Chapitre 4
C'est bon, j'avais fait le plus dur : je m'étais réveillé quand mon réveil avait sonné, j'avais pris un petit déjeuner complet et j'avais mis une tenue basique pour pouvoir me fondre dans la masse. Lorsque mon père m'a dit :
-Tu veux que je t'emmène pour ton premier jour ?
Je lui avais répondu :
-« Non merci, je prendrai le bus.
Je suis sorti de la maison pour attendre devant l'arrêt de bus que celui-ci arrive, puis je suis montée dedans. Le bus était quasiment vide, à l'exception d'une grand-mère assise devant et d'un groupe d'élèves derrière.
Mon arrêt était dans 10 minutes, alors je sortis un livre et entamai ma lecture. Mais j'avais à peine ouvert mon livre pour le lire que deux élèves du groupe s'étaient approchés pour me demander :
-T'es nouvelle ? me demanda un grand blond, la tête remplie de gel.
-Euh, oui.
-Pourquoi tu arrives comme ça ? » me questionna son voisin qui, d'après l'étiquette attachée à son sac à dos dinosaure, se nommait Pablo.
-C'est mon père qui voulait déménager.
-Ah, c'est bizarre...
-Qu'est-ce qui est bizarre ? lui demandai-je.
-Rien, rien, affirma le pot de gel.
Et ils rejoignirent leur groupe en discutant à voix basse, en me jetant des regards fréquents.
Je continuai ma lecture jusqu'à mon arrêt, en espérant que les deux garçons ne seraient pas dans ma classe.
En poussant la porte de ma salle de classe, je me rendis compte que le cours avait déjà commencé. Et oui, je n'aurais pas dû passer aux toilettes avant. Je m'excusai de mon retard.
Mais la prof n'était pas du même avis et s'écria :
-Toi, tu es la nouvelle !
-Euh, oui.
-OK, alors les enfants, on dit quoi à notre nouvelle élève ?
-Quoikoube ! répondit le pot de gel, qui était malheureusement dans ma classe.
La classe se mit à rire, mais la prof demanda le silence.
-Excuse-toi de suite !
-Pardon, » dit-il à contrecœur.
-Merci. Alors, les enfants, que pouvons-nous dire à la nouvelle ? demanda la prof aux autres élèves, en évitant sagement de dire quoi.
-On pourrait lui demander comment elle s'appelle, » dit une jeune fille au fond de la salle, en questionnant des yeux ses camarades.
-Bonne idée, Léa. Comment t'appelles-tu, jeune fille ?
-J... je m'appelle Milena, » Répondis-je en bégayant malgré moi.
-Très bien, Milena. Les enfants, trouvez-moi une place pour votre nouvelle camarade.
-Il y a une place à côté de Fred, madame ! S'écria le pot de gel.
Les élèves se retournèrent tous vers celui prénommé Fred. Lorsque je vis Fred, je me dis que mon premier jour n'aurait pas pu si mal commencer.
« Ah regarde, Milena, il y a une place entre Milo et Valentine.
Pour une fois, j'avais échappé belle. Je notai malgré tout dans ma tête que Valentine signifie "vigoureuse" et "forte", tandis que Milo voulait dire "cher" ou "aimé".
-« Euh, oui, merci. Il m'aida à soulever la table et me tendit sa main avec un sourire ravageur.
Avec l'aide de l'ensemble de la classe, nous réussîmes à remettre la salle en ordre lorsque la sonnerie sonna.
Pendant la pause, la rumeur s'était déjà propagée jusqu'au bâtiment des primaires. Et oui, en moins d'une heure, je suis devenue célèbre, et croyez-moi, je n'avais pas besoin de ça.
J'espérais au plus profond de moi que la fin de la matinée se déroulerait plus normalement, sans problème, mais c'est le moment que choisirent Fred et Lorcan pour venir me voir. Apparemment, ils rejetaient la faute sur moi pour la punition, alors que c'était Althéa qui les avait dénoncés.
-« Alors, tu penses que tu pourrais t'en tirer comme ça, la nouvelle ? Tu nous prends pour des novices ? » me demanda Fred.
-« Comme si on était nuls ! » renchérit son acolyte.
-« Excusez-moi, j... je... ne voulais pas.
-« Tu ne voulais pas, c'est bien gentil tout ça, mais bon, ce qui est fait est fait, et tu vas en payer les conséquences.
Un attroupement commençait à se former et me fit tellement peur que j'aurais voulu partir si Fred n'était pas en train de s'approcher de moi, le regard bagarreur. Heureusement, c'est à ce moment que choisit de sortir M. Muttens, d'après son badge, ainsi que Milo, qui venait de la salle de classe juste à côté. M. Muttens ne pouvait plus être différencié du mur tellement il avait rougi ; de la fumée aurait presque pu lui sortir des oreilles.
Il nous pria de le suivre dans le bureau de la directrice. Les deux garçons me regardèrent avec un regard de dégoût et suivirent à contrecœur leur prof de maths. Je les imitai, tandis que la foule s'écartait. Milo, lui, décida de nous suivre. Non mais pourquoi ? Je n'avais pas besoin de lui ; en plus, il me mettait dans tous mes états à chaque fois que je croisais ses yeux noisette.
M. Muttens ouvrit une porte avec « Directeur » en grosses lettres rouges après avoir toqué. Le directeur était un homme charmant, étonnamment très jeune, je dirais dans la vingtaine. Il nous pria de nous asseoir et demanda au prof de maths et à Milo leurs versions des faits. Chacun expliqua ce qu'il avait vu et compris. Quand vint mon tour, j'expliquai brièvement les événements qui s'étaient déroulés dans la classe et la provocation de Fred et Lorcan. Lorsque les garçons commencèrent à raconter, je vis qu'ils s'enfonçaient tous deux dans des mensonges. Ils auraient bien pu surpasser Pinocchio si le directeur ne les avait pas interrompus dans leur discours.
-« Croyez-vous vraiment que je vais croire des histoires pareilles ? Non, mais vraiment. »
-« Mais c'est vrai, monsieur ! » affirma Lorcan.
-« Bien sûr, et si je te dis que les extraterrestres existent, tu vas me croire ? »
-« Ben oui, M. Leonardas de Vir. »
-« Très bien, mon petit. Il me semble que toi et ton compagnon avez déjà un certain nombre d'heures de colle. J'en déduis donc que votre punition a déjà été donnée. Vous, Mlle Hoskoviak, je vous vois comme innocente dans cette histoire. Je tiens également à vous souhaiter une bonne rentrée dans notre établissement, malgré les récents événements. Merci à vous aussi, M. Muttens. Je vais vous laisser commencer votre cours. Juste M. Antonio Krakofvesky et Mlle Hoskoviak, pouvez-vous rester un instant ? »
Nous attendîmes en silence que notre prof de maths et nos deux camarades ferment la porte avant que le directeur, M. Leonardas De Vir, ne commence à parler.
-« Mes chers enfants, je m'excuse encore une fois de toute cette pagaille, mais le sujet n'est pas celui-là. Je voulais vous demander, jeune homme, s'il était possible que vous aidiez notre nouvelle élève dans l'établissement, notamment pour les matières où nous sommes en avance.»
-« Bien sûr, monsieur, avec plaisir. »
-« Très bien, pourrais-tu également lui servir de GPS dans l'établissement ? Ce serait dommage de perdre une élève. »
-Oui, M. le directeur.
-Très bien, jeunes gens. Alors, si cet accord vous va à tous les deux, je vais vous laisser rejoindre votre cours. »
Nous lançâmes un au revoir avant de sortir calmement, alors que j'aurais bien voulu me précipiter vers la sortie à la minute où le directeur a demandé au mec le plus mignon de toute l'école de m'aider à me repérer et à rattraper mon retard dans certaines matières.
Nous nous dirigions vers la salle de classe où le cours de maths devait avoir lieu. Pendant le chemin, Milo me questionna :
- Pourquoi as-tu déménagé ici ? »
- Mon père a trouvé que cette ville était une grande ville, bien sûr. »
- Je t'avoue que lors des sorties en ville pendant les cours d'art, je suis plus impressionné par le nombre d'habitants. Extraordinaire, non ? »
- Oui.
-Tu habitais où ? »
- À Strasbourg. »
-« C'est une grande ville, ça, non ? »
- Ouais. »
Milo toqua à la porte avant de l'ouvrir et d'entrer. Mais en plus de ça, il me tint la porte. S'il n'était pas si charmant, j'aurais peut-être pu lui arracher les cheveux, mais je me résignai à passer en lui laissant un « merci » agacé.
La classe était différente et comme par hasard, les deux dernières places libres étaient voisines. Dans le fond de la salle.
Je m'assis sur la chaise contre le mur ; c'était une assez bonne place. Je pouvais observer toutes les personnes présentes et, en plus, j'aurais une excuse si je regardais trop souvent mon voisin.
Milo vint s'asseoir à la table à côté de la mienne, la dernière disponible, car apparemment une jeune fille du nom de Larunda n'arrêtait pas de parler. Et oui, à elle aussi, son prénom allait bien, car sa signification, « bavarde », lui collait à la peau. Elle n'arrêtait pas de parler, le prof dut lui répéter cinq fois d'arrêter de discuter pour qu'elle chuchote. Moi, contrairement à elle, je n'étais pas en train de discuter ; j'observais tous les gestes de Milo. Quand je vis son regard en coin qui m'observait, je détournai rapidement les yeux.
Le truc, c'est que Milo avait bien compris que je l'appréciais, mais il faisait comme si de rien n'était. À chaque fois qu'il me surprenait en train de le regarder, il souriait, ce qui me faisait devenir toute rouge. Je me détestais de ne pas oser le regarder en face.
M. Muttens termina son cours et l'ensemble des élèves de la classe partirent en courant. Je rangeai mes affaires lentement pour laisser partir Milo d'abord, mais celui-ci décida qu'il allait m'attendre et il me regarda ranger mes affaires. J'aurais mieux fait de me dépêcher ; il ne m'aidait pas du tout dans ma tâche. Désespérée, je jetai toutes mes affaires dans mon sac. Malheureusement, je réussis à faire tomber un de mes crayons. Je tendis la main pour le ramasser et il fit de même. Ma main toucha la sienne très furtivement avant que je le laisse ramasser mon stylo. Il le mit dans mon sac que je fermai soigneusement. Nous sortîmes de la classe ensemble et Milo commença à me faire la visite. Oui, il fallut qu'on prenne la demi-heure de libre pour faire le tour du lycée à deux.
-Là, c'est la salle d'art plastique, et à côté, celle de musique. En face, il y a le bureau du directeur, après avoir monté une volée de marches. Il me présenta le labo et la salle de techno, puis nous avons fait le tour des salles principales.
-Merci de me faire la visite, c'est vraiment gentil de ta part.
-Oui, c'est normal. Moi, j'ai l'habitude d'être ici. Comme la plupart des gens, je suis né dans l'hôpital de la ville et je fréquente cette école depuis la primaire.
-Je comprends.
-Au premier étage, il y a les sixièmes et aussi les toilettes juste là. Les salles d'études sont par ici, et pour finir, le BVS et le CDI sont à l'entrée.
-Il y a quand même beaucoup de choses pour si peu d'élèves.
-Oui, c'est sûr. Toi, tu étais dans un grand collège avant ?
-Il était moyen, je veux dire pas grand, mais pas comme ici.
-C'est tes parents qui t'amènent au lycée ?
-Non, j'y vais en bus, c'est loin et mon père n'a pas que ça à faire.
-C'est plus facile comme ça.
-Oui, c'est ça. Et toi, c'est tes parents qui t'emmènent ?
-Non, moi je rentre chez moi à pied, ce n'est pas très loin, du côté de la boulangerie.
-Ah d'accord. Je me rends compte que c'est quand même un petit peu loin, car j'habite juste un peu plus à l'est.
-Toi, tu habites vers où ?
Il était en train de me demander mon adresse, le plus beau mec de ma classe me demandait mon adresse !!!
-Du côté de la librairie.
-Ah d'accord, tu habites un peu moins loin que moi.
-C'est ça.
-On devrait peut-être aller en cours ?
-Bonne idée.
Nous nous dirigeâmes vers notre salle de classe. La SVT se déroulait dans un labo. Milo me laissa devant la salle de classe où se trouvaient déjà l'ensemble des élèves. Il alla sûrement voir ses amis devant.
Notre prof de SVT avait de nombreux cheveux blancs qui lui poussaient sur la tête, malgré son air jeune. Mme Legrand nous fit entrer, et j'entrai la dernière, tout devant, à côté de la fille qui n'arrêtait pas de bavarder, juste à côté de... Milo !!!!
Ce n'est pas possible, encore lui ! Je réfléchis rapidement : je n'arriverais jamais à suivre le cours à côté de la bavarde. Je décidai donc de me placer à la gauche de Milo. Il me sourit, ce qui me fit rougir plus que nécessaire.
Mme Legrand commença son cours et nous expliqua de nombreuses choses sur les volcans et les séismes. Quand la sonnerie annonça la fin du cours, Mme Legrand nous annonça qu'il nous faudrait faire un exposé sur les volcans ou les séismes avec notre voisin. Et comme si ma matinée n'avait pas si mal commencé, il fallut que mon voisin soit Milo. Celui-ci décida, comme par hasard, qu'il était temps qu'il m'accompagne jusque chez moi, car il m'attendait gentiment dans la classe.
-Le directeur a annulé les cours, car il va sûrement neiger. Je me suis dit que je pourrais t'accompagner, et peut-être qu'on pourrait faire le travail de SVT.
-Oui, bonne idée ! Tu peux venir chez moi, mon père n'est pas là, l'ordinateur sera libre.
-Bonne idée ! Tu rentres en bus ?
-Je pense que je vais éviter. Lorcan prend le même bus, alors je pense que je vais rentrer à pied.
-Je vais t'accompagner.
Nous marchâmes un long moment en silence, jusqu'à ce que Milo me demande :
-Tu ne parles pas beaucoup de ta mère.
-C'est parce qu'elle a disparu... L'année dernière, elle est partie avec ses amis en montagne pour faire une randonnée comme à son habitude, mais elle n'a pas suivi le groupe et s'est égarée. On n'a pas réussi à la retrouver. Mon père pense qu'elle est tombée, mais moi, je préfère penser qu'elle a trouvé un village qui l'a hébergée.
-Je comprends, c'est triste d'avoir perdu un être cher.
-Oui, très. Mais maintenant qu'on a déménagé, ça nous éloigne un peu de la réalité.
Nous continuâmes à marcher. Arrivés devant ma nouvelle maison, Milo m'indiqua que j'avais sûrement la plus grande maison de toute la ville.
J'ouvris la porte, qu'il referma derrière lui. Je déposai nos manteaux sur le porte-manteau, puis je l'emmenai dans le bureau où une mini salle informatique nous attendait. On commença à faire un plan de l'affiche que nous ferions, puis je fis des recherches. Milo rédigea de belles phrases, puis, épuisés par tout le travail fourni, nous nous dirigeâmes vers la cuisine où je sortis les petites brioches au chocolat que nous avions achetées sur le chemin. Mon père choisit ce moment pour rentrer et fit sa tête la plus étonnée en voyant Milo.
-Bonjour Milena, bonjour jeune homme.
-Salut papa.
-Bonjour monsieur, je suis Milo. Votre fille m'a invité pour travailler sur le devoir de SVT à faire par groupe de deux.
-D'accord, très bien. Je vais vous laisser seuls.
On termina le travail demandé, et lorsque Milo commença à partir, mon père m'exigea de le raccompagner jusque chez lui. Je fis donc le chemin jusqu'à chez lui, puis je revins à la maison. Lorsque je rentrai, mon père me demanda :
-C'est ton amoureux ? Tu as eu d'autres amis ? Ta journée s'est bien passée ? Tes camarades ont été sympas ?
-Ce n'est pas mon amoureux, et ma journée aurait pu se dérouler plus mal. Je restai vague sur les événements de ce matin pour ne pas inquiéter mon père. Heureusement, il ne posa pas plus de questions. Je me couchai après avoir terminé les différents devoirs donné pour demain.

Annotations
Versions