelques rangées de bancs, en pierre eux-aussi. Un sentiment étrange envahit Philippe qui s’agenouille devant l’autel. La lumière l’enveloppe doucement. La tranquillité du lieu, la sérénité du moment, l’amènent à penser à ses parents, à sa tante… Et à Charles… Il se promet qu’il s’excusera auprès de son ami dès qu’il le pourra. Il n’aurait vraiment pas dû s’attaquer à Margot juste parce qu’il était énervé qu’elle n’avait pas fait attention à lui mais seulement à son ami.
Il ressort de la petite chapelle et regarde autour de lui, essayant de retrouver ses esprits, ébloui par le soleil qui l’entoure. Il aperçoit un peu plus loin un troupeau de vaches dont il s’approche. La ferme semble être juste derrière le champ. Il se dit qu’il va aller s’y restaurer avant de reprendre ses recherches.
Il remonte sur son cheval et chevauche vers l’entrée de la cour de la ferme. La première chose qu’il y voit, c’est un autre cheval en train de dévorer le foin mis à sa disposition. Le destin lui sourit ! C'est la monture de son grand-père !
« Bonjour ! Il y a quelqu’un ? »
Philippe descend de sa monture et entend un juron puis un petit rire féminin.
« On ne peut donc pas être tranquille quelques jours ici !!! »
Philippe sourit. Surtout quand il voit son grand-père débarquer, torse nu, les braies à peine attachées et son épée à la main.
« Grand-père, c’est moi ! Rangez donc votre épée si vous ne voulez pas laisser vos terres sans héritier ! »
A ces mots, Renau éclate de rire.
« Mais que fais-tu là, petit mécréant ! Tu sais bien que quand je m’absente, c’est pour ne pas être dérangé !!! »
« Il y a urgence, Grand-père. Je pense qu’il va falloir écourter votre petite escapade… »
Renau voit le regard inquiet de son petit-fils.
« Je ne sais pas comment tu as fait pour me retrouver, mais entre donc et viens m’expliquer ce qu’il se passe et nécessite mon départ de ce petit paradis. »
Philippe le suit et est accueilli par une jeune femme à peine plus âgée que lui. Elle est en train de remettre sa robe et il entrevoit une jolie poitrine déjà bien formée. Il ne peut s’empêcher de se dire que son grand-père abuse de son pouvoir et il se demande où sont les parents de la jeune femme qui ne peut vivre ici seule.
Renau fait un signe à son amante du moment pour qu’elle les laisse et il écoute le récit fait par Philippe sans l’interrompre, sauf par quelques jurons et insultes vis-à-vis de ceux qui sont venus sur ses terres pour y semer la terreur.
« Et tu dis qu’ils sont nombreux dans ce campement ? »
« J’ai compté une vingtaine de chevaux… Ça veut dire une force d’une quarantaine d’hommes, entre les chevaliers et leurs écuyers. »
« Je ne comprends pas vraiment leurs motivations. Et ils sont trop nombreux pour qu’on s’en occupe sans aide. »
« Oui, c’est pour ça que j’ai demandé à l’échevin du village de prévenir Aymeric. Avec ses hommes et les nôtres, notre force sera équivalente à la leur… »
« Oui, mais ils ont l’avantage du terrain… Ils ont bien choisi leur endroit, les bougres ! On n’a aucun moyen de les surprendre. Et leur position en hauteur leur permettra de se défendre sans trop de difficultés. »
« Il faudra les faire sortir alors et les amener dans la plaine… Et je crois savoir comment faire… »
Renau dévisage son petit-fils. Il se demande ce qu’il a en tête, mais se décide à lui faire confiance.
« Bien, je dois dire que ce que tu m’annonces ne me réjouit pas, qu’on va faire face à énormément de dangers, mais je suis content de voir que tu as bien muri ces derniers temps. Retournons au château et préparons-nous pour faire face à cette menace dont j’ignore la provenance, mais avec des conséquences qui pourraient être néfastes pour tout le monde. »

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