48 - Les pensées de Catherine
Catherine vient de se coucher et apprécie que sa servante Rose l'ait rejointe dans sa chambre, sur un petit lit installé dans une alcôve afin de pouvoir répondre à ses besoins.
La jeune femme est en effet revenue à Boves et s’installe dans une nouvelle routine suite au décès de son mari. L’enterrement de celui-ci a été l’occasion d’une cérémonie grandiose qui a réuni de nombreux chevaliers et beaucoup d’habitants de ses terres. Catherine a souhaité que son corps soit déposé dans un caveau au cœur de l’église afin qu’il ne soit pas oublié. La messe d’enterrement a été présidée par le Père Grégoire qui a prononcé un discours émouvant. Charles n’est pas venu. Il a préféré rester aux côtés de Philippe qui ne s’est toujours pas réveillé.
Catherine repense à cette cérémonie avec émotion et ne peut s’empêcher de sangloter, toute seule dans son lit. Elle n’a finalement pas connu son mari pendant très longtemps, mais la chaleur de son corps lui manque… Sa grossesse, loin d’atténuer son désir, l’intensifie et, malgré le chagrin qu’elle ressent, elle ressasse leur dernière étreinte. Elle ne peut empêcher ses mains de se poser sur sa poitrine, sur son intimité et, dans sa tête, les images d’Aymeric se superposent à celles de Gabriel pour l’amener à la jouissance.
Malgré ce petit plaisir solitaire, elle ne parvient toujours pas à s’endormir. Ses pensées se portent vers l’intendant. Elle a accepté qu’il reprenne sa place au sein du château malgré sa trahison et trouve dans sa compagnie un peu de réconfort et surtout beaucoup de soutien pour la gestion du domaine. La fille de Gabriel est aussi venue s’installer avec eux et s’est mise à son service. Catherine se demande si cette jeune fille se rend compte du désir et de la tension qui existent entre son père et sa maitresse. Ils essaient de le cacher, mais sont-ils assez discrets ? Ce ne serait pas convenable dans le contexte actuel… Et surtout, cela pourrait être très dommageable pour le bébé qu’elle porte et qui est le fils légitime du seigneur de Boves.
Suite à la cérémonie pour Aymeric, elle a en effet annoncé à tous sa grossesse afin de préserver l’héritage de son enfant et éviter que le domaine ne passe à Philippe, surtout vu son état actuel. Son père, Renau, s’est déclaré protecteur de Boves, le temps que le bébé naisse et soit en âge de diriger et gérer ses terres, si c’est un garçon, ou de se marier, si c’est une fille. Elle a confiance en lui pour remplir sa mission sans vouloir récupérer les terres ou les utiliser pour son profit personnel. Malgré sa froideur et son côté parfois très sec, il reste une personne de parole et elle sait que, pour sa fille, il fera le nécessaire afin que les choses se passent bien. Sa victoire contre le seigneur de Bouillon a assuré une paix bien méritée. La démonstration de force a permis que les autres seigneurs qui pourraient avoir des velléités le craignent assez pour les laisser tranquilles, malgré l’incertitude qui règne sur l’identité du prochain seigneur de Boves.
Catherine n’arrive toujours pas à dormir. Penser à son père l’amène à s’inquiéter pour Philippe. Plusieurs fois par semaine, des messagers font la liaison entre les deux châteaux pour l’informer sur l’état de santé de son neveu. Elle sait ainsi qu’il a été transféré au monastère et que c’est là que la famille de Gros Louis s’occupe de lui. Philippe a bien fait de les aider car les trois femmes donnent un vrai coup de main au monastère et au château. Elle espère que le jeune homme va se remettre. Cela fait maintenant bientôt deux mois qu’il a été blessé, mais les messages reçus sont rassurants et disent qu’il y a des signes qui démontrent qu’il ne devrait pas tarder à se remettre totalement.
L’esprit de Catherine lui joue des tours ce soir et continue à la faire voyager dans sa tête plutôt que de la laisser dormir. Elle a dans la tête l’air de musique entendu plus tôt dans la soirée. Chaque soir, elle prend son repas avec Gabriel. Ils évitent soigneusement toute référence à leur attirance mutuelle. Souvent, comme c’était le cas ce soir, Gabriel termine la soirée en jouant de la viole avec sa fille qui les rejoint à la flute pour permettre à Catherine de se détendre. Depuis qu’il a soulagé sa conscience, Gabriel a retrouvé le plaisir de faire de la musique et chaque soirée est un délice pour les oreilles et les esprits des membres du château. La Lumière est là, apaisante, et permet de panser les blessures de chacun, de leur amener un calme intérieur que seule la musique est capable de créer.
Comme chaque nuit, les pensées de Catherine se portent enfin sur son fils, Charles. Comme elle aimerait qu’il soit là à ses côtés… Elle comprend qu’il ait fait le choix de rester auprès de son frère de cœur, mais il lui manque énormément. Dans son dernier message, il lui a dit de ne pas s’inquiéter pour lui et qu’il viendrait la saluer dès que l’état de santé de Philippe se sera amélioré. Mais il lui a aussi dit qu’il n’avait pas l’intention de venir vivre avec elle, sans lui en dire plus.
Les yeux de Catherine se ferment enfin sur l’image de la première nuit de son fils au monastère, le soir où elle a dû l’abandonner avec Sylvie. Elle entre dans les bras de Morphée en se disant que le gamin qui a été éduqué au monastère a bien grandi…

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