38 - La Lumière reprend ses droits

5 minutes de lecture

Charles et Catherine sont restés sans voix suite aux aveux de Gabriel. Non seulement, il a cherché à trahir Catherine, mais en plus, il a confessé l’aimer d’un amour forcément impur car impossible… Catherine ne répond pas tout de suite à ce que l'intendant leur a dit, elle a besoin de réfléchir. Elle appelle les gardes et leur demande d’emmener Gabriel dans ses appartements et de le surveiller afin qu’il n’en sorte pas jusqu’à ce qu’elle le fasse appeler.

Elle se tourne vers sa petite fenêtre et reste sans parler, le regard perdu vers l'horizon où les nuages blancs et gris se mélangent, annonçant l'arrivée d'un orage. La Nature, une fois de plus, manifeste son mécontentement à la tournure que prennent les événements.

Une fois qu’ils se retrouvent tous les deux, Catherine se tourne vers son fils :

« Charles, j’ai besoin de toi. Déjà, est-ce que tu le penses sincère désormais ? J’ai du mal à le croire, maintenant… J'ai l'impression que je ne peux plus faire confiance à mes sentiments, que tout est bouleversé chez moi... »

Charles réfléchit un petit peu. Il ne sait pas comment l’exprimer, mais il a l’impression que la Lumière est revenue chez Gabriel. Ou plutôt qu'elle n'était plus contenue dans ses mensonges mais qu'elle avait réussi à percer sa carapace de tromperie. En réapparaissant, Charles sait que cela signifie que son instructeur est maintenant sincère. Mais comment exprimer cela à une personne qui ne connait pas la Lumière ?

« Catherine, c’est difficile à dire pourquoi, mais oui, je sais qu’il parle vrai maintenant. Vous avez vu comme cela l’a soulagé de se confesser ? Et je pense qu’il faut désormais lui faire confiance, oui. La Lumière est revenue dans son être et le guide à nouveau. »

Catherine fait un signe à son fils pour qu'elle puisse le serrer dans ses bras. Elle a besoin de chaleur humaine, de réconfort, et Charles vient se lover contre elle, comprenant son besoin d'être rassurée.

« Mais s’il dit vrai, je ne sais pas quoi faire maintenant ! Il faut qu’on l’aide à sauver sa fille. Comment le faire sans avouer aussi ce qu’il a essayé de faire ? Et ses sentiments… »

Charles la voit rougir à l’évocation de ce qu'il a avoué sur ce qu'il ressent vis-à-vis d'elle. Il lève les yeux vers elle :

« Catherine, ce sont deux choses différentes. Je pense qu’il faut qu’on prévienne votre mari. Lui, avec ses chevaliers, pourront essayer de retrouver la fille de Gabriel et la libérer. »

Catherine fait un signe de dénégation de la tête.

« Mais pourquoi ferait-il ça ? Il a plus important à faire que retrouver une jeune fille, non ? »

Charles plonge son regard dans celui de sa mère. Elle y voit toute la détermination et la force du jeune homme et y puise de l'énergie, comme si la Lumière se diffusait vers elle.

« Si vous lui demandez, Catherine, il ne pourra pas refuser. Et puis, il aime beaucoup l’intendant… Vous pourrez aussi lui dire que c’est ce que devrait faire un vrai chevalier ! »

« Que j’aimerais avoir ta confiance ! Et pour ses sentiments, que me conseilles-tu de faire ? »

Charles la regarde, sans vraiment savoir ce qu’il doit lui répondre. Il n'a pas ou peu d'expérience dans ce domaine.

« Je sais que vous n’avez pas choisi votre mari, mais c’est lui que vous devez aimer, pas Gabriel. Je pense qu’il faut lui faire comprendre qu’il n’a rien à espérer de vous et l’éloigner d’ici dès que ce sera possible. Sinon, vous courez à la catastrophe. »

Catherine s’émerveille de la maturité de son fils. Et dire qu’il y a encore peu, elle le considérait comme un enfant, un simple gamin du Monastère. Il est devenu un homme désormais, grâce à ce voyage et à toutes les découvertes faites. Et puis, ce qu’il appelle la Lumière doit aider aussi…

« Je pense que tu as raison, Charles. Mais je ne te cache pas que ce sera difficile. Autant je respecte Aymeric, autant je ne peux pas dire que je l’aime vraiment. Alors qu’avec Gabriel, j'ai l'impression qu'il est fait pour moi. »

« N’en dites pas plus Catherine ! Je n’ai pas à savoir ce que vous vivez avec Gabriel… »

Catherine s’arrête alors de parler et se perd dans ses pensées. Charles la prend par les épaules et lui dit :

« Catherine, nous devons agir au plus vite. Vous aurez le temps de réfléchir à tout ça plus tard ! Mais il faut envoyer quelqu’un prévenir le Seigneur Aymeric. Et il faut informer Gabriel de notre décision… »

« Oui, tu as raison. Je te laisse aller prévenir Gabriel, il vaut mieux que je l’évite… Je vais écrire une missive pour Aymeric et la lui faire parvenir au plus vite. Je l’informerai de la trahison du seigneur Sylvain de Bouillon ainsi que du fait qu’il a capturé la fille de Gabriel. J’espère le convaincre de revenir rapidement au château et de s’occuper de ces soucis. Je vais aussi faire parvenir un message à mon père pour lui demander de se tenir prêt si Aymeric a besoin de lui. »

Charles, voyant que Catherine va mieux maintenant qu’elle est occupée, décide de se rendre immédiatement auprès de Gabriel. Il a besoin de lui parler, de comprendre certaines choses.

Il arrive face à la porte devant laquelle se trouve un garde qui le laisse passer. Il frappe de manière déterminée, prêt à discuter avec le musicien déchu.

« Entrez ! »

Charles pénètre dans la pièce et découvre Gabriel avec sa viole dans les mains. Il lève les yeux vers le jeune homme :

« J’ai à nouveau envie de jouer. Mon instrument ne m’appelait plus depuis que j’étais dans le mensonge, mais là, je n’ai envie que d’une chose : Jouer ! Me libérer de tout le mal qui est en moi ! Laisser la Lumière reprendre tous ses droits… »

Charles ne peut s'empêcher de sourire tellement il connait ce sentiment qui dépasse tout le reste.

« Eh bien, jouez-moi un morceau alors ! Et ensuite, nous pourrons parler. »

Gabriel ne se fait pas prier et fait glisser son archet sur l’instrument. Il n’attendait que cette invitation pour oser se lancer. Charles est à nouveau émerveillé. Les gestes sont fluides, la musique file et éveille tous ses sens. La Lumière est vraiment forte en Gabriel, et maintenant qu’il joue libéré, les sons sont féériques. Gabriel joint sa voix à son instrument dans une chanson qu’il improvise :

Je suis enfin libéré, la Lumière est revenue

Je suis enfin délivré, je retrouve mon plaisir tant attendu

Lumière adorée, tu m’as tellement manqué

Musique chérie, tu m’avais abandonné

Je suis enfin libéré, la Lumière est revenue

Je suis enfin délivré, je retrouve mon plaisir tant attendu

Lumière de ma vie, je suis passionné

Musique de mes rêves, je vais te glorifier

Il joue et improvise ainsi un instant, mais s’arrête tout à coup. Charles sent tout de suite son inquiétude. Gabriel vient de réaliser qu'il a oublié tout de la réalité dans laquelle il replonge de manière brutale.

« Et ma fille ! Vous allez l’aider ? Quel monstre je suis ! Tout à ma musique, j’ai failli l’oublier ! »

Gabriel sort de la rêverie où l’a plongé la musique.

« Ne vous inquiétez pas, Catherine va envoyer des messagers prévenir son époux afin qu’il revienne et s’occupe de la trahison de Sylvain de Bouillon. Et elle va en profiter pour lui demander d’intervenir et de retrouver votre fille. Mais vous concernant, il faudra vous éloigner d'ici quand les choses seront revenues à la normale… »

« Oh merci !!! Merci de me venir en aide ! Sans ma fille, je ne survivrai pas ! »

« Nous ferons tout ce qui est possible, Gabriel. J'espère que le Seigneur acceptera la demande de Catherine et sera victorieux dans ce nouveau combat qui s'annonce. »

Annotations

Vous aimez lire lecossais ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0