42 - L'aube du grand combat
Philippe ne pensait pas pouvoir dormir avec l’angoisse de la bataille annoncée, mais, contre toute attente, il s’est vite assoupi. La présence de Charles dans sa chambre a aidé, il en est sûr. Avec son ami à ses côtés, il est prêt à affronter tous les dangers. Il l'a vu rentrer, une bougie à la main, perdu dans ses pensées. Il se demande ce que Catherine a bien pu lui raconter... Il sait qu'elle l'adore, Charles a toujours été son préféré au Monastère. Mais Philippe ne peut lui en vouloir. Son ami est d'une telle gentillesse ! Une rare bonté mais un caractère bien trempé ! Il est fier d'être avec lui et d'avoir renoué les liens qui s'étaient brisés lors du mariage de sa tante.
Le jeune musicien dort toujours d’ailleurs. Philippe le secoue pour le réveiller. Charles ouvre les yeux et serre son ami dans ses bras dans une étreinte fraternelle qui montre tout l'amour qu'ils partagent l'un pour l'autre. Tous les deux s’habillent de vêtements sombres qui leur permettront de mener leur mission à bien. En compagnie du chevalier Armand, ils partent les premiers vers le campement de leurs ennemis, laissant le reste de l'armée s'éveiller bien avant le soleil.
Les chevaliers sont tous nerveux. Personne n’a dormi très longtemps car il faut que tout le monde soit en place dès l’aube pour surprendre les ennemis. L’air est frais, la cour du château est éclairée par la lumière des torches et de quelques étoiles. On entend le hénissement de chevaux sortis des écuries et harnachés. Aymeric, bientôt rejoint par Renau, supervise la préparation de tous. Leur force commune est impressionnante. Ce sont près de 40 chevaliers qui sont rassemblés dans la cour du château. Les armes scintillent.
Renaud donne une accolade à Aymeric pour le saluer.
« Nous avons intercepté un serviteur du château cette nuit. Il essayait de sortir… »
Aymeric se tourne vers le seigneur de Bours, un sourcil relevé et interrogateur.
« Nous pensons qu’il était prêt à aller informer notre ennemi de votre arrivée, Aymeric, et de notre assaut. Nous l’avons enfermé dans une des geôles du donjon, notre plan n'a donc pas été découvert… »
Renau en frissonne. Ces espaces sans fenêtres aux dimensions qui ne permettent pas de se tenir debout, sont des tortures en soi. Il n’est même pas possible aux prisonniers de se coucher, le lit, en pierre lui aussi, a été fait en pente, avec de nombreuses aspérités. Mais la trahison doit se payer. Leur succès ne peut pas être compromis, trop de vies en dépendent…
Aymeric a l'air particulièrement inquiet :
« Vous faites vraiment confiance à votre petit-fils pour nous amener l’armée de Sylvain de Bouillon dans la plaine ? Il n'a même pas quinze ans ! Et la seule fois où il a tué quelqu'un, il s'est senti obligé de venir en aide à toute la famille ! Vous parlez d'un guerrier ! »
Renau est un peu énervé qu'on parle comme ça de son petit fils et il répond, agacé :
« Oui, je lui fais confiance. Il est parti il y a peu avec un de mes meilleurs chevaliers et son ami Charles. Il m'a dit qu'il avait un plan. Je suis convaincu qu’ils vont réussir… Et si ça ne fonctionne pas, nous affronterons ces scélérats sur leur terrain et nous les vaincrons. Nous sommes deux fois plus nombreux qu’eux ! »
Aymeric laisse son regard planer sur la courée du château où les chevaliers s'alignent l'un à côté de l'autre dès qu'ils sont prêts au combat.
« Non, Renau, nous avons juste quelques chevaliers de plus qu’eux… Et il y a tous les prisonniers auxquels il faut penser aussi. Si nous ne faisons pas attention, cette histoire finira dans un bain de sang… »
« Le sang va couler avant la fin de la journée, c’est évident… Pourvu que ce soit le leur et pas le nôtre. »
Renau soupire. Il espère que son petit-fils s’en sortira indemne, malgré les risques qu'il prend.
Aymeric constate que tout le monde est enfin prêt. Le dernier chevalier vient de s'installer sur son destrier. Les écuyers sont à leurs côtés. Le seigneur guerrier monte sur son propre cheval pour s’adresser à tous ses hommes en les dominant de toute sa hauteur, son armure reflétant les miroitements des torches et lui donnant un air magnifique. Il tonne d'une voix forte et assurée :
« Ça y est ! Nous allons une fois de plus prendre les armes ! Aujourd’hui, encore plus que par le passé, c’est l’avenir de nos terres qui est en jeu. C’est l’avenir de vos femmes, de vos sœurs, de vos filles ! Si nous perdons cette bataille, le Seigneur de Bouillon s’emparera de ce château, puis du nôtre. Il ne fera pas de quartier ! Nous ne pouvons laisser cette catastrophe arriver !
Ils ont tout fait pour nous attirer dans leur piège, mais nous allons être plus intelligents ! Nous allons être plus forts ! Nous allons leur montrer qu’on ne vient pas nous défier impunément sur nos terres ! Nous allons nous battre et nous allons gagner !
Soldats, prions pour que Dieu nous vienne en aide ! Prions pour que justice soit faite ! Prions pour que ce soir, nous puissions rentrer et savourer la victoire ! »
Aymeric redescend de son cheval et s’agenouille à même le sol. Tous les chevaliers, depuis leur monture, se joignent à lui dans un même moment de recueillement. Toutes les têtes se baissent à l'unisson, dans un silence apaisant. Après quelques minutes, Aymeric se relève et remonte sur son cheval.
« En route ! Et je vous rappelle : Pas un bruit ! Nous devons nous positionner le plus silencieusement possible ! »
Un garde ouvre les portes du château et la petite troupe s’élance derrière Aymeric et Renau qui prennent la tête de l’expédition.
Catherine, de sa fenêtre, les voit partir, le cœur serré… Combien vont périr sur le champ de bataille ? Combien vont revenir ?

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