40 - Deux amis qui se retrouvent

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Charles est heureux d’avoir retrouvé celle qu’il pense toujours être sa mère. Il lui raconte tout ce qui lui est arrivé et surtout sa rencontre avec la musique.

« Maman, si tu savais comme c’est fort ! La Lumière, c’est comme si Dieu s’exprimait à travers moi… »

Sylvie le serre très fort contre elle. Elle ne peut s'empêcher de le toucher, de l'embrasser, pour le plus grand plaisir de son fils à qui elle avait beaucoup manqué.

« Oh mon petit Charles, je suis si heureuse pour toi ! »

« Attends, je vais te faire écouter et tu comprendras beaucoup mieux que tous mes mots... »

Charles va alors récupérer sa guiterne, il l’accorde rapidement, puis se met à jouer. Sylvie est subjuguée. Les doigts de son fils semblent valser sur les cordes, les sons sont harmonieux… Elle ne sait pas pourquoi, mais la musique lui fait penser au Père Grégoire qu’elle n’a pas vu depuis son départ. Elle a appris qu’il était prisonnier de la troupe du Seigneur de Bouillon et s’inquiète pour lui… La musique crée l’image du Père Grégoire dans sa tête. Des larmes se mettent à couler sur ses joues. Tout à coup, la musique évolue et l’espoir renait au fond d’elle. Elle va le revoir, elle en est sûre ! C’est la Musique qui lui dit…

« Oh, Charles, c’était magnifique ! Quel est donc ce morceau que je ne connaissais pas ? Tu as un talent extraordinaire !! »

Le jeune homme lui sourit et lui explique sa musique :

« C’est un morceau que j’ai composé en pensant à toi. Au fait que tu étais absente, loin de moi… Je ne savais pas si j’allais te retrouver. Et puis, l’espoir est revenu et c’est ce que j’ai exprimé à la fin ! Je suis content que tu aimes ! »

« Oui, je vois ce que tu veux dire, mon fils… J’ai ressenti toutes ces émotions. C’est magnifique ! »

Charles lui raconte aussi l'autre événement qui l'a marqué depuis son départ.

« Maman, il faut que je te dise ! J'ai rencontré une jeune femme... Margot ! Elle est... Tout simplement merveilleuse ! »

Sylvie sourit.

« Eh bien, à peine tu me quittes et tu sors du Monastère que te voilà déjà amoureux et musicien ! J'espère que tu me présenteras cette jeune femme ! Elle est venue ici avec vous ? »

Le regard du jeune homme s'assombrit.

« Non, elle est repartie avec son grand-père. Mais dès que tout ça sera terminé, j'irai la retrouver. Je ne peux pas vivre sans elle ! »

Sylvie est heureuse d’avoir retrouvé son Charles, mais il n’a pas le temps de rester. Il faut qu’il retourne au château pour préparer avec les autres l’assaut contre le Seigneur de Bouillon et ses troupes. Sylvie s’inquiète pour lui.

« Maman, je ne suis pas un guerrier. Je ne vais pas aller me battre. Je vais rester loin de tous les combats, ne t’inquiète pas ! J’aiderai juste s’il y a des blessés, je ferai le messager… Je ne risque rien du tout ! »

Il lui baise tendrement le front alors qu’elle l’étreint fort contre elle puis sort du Monastère, sa guiterne dans son étui à la main. Il est surpris de trouver Philippe, assis au bord du ruisseau, perdu dans ses rêveries.

« Philippe, tu es encore là ? »

Philippe lève les yeux et regarde son ami.

« Oui, j’avais dit que je t’attendrais et que je voulais te parler… »

Charles est surpris. Il a l’impression que Philippe a changé. Avant, jamais il n’aurait attendu aussi longtemps. Il se serait impatienté. Mais là, il est présent. Calme et patient…

« Tu veux qu’on parle ici ou bien on fait ça en marchant ? »

Le ton de Charles est un peu sec. Il n’a pas vraiment envie de discuter avec l’agresseur de sa Margot. Mais Philippe ne se formalise pas de ces propos un peu acerbes et répond naturellement :

« On va discuter en rentrant, ce sera plus simple. Et il ne faut pas qu’on traine, nous sommes attendus au château. »

Ils se mettent donc en route et Charles ne brise pas le silence. Il voit que Philippe est en train de réfléchir et il lui laisse le temps de rassembler ses idées avant de s’exprimer.

« Charles, la Lumière, pour toi, c’est une évidence maintenant ? »

Charles est surpris. Il ne s’attendait pas à cette question. Il répond sans hésiter :

« Oui, ça l’est devenu. Elle est présente, elle est tout pour moi désormais. »

Philippe soupire… Puis il se lance :

« Je t’envie, mon ami. Comme je t’ai envié le fait que Margot ne s’occupe que de toi. Ce n’est pas bien, ce n’est pas un sentiment digne d’un noble chevalier, mais j’ai été jaloux de toi. Cela ne justifie en rien mon comportement, mais je tenais à m’excuser auprès de toi pour ce que j’ai pu faire quand nous étions à Boves. »

Charles ne répond pas tout de suite. Il est surpris de ces propos prononcés par son ami. C’est bien la première fois depuis toutes ces années qu’il a l’air sincère dans des excuses. Philippe, inquiet de l’absence de réponse de son camarade, reprend :

« Pour moi, je n’ai pas la Lumière. Je n’ai même pas la chance d’avoir une mère qui m’aime comme toi. Mais j’ai le bonheur d’avoir un ami fidèle et sincère. Pour moi, ce n’est pas la Lumière qui est une évidence, c’est notre amitié. Charles, j’ai besoin de toi comme ami… Pardonne-moi et je te promets de ne plus jamais te décevoir ! »

Philippe s’est arrêté sur le chemin en prononçant ces dernières paroles. Charles ne l’a pas vu et bute contre lui, entrainant son ami dans sa chute. Ils se retrouvent tous les deux l’un sur l’autre au milieu des fougères. Charles éclate de rire, bientôt rejoint par Philippe.

« Philippe, ça fait du bien de rire avec toi ! Tu m’as manqué… Notre amitié m’a manqué… »

Les deux se relèvent. Charles récupère sa guiterne qui, heureusement, n’est pas sortie de sa boite et est donc intacte. Philippe se retourne vers son ami et lui serre la main. Charles sourit et tire la main vers lui pour serrer dans ses bras celui qu’il considère comme son frère. Il lui dit :

« Tu as changé en tous cas. En bien ! On dirait que tu n’es plus un gamin. »

« Oui, j’ai changé. J’ai tué un homme… Une mort inutile. Un acte qui m’a fait réfléchir et prendre conscience de beaucoup de choses. Je veux désormais vivre ma vie sur les principes de la chevalerie, je veux respecter ce que nous a appris le Père Grégoire. J’ai des responsabilités sur mes terres, sur les personnes qui y vivent. Je n’ai pas le droit d’être médiocre, Charles… »

Charles sourit.

« Tu es le meilleur ! Même dans les bêtises ! Je suis sûr que tu feras un parfait Seigneur ! »

Ils arrivent bientôt devant le château, en retrouvant la simplicité des échanges qu’ils avaient auparavant. Avant d’entrer, Philippe s’arrête à nouveau et, dans un murmure, explique à son ami ce qu’il attend de lui :

« Charles, demain matin, je vais avoir besoin de ton aide pour libérer les otages et entrainer les hommes de Sylvain de Bouillon dans la plaine pour qu’on puisse avoir une chance de les vaincre… »

« Besoin de moi ? Mais je ne suis pas un soldat ! A part la Musique, je ne connais pas grand-chose… Comment pourrais-je te venir en aide ? »

Philippe sourit mystérieusement et explique son plan à son ami.

« C’est dangereux, mais c’est le seul moyen d’y arriver… Es-tu d’accord pour faire ça avec moi ? »

Charles plonge son regard dans celui déterminé du futur seigneur de Bours.

« Oui, je suis d’accord. A la vie, à la mort, ensemble, nous réussirons ! »

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