Part. 5 - Le rendez-vous

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- C'est pas vrai ! Tu peux pas t'écarter un peu, tu dégueules sur ma BM !

La voix de Dan me parvient malgré les râles de fin du monde qui sortent de ma gorge. Je vais crever sur ce parking de merde, plié en deux, éclairé par les phares d'une bagnole. Bon j'exagère. Finalement, je ressens un bref soulagement en me relevant, une sorte de légèreté presque agréable si je fais abstraction du goût dégueulasse dans ma bouche. Je m'essuie d'un revers de main et avise Dan, les yeux humides et la morve au nez.

- Bon, on y va. Il est tard.

Je sens bien qu'il prend sur lui, sa voix n'est pas aussi joviale qu'à l'accoutumée et il n'a pas passé son bras sur mon épaule. Il se dirige vers l'entrée du Savannah et je traîne les pieds derrière lui, sans bien comprendre ce qu'on va pouvoir y faire, à part boire un coup et cette seule idée me refile la gerbe direct.

La serveuse moche est toujours derrière le bar, le rimmel baveux et les cheveux raides.

Et voilà mon Dan qui fait le Dan. Les deux bras grands ouverts comme le Messie, un énorme sourire aux lèvres, le pas décidé, il file tout droit vers la table de Mister Classe et Miss Fleurs des Champs. "Sergio, mon ami ! Content que tu sois encore là ! Si tu savais le bordel ce soir... Un connard m'a embouti sur la route de Ronge, tu sais, juste avant la forêt. Enfin bref, un vrai chieur le gars. J'ai bien cru qu'on arriverait jamais au bout du constat. Et le comble, j'ai pas pris mon portable ! Impossible de te prévenir ! Mais me voilà !"

Je remercie intérieurement Dan de ne pas avoir mentionné le comble du comble de sa soirée, à savoir mes exploits gastriques sur son capot. On s'installe, Dan me présente comme "le gars dont je t'ai parlé" et Sergio désigne d'un sourire "son assistante". Je bafouille un bonsoir mal assuré et Dan lui fait un baise-main. Véridique !

Je ne vais pas vous mentir, je n'écoute rien de la conversation. La serveuse de Salem me lance un regard torve quand je lui commande un grand verre d'eau et Dan ne peut s'empêcher de retenir un gloussement surpris. "Ça va mec ?" me demande-t-il. Je hoche la tête mais pas trop car j'ai peur que la nausée revienne. Le collier de verroterie bizarre de l'assistante de Sergio m'hypnotise carrément. Et j'évite aussi de parler car je dois avoir une haleine de chacal.

À un moment, je m'entends quand même dire "ouais, pas de problème, craquer un programme, c'est dans mes cordes". Sergio semble sceptique mais Dan me tapote l'épaule. L'assistante ne dit rien, elle sirote une boisson bleue et un mini-parasol en papier frôle son nez quand elle approche le large verre à pied translucide de sa bouche.

Mon eau a un goût effroyable de fer.

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