41 - La Révélation

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Aymeric est arrivé en début de soirée au château du Seigneur Renau. Il a retrouvé son épouse auprès de laquelle il a passé quelques heures. Il n’a pu s’empêcher de l’honorer tellement elle est belle et séduisante. Cette étreinte rapide et brutale a au moins eu le mérite de l’apaiser un peu. Il quitte à regret le lit conjugal pour finir de préparer l’assaut. Catherine aurait aimé qu’il reste…

« Aymeric, pourquoi me laissez-vous déjà ? Vous venez à peine d’arriver… » Elle minaude et rajoute : « Et vous avez été bien rapide ce soir ! Après tout ce temps, j’aurais aimé encore profiter de… »

« Cessez vos enfantillages, Catherine. Ce n’est pas le moment. Demain, nous allons nous battre et si nous ne sommes pas prêts, nous pourrions tous mourir ! »

« Entre votre armée et celle de mon père, cela devrait suffire, non ? »

« Catherine, pour faire simple, si nous n’arrivons pas à faire sortir les chevaliers de Sylvain de Bouillon de la clairière où ils sont retranchés, nous allons nous écraser contre leurs défenses. On l’emportera peut-être, mais plus sûrement, nous serons vaincus et les morts seront nombreuses… »

Catherine, l’écoute, attentive. Elle est contente de la confiance que lui porte son époux. Elle est cependant inquiète car elle sent que tout ce qu’elle aime peut être remis en cause en cas de défaite.

« Et comment comptez-vous faire alors ? Il faut arriver à le déloger ? »

« Votre père m’a dit que Philippe allait s’en occuper avec son ami Charles. »

Catherine sent les battements de son cœur accélérer. Son fils adoré va participer à l’assaut ? Elle le pensait en sécurité au Monastère…

« Charles n’est pas un soldat ! Il ne faut pas le laisser aller combattre ! »

Aymeric la regarde intrigué.

« On dirait que vous vous occupez plus de l’ami de votre neveu que de Philippe lui-même… C’est étrange… »

Il continue à l’observer, la dévisageant et essayant de percer ses mystères. Catherine rougit sous les yeux inquisiteurs de son mari.

« Je me suis beaucoup attachée à lui. Et puis, il a un talent de musicien incroyable ! Je ne suis pas convaincue que ce soit sa place d’aller se battre… Un joueur de guiterne n’a rien à faire sur les champs de bataille. »

Un chevalier arrive alors et vient interrompre leur échange.

« Messire, Philippe et Charles sont rentrés. Je vous préviens comme vous l’aviez demandé ! »

Aymeric regrette cette interruption, mais il a un assaut à préparer. Il se dit qu’il reviendra questionner son épouse plus tard.

« Très bien. Dites à Philippe de venir dans la grande salle à manger et de nous y retrouver. Prévenez le Seigneur Renau aussi. Nous allons tout préparer pour demain matin. »

Il se tourne vers Catherine.

« Ma chère, vous avez des secrets, nous en avons tous. Mais j’espère que vous m’en ferez part demain, à mon retour. Je ne veux pas de trahison dans mon propre camp. Sinon, les conséquences seront dramatiques… »

Sur ces menaces, il tourne les talons et laisse Catherine dont le cœur bat très vite. Elle a peur pour son fils. Peur qu’il meure demain pendant l’assaut. Peur qu’il soit en danger par rapport à Aymeric s’il apprend la vérité. Peur aussi qu'il découvre la trahison de Gabriel. Peur que son monde s’écroule… Et le Père Grégoire n’est pas là pour la rassurer, la conseiller.

Elle en est là de ses réflexions quand, tout à coup, on frappe à sa porte. Celle-ci s’ouvre avant qu’elle ait eu le temps de répondre ou de rassembler ses idées. C’est Charles qui entre, tout sourire.

« Bonjour Catherine, je peux vous déranger quelques instants ? »

A la vue de son fils qui entre, elle sent son cœur de mère fondre et les larmes lui viennent aux yeux.

« Mais, que vous arrive-t-il, Catherine ? C’est la bataille de demain qui vous met dans cet état ? »

Elle le regarde et lui tend les bras. Il comprend son intention et vient se lover dans ses bras.

« Oh Charles… Oui, c’est la bataille qui me met dans cet état… J’ai peur de tout perdre demain…

« Il ne faut pas vous inquiéter. Les soldats sont en train de réfléchir à un plan. Et je suis sûr qu’ils vont inclure dans leurs réflexions un plan pour vous protéger si les choses tournent mal… »

« Oh non, si ça tourne mal, je ne veux pas partir ! Pas sans toi en tous cas ! »

Catherine se rend compte qu’elle est allée trop loin dans ses paroles quand elle voit le regard de Charles se poser sur elle. Il se demande s’il a bien entendu et pourquoi il est si important à ses yeux.

« Pas sans moi ? J’aurais plutôt cru que vous désiriez voir Aymeric ou Philippe… Ou même votre père ? »

Catherine rougit et s’effondre en larmes. Le stress de la bataille, l’angoisse de perdre ses proches, tout ça est trop pour la jeune femme dont les barrières émotionnelles qu’elle s’était construites s’effondrent une après l’autre.

« Charles… Oublie ce que je viens de dire… Je ne suis pas dans mon état normal… Je repense à ton père… »

Charles écarquille les yeux.

« Vous connaissez mon père ? Ma mère m’a toujours dit qu’il s’agissait d’un soldat de passage dont elle est tombée amoureuse et qui est mort au combat. Pourquoi pensez-vous à lui maintenant ? »

Catherine se rend compte qu’elle a commencé à se trahir… Mais elle n’en peut plus de cacher la vérité. Et qui sait ? Demain, il ne sera peut-être plus là pour l’écouter…

« Charles, oui, je connaissais ton père… Mais ce n’est pas Sylvie qu’il a abandonnée… »

Charles la regarde sans comprendre. Il s’éloigne un peu d’elle car il se demande ce qui lui arrive.

« Je ne vous comprends pas, Catherine. Qu’est-ce que vous cherchez à me dire ? »

« Charles… Ton père était un chevalier qui est passé par le château. Cette partie est vraie. Mais ce n’est pas Sylvie qu’il a séduite puis abandonnée… C’est moi. Sylvie, celle que tu penses être ta mère, est une femme trop pure et trop parfaite pour ce genre d’histoires… »

Charles essaie de faire sens.

« Mais alors… Si je ne suis pas le fils de Sylvie... »

Charles ne finit pas sa phrase. Catherine plonge son regard dans ses yeux et opine lentement.

« Oui, Charles. Tu es mon fils à moi. Sylvie s’est sacrifiée pour préserver ma réputation et ma vie. »

Charles a du mal à assimiler et s’assoit sur le lit de Catherine, pris par une émotion qui le submerge. La Lumière lui parle et lui ramène tous les souvenirs qu’il avait enfouis au plus profond de lui. Il se revoit bébé dans les bras de Catherine qui lui sourit. Il se sent repartir enfant quand il a commencé à marcher, toujours sous les yeux de Catherine qui n’a finalement raté aucun moment clé de sa vie. Charles se laisse emporter par la Lumière qui lui raconte son histoire et le rassure en lui faisant comprendre qu’il a eu la chance de grandir avec deux mères…

Quand il rouvre les yeux, il voit Catherine, inquiète, tout près de lui. Il lui sourit et retourne dans ses bras. Sa mère est vraiment surprise de ce changement de comportement.

« Je pense que je l’ai toujours su, Catherine. Et ça me rassure… »

« Ça te rassure ? »

« Oui, Catherine. Quand j’étais enfant, je m’imaginais que vous étiez ma mère. Que j’étais un prince qui allait soulever plein de troupes et posséder plein de terres. Philippe se moquait de moi et me disait que j’étais jaloux de lui. Mais en réalité, j’avais raison ! Mon cœur le savait ! Et la Lumière me l’a confirmé. Elle m’a même fait comprendre que j’avais eu la chance de grandir avec deux mamans ! Ce n’est pas donné à tout le monde, cette chance ! »

Catherine est sidérée et ne sait pas quoi répondre. Elle ne s’attendait pas à cette réaction de son fils.

« Mais pourquoi me dites-vous ça ce soir ? Pourquoi trahir ce secret que vous gardez depuis ma naissance ? »

Charles s’interroge et Catherine lui répond simplement :

« Demain, je sais que tu vas participer à l’assaut et que ta vie sera en danger. Je ne pouvais pas garder mon secret plus longtemps. Et je pense qu’Aymeric se doute de quelque chose… Je ne voudrais pas qu’il s’en prenne à toi et que tu te retrouves mêlé à toutes ces histoires de succession. Maintenant que tu sais, tu peux prendre toutes tes décisions en connaissance de cause. Tu n’es plus un gamin, Charles… Tu es un homme. Tu es un musicien. Tu es un adulte qui doit prendre ses décisions. »

Charles reste silencieux. Dans les bras de sa vraie mère, il pense à tout ce qu’il vient d’apprendre. Il pourrait laisser Philippe aller à l’assaut et en profiter pour réclamer son dû. Il pourrait devenir le Seigneur qu’il rêvait d’être quand il était petit… Mais ce n’est pas comme ça qu’il voit la vie ! Et ce n’est plus pour ça qu’il veut vivre. Il veut vivre pour la Lumière. Il veut passer son existence au service de la Musique. Et il veut aider son ami ! Son frère de sang. Et ne pas l’abandonner la veille d’un combat crucial pour leur existence à tous. Il sera bien temps après tout ça, s’ils s’en sortent vivants, de voir comment gérer la situation.

« Catherine, merci de m’avoir fait confiance et d'avoir avoué la réalité. Je comprends mieux votre attitude à mon égard. Je vous apprécie énormément, mais pour moi, Sylvie restera toujours ma maman. On ne pourra jamais lui enlever ça, vu les sacrifices qu’elle a consentis. Et je vais aider Philippe demain. Si tout se passe bien, nous verrons après les combats ce que nous ferons de cette information. »

Il se relève alors et prend sa mère dans ses bras. C’est elle qui vient se réfugier contre lui et qui puise dans sa tranquillité et son calme le réconfort dont elle a besoin. Il dépose un baiser sur son front et la laisse pour retourner à la chambre qu’il partage avec Philippe. Il se glisse dans son lit et s’endort rapidement, rassuré par la Lumière qui est toujours présente à ses côtés.

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