2. Premières corrections
Lexie publia son premier texte sans réfléchir plus longtemps.
Elle l’avait relu deux fois, corrigé les fautes évidentes, supprimé une phrase qu’elle aimait pourtant, puis cliqué sur Publier. Le geste avait été plus simple qu’elle ne l’imaginait. Aucun trac particulier. Juste une petite appréhension familière, celle qu’elle ressentait toujours en envoyant quelque chose au monde.
Le texte était court. Une nouvelle, écrite quelques mois plus tôt, qu’elle connaissait presque par cœur. Elle n’en attendait rien. Elle se disait même que personne ne la lirait. C’était plus facile ainsi.
Pourtant, moins d’une heure plus tard, une notification apparut.
"Commentaire reçu".
Lexie fronça les sourcils, surprise.
Elle ouvrit la page.
Le commentaire était poli. Encouragent. Rien d’extraordinaire.
“Le rythme est bon. L’atmosphère fonctionne. Peut-être alléger le premier paragraphe.”
Elle sourit.
Un vrai sourire, discret mais sincère.
Elle passa la soirée à lire d’autres textes. Certains maladroits, d’autres brillants. Elle laissa à son tour quelques commentaires, sincèrement bienveillants. Elle se prit au jeu. Le site avait quelque chose de stimulant. Personne ne jugeait. Personne ne cherchait à briller plus fort que les autres.
Les jours suivants, d’autres retours arrivèrent.
Des suggestions simples :
"Couper une phrase trop longue", "déplacer un dialogue", "supprimer une répétition"...
Lexie appliquait, testait, republiait parfois une version corrigée. Et, à chaque fois, le texte semblait respirer un peu mieux.
Elle y prit goût.
Ce n’était pas la reconnaissance, pas encore.
C’était autre chose. Plus intime.
Le sentiment étrange d’être lue pour ce qu’elle écrivait vraiment, pas pour ce qu’elle prétendait être.
Puis, un soir, un nouveau commentaire apparut.
Le pseudo était neutre.
Presque anonyme.
Un mot.
Simple.
"LeCorrecteur"
Lexie cliqua. Le message était plus long que les autres. Structuré, précis, mais ce qui la frappa, ce ne fut pas la justesse des remarques, c’était leur nature.
“Cette phrase est inutile, mais vous le savez déjà.”
“Ici, vous écrivez pour vous rassurer, pas pour raconter.”
“Le vrai texte commence au troisième paragraphe.”
Lexie sentit quelque chose se contracter en elle. Pas de colère, ni d’agacement.Seulement une reconnaissance brutale.
Elle relut le message plusieurs fois.
Chaque remarque tombait juste, trop juste.
Il ne proposait pas de réécriture, ne suggérait pas de style. Il pointait ce qu’elle faisait sans en avoir conscience.
Elle se leva, fit quelques pas dans la pièce, acant de revenir à l’écran. Elle relut son texte avec ces phrases en tête. Et là, quelque chose d’étrange se produisit.
Elle vit ses propres hésitations et ses peurs dissimulées dans certaines tournures.
Des phrases qu’elle écrivait comme pour combler un vide.
Comment pouvait-il savoir ?
Elle répondit.
Un message court, prudent.
“Merci pour votre lecture. Vos remarques sont très pertinentes.”
La réponse arriva rapidement.
“Elles le sont parce que vous savez déjà tout cela.”
Lexie resta immobile devant l’écran. Elle aurait dû sourire, trouver ça flatteur, mais une sensation diffuse, presque imperceptible, glissa en elle.
Quelqu’un venait de terminer une phrase qu’elle n’avait pas dite à voix haute.
Elle ferma l’ordinateur ce soir-là avec une excitation nouvelle et une impression légère qu’elle ne parvenait pas à nommer.
Quelque chose entre l’admiration
et l’inconfort.
Quelque chose qui avait commencé à s’installer.
Déjà...

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