44 - La grande bataille

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Arrivés en bas du chemin, Philippe lui fait signe de se taire et de rester en retrait. Charles essaye de protester mais Philippe reste ferme :

« Non, Charles, toi, tu n’es pas un guerrier… Et il faut que quelqu’un puisse prévenir le château si la bataille tourne à notre désavantage… Reste là, c’est ici que l’on a le plus besoin de toi… »

Charles se résigne à contrecœur mais reste prêt à intervenir s’il voit qu’il peut apporter son aide. De là où il est, il peut scruter toute la plaine et tous les combats… Ce qu’il observe ne le rassure pas. Les combats n’ont pas autant tourné à l’avantage de Renau et Aymeric qu’ils ne le pensaient. Charles se dit qu’ils n’ont sûrement pas pu bénéficier de l’effet de surprise comme ils l’espéraient, sinon, les troupes ennemies ne seraient pas autant en position de force.

Il suit du regard Philippe qui se jette à l’assaut. Cependant, il n’a revêtu aucune armure pour pouvoir mener la première partie de sa mission à bien, et il ne peut se permettre d’entrer au corps à corps avec un chevalier adverse. Il cherche donc à venir en aide aux chevaliers qu’il voit en difficulté.

Charles se rend compte avec horreur que le chevalier Armand est en train de se battre contre trois adversaires et semble à la peine. Son armure est déjà criblée de marques des coups reçus et Charles se demande comment il fait pour tenir encore debout. Comme beaucoup d’autres, il n’est plus à cheval. Avec de grands gestes de son épée, il maintient ses deux adversaires devant lui à distance, mais clairement, il fatigue et peine à contrer les attaques de celui qui est derrière lui. Philippe aussi a vu que c’était compliqué pour Armand. Il se décide à foncer dans le tas avec son cheval et renverse l’homme qui était derrière Armand qui en profite pour lui porter un coup fatal. Philippe fait demi-tour avec son destrier et revient se mettre à côté d’Armand qui a déjà dû se retourner et faire face aux deux autres qui l’attaquent. Philippe saute en bas de son cheval et récupère le bouclier et l’épée de celui qui vient de succomber. Alors qu’il se retourne, il entend le cri de Charles :

« Attention Armand ! Philippe !! »

Armand s’effondre à ses côtés. Une épée adverse vient de le transpercer sous son armure… Alors que le chevalier ennemi essaie de ressortir son arme, Philippe parvient à l’achever et se retrouve maintenant dans un combat individuel avec le dernier assaillant qui était contre Armand.

Charles ne perd pas une miette du combat. Il sent sa colère et son désarroi monter devant la stupidité de la guerre… Ce ne sont que des cris partout… Des hurlements de douleurs… Des gens qui meurent… Il essaie d’appeler la Lumière pour calmer ses émotions, mais celle-ci devant tant d’atrocités, se refuse à lui… Charles est seul. Seul pour affronter le spectacle sous ses yeux et il souffre de tout son être…

Il admire Philippe en train de se défendre vaillamment contre un chevalier qui a l’air beaucoup plus expérimenté que lui. On dirait que c’est le chef de la troupe ennemie, plein de force et de sauvagerie. Charles aperçoit aussi un peu derrière les deux combattants le frère Martin qui fait preuve d’une rage insoupçonnée. Aucun ennemi ne parvient à l’approcher et il défend plein de fougue le Seigneur Renau qui était esseulé sur le champ de bataille. Heureusement qu’il n’a pas écouté les ordres et n’est pas resté dans le village avec les autres prisonniers ! Sa présence sur le champ de bataille est un vrai plus !

Philippe fatigue dans son combat où son adversaire n’arrête pas d’asséner coup après coup sur le bouclier qui résiste pour l’instant. Mais il est vulnérable sans armure… Il fait cependant preuve d’une intelligence de combat impressionnante, joue de sa légèreté pour tourner autour de son adversaire et essayer de lui porter des coups rapides sans se mettre en danger. Charles espère qu’il va réussir à lui porter un coup fatal, mais ses espoirs sont vite refroidis quand il entend le craquement du bouclier qui cède sous un coup de masse. Voilà Philippe qui se retrouve sans protection face au monstre de brutalité devant lui !

Le Seigneur Aymeric a lui aussi entendu le craquement. Toujours sur son destrier, il se débarrasse rapidement du chevalier avec qui il avait engagé le combat pour se porter au secours du neveu de son épouse. Il se précipite et parvient à s’interposer entre l’arme de la brute et le jeune homme. Son cheval se prend tout le choc et s’effondre comme une masse dans un hennissement d'effroi, entrainant Aymeric avec lui dans sa chute. Le seigneur crie à son tour sous la douleur car il n’a pas réussi à se dégager à temps et se retrouve avec les 500 kg du cheval sur lui.

Philippe est le premier à reprendre ses esprits et profite de l'inattention de son adversaire pour lui asséner un coup violent qui parvient à s’insérer entre les jointures de l’armure… Charles reste sans voix devant l’audace de son ami qui ne recule devant aucun risque pour l’emporter… Cette bravoure dont il fait preuve au combat est admirable. Le chef de la troupe adverse tombe sous le coup porté. Philippe se précipite et lui met son épée sous la gorge. L’homme se rend et Charles voit avec soulagement que Philippe l’épargne. Le jeune homme hurle alors pour que tout le monde l’entende :

« Votre Chef s’est rendu ! Lâchez vos armes, faites comme lui et vous aurez la vie sauve ! »

Le bruit des armes s’arrête instantément… Dans le silence, une corneille se fait entendre au loin… Tout le monde regarde vers Philippe, toujours l’épée contre la peau du chef ennemi. Ils lisent la détermination dans son regard. Cette pause dans les combats leur permet de se rendre compte qu’ils ont déjà perdu beaucoup des leurs et que l’issue ne peut plus leur être favorable. Charles trépigne de son observatoire et se demande ce qui va débloquer les choses. Quand tout à coup, un chevalier de Bouillon jette son épée, c’est le signal pour que tous procèdent de même. Charles ne peut s’empêcher de crier :

« OUIIIIIIIIIIIIIIIII ! »

Philippe relâche alors son attention, ce qui suffit à son prisonnier pour s’emparer d’un couteau. Le cri de Charles se transforme en un cri d’horreur quand il voit le couteau pénétrer dans le dos de son ami qui parvient à se dégager et à trancher le cou de son agresseur avant de s’écrouler par terre.

La plus grande confusion s’installe. Les hommes de Renau sont déchirés par la colère devant l’acte abject commis par le chef ennemi. L’horreur s’installe quand ils se jettent plein de furie sur leurs adversaires désarmés qu’ils achèvent un à un dans un désir de vengeance qui ravage tout sur son passage. Charles court vers son ami alors que le frère Martin se dirige vers Aymeric qui gémit toujours sous son cheval. Renau essaie de calmer les pulsions de ses chevaliers, en vain. La bataille est gagnée, mais à quel prix ?

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