Chapitre 3

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Le silence qui suivit leur échange n’avait rien d’un silence ordinaire. Ce n’était pas l’absence de bruit, ni même cette forme de calme épais que Raiponce connaissait si bien, celui qui emplissait chaque pierre de la tour lorsqu’il n’y avait plus que le froissement d’une page ou le déplacement lent de la lumière sur le sol. Non. Celui-ci était différent. Il était habité.

Par une présence.

Par une respiration qui n’était pas la sienne.

Par le fait profondément déstabilisant qu’un autre être humain occupait désormais le même espace que lui, avec sa propre logique, son propre poids, sa propre température, et surtout cette capacité troublante à interrompre l’ordre du monde sans même sembler en prendre la mesure.

Raven s’était appuyé contre le mur comme s’il avait toujours eu le droit d’être là, une épaule relâchée, la tête légèrement inclinée en arrière, l’air de quelqu’un qui tolère une situation au lieu de la subir. Il saignait un peu au bras, ses vêtements étaient humides, son regard trop mobile pour être réellement au repos. Il paraissait composé de tension contenue, d’ironie et de fatigue.

Raiponce l’observait.

Il n’avait pas l’impression de le dévisager. Le mot lui paraissait grossier, presque agressif. Il préférait penser qu’il rassemblait des informations. C’était une activité plus acceptable. Plus stable. Plus rassurante aussi.

Parce qu’à défaut de comprendre ce qui se produisait, il pouvait au moins essayer de lui donner une forme.

Raven ouvrit un œil.

« Tu fais ça depuis combien de temps ? »

Raiponce cligna des yeux. « Quoi ? »

« Me regarder comme si j’étais un problème mathématique avec des bottes. »

Raiponce inclina légèrement la tête, songeur. « Depuis que vous êtes entré dans la pièce. »

Raven laissa échapper un souffle entre l’exaspération et l’amusement.

« Au moins, t’es honnête. C’est reposant. Flippant, mais reposant. »

Raiponce garda le silence quelques secondes, le temps d’examiner le sens exact de cette phrase. Il avait lu plusieurs fois que certaines affirmations humaines contenaient des contradictions délibérées destinées à nuancer une impression. C’était, à son sens, une pratique inutilement confuse.

« Je ne cherche pas à vous mettre mal à l’aise, » dit-il finalement. « Mais votre présence constitue un événement d’une rareté considérable dans mon existence. Il est donc rationnel d’y prêter attention. »

Raven tourna la tête vers lui. « Tu parles toujours comme ça ? »

« Comme quoi ? »

« Comme un livre qui aurait pris vie et décidé de juger tout le monde. »

Raiponce fronça légèrement les sourcils. « Je ne crois pas vous juger. Je vous étudie. »

« Ah. » Raven eut un sourire bref. « C’est beaucoup mieux, évidemment. »

Il referma les yeux comme s’il avait décidé, pour l’instant, d’économiser son énergie. Raiponce, lui, continua à l’observer, plus discrètement — ou du moins le crut-il. Il nota la manière dont ses doigts se contractaient parfois avant de se relâcher, comme si son corps refusait complètement l’idée du repos. Il nota aussi qu’il semblait écouter en permanence, même immobile. Une partie de lui, manifestement, restait tournée vers l’extérieur, vers la menace, vers l’éventualité d’une fuite nécessaire.

C’était fascinant.

« Pourquoi volez-vous ? » demanda Raiponce.

Raven rouvrit les yeux immédiatement. « Pardon ? »

« Vous avez dit être poursuivi. J’en ai déduit que vous aviez pris quelque chose ne vous appartenant pas. »

« Ce qui, pour quelqu’un qui n’a jamais vu le monde, est une déduction étonnamment rapide. »

« Merci. »

Raven le fixa. « Ce n’était pas un compliment. »

« Je l’ai compris, mais l’observation demeurait exacte. Alors : pourquoi volez-vous ? »

Raven soupira longuement, comme si la question l’offensait moins par son contenu que par son existence.

« Parce que j’aime ça. »

Raiponce attendit.

Puis demanda : « C’est une réponse partielle ou définitive ? »

Raven eut un rire bref, sans joie. « T’es vraiment incapable de laisser une phrase tranquille, hein ? »

« Les phrases sont rarement tranquilles. Elles contiennent souvent davantage que ce qu’elles annoncent. »

« Et moi qui pensais que ma journée ne pouvait pas devenir plus étrange. »

Raiponce s’approcha d’un pas, lentement, prudemment, pour ne pas paraître menaçant — même s’il ne savait pas exactement à partir de quel moment une proximité devenait menaçante. Il lui semblait cependant que les êtres humains toléraient mal d’être brusquement envahis.

« Si vous aimez voler, » reprit-il, « cela signifie-t-il que vous appréciez l’appropriation, le risque, ou l’idée de posséder momentanément quelque chose avant de vous en défaire ? »

Raven le regarda fixement.

« Je déteste cette conversation. »

« Cela ne répond pas. »

« Non, ça indique seulement mon état d’esprit actuel. »

Raiponce réfléchit. « Je crois que vous utilisez fréquemment le contournement. »

« Et je crois que tu poses trop de questions. »

« C’est possible. »

« Non, ce n’est pas possible. C’est certain. »

Raiponce considéra l’information avec sérieux. « Très bien. Je vais reformuler. »

Raven leva une main. « Non. »

« Qu’est-ce qui vous pousse à— »

« Non. »

« Si je réduis la question à— »

« Toujours non. »

Raiponce resta silencieux.

Raven se redressa un peu contre le mur et passa une main dans ses cheveux humides. Il paraissait fatigué, oui, mais il conservait cette manière de tout regarder comme s’il se préparait à rejeter le monde avant que le monde ne le rejette lui-même.

Cette pensée traversa l’esprit de Raiponce sans qu’il sache exactement d’où elle venait. Il n’était pas certain qu’elle soit fondée. Peut-être relevait-elle simplement d’une analogie issue de ses lectures. Pourtant, elle s’imposa avec une netteté étrange.

« Vous fuyez quelque chose d’autre que vos poursuivants, » dit-il.

Raven se figea à peine. Ce n’était presque rien. Une suspension minuscule. Mais elle exista.

Puis le sourire revint, plus sec. « Tu fais souvent ça ? »

« Quoi ? »

« Cette manière insupportable d’avoir l’air innocent tout en mettant les doigts exactement là où ça agace. »

Raiponce baissa les yeux vers ses mains, comme pour vérifier qu’elles étaient toujours à leur place. « Pas volontairement. »

Cette fois, Raven rit vraiment. Pas longtemps. Mais suffisamment pour que quelque chose change brièvement dans son visage. Une chaleur fugitive, aussitôt disparue.

Raiponce enregistra mentalement cette variation.

« Je n’ai pas dit que c’était volontaire, » dit Raven. « J’ai dit que c’était insupportable. »

Raiponce hocha la tête, puis observa la coupure à son bras. Le sang avait moins coulé, mais la plaie restait ouverte.

« Il faudrait la nettoyer. »

« Il faudrait surtout que tu arrêtes de décider ce qu’il faudrait. »

« Les blessures non traitées présentent un risque. »

« Merci, je connais le concept. »

« Dans ce cas, pourquoi ne faites-vous rien ? »

Raven tourna les yeux vers lui, fatigué. « Parce que je n’ai pas envie de mourir d’un petit saignement stupide dans une tour pleine de livres, mais je n’ai pas non plus l’intention de me faire ausculter par un inconnu qui me parle comme un traité de philosophie. »

Raiponce prit quelques secondes pour démêler cette phrase. « Je ne suis pas un traité de philosophie. »

« Non, ça, j’avais remarqué. Un traité de philosophie serait moins intrusif. »

Raiponce considéra cela comme une remarque probablement désobligeante.

Puis il demanda : « Qu’est-ce qui distingue, selon vous, la curiosité de l’intrusion ? »

Raven laissa tomber sa tête contre le mur. « Oh, par pitié. »

« C’est une vraie question. »

« Je n’en doute pas. C’est bien le problème. »

Raiponce resta où il était. Le simple fait de pouvoir questionner quelqu’un qui existait hors des livres provoquait en lui une agitation difficile à contenir. Il avait toujours cru que le savoir, une fois obtenu, apaisait. Mais la présence de Raven produisait l’effet inverse : chaque réponse ouvrait une dizaine de pistes nouvelles, chaque réaction appelait une hypothèse, chaque silence semblait signifier quelque chose de plus vaste.

C’était exaltant.

Et légèrement douloureux.

Comme si son esprit grandissait trop vite à l’intérieur de lui.

« Avez-vous déjà été amoureux ? » demanda-t-il.

Raven ouvrit les yeux si brusquement qu’il en devint presque comique.

« Quoi ? »

« Je tente d’établir un profil plus précis. »

« Et l’amour faisait partie du profil ? »

« Vous avez dit aimer le vol. J’essaie de comprendre ce que vous associez à l’attachement, au désir, à la permanence ou à son refus. »

Raven le fixa, incrédule. « Tu viens vraiment de me demander si j’étais amoureux pour compléter une étude ? »

Raiponce réfléchit. « Oui. »

« C’est sans doute la phrase la plus dérangeante que j’aie entendue aujourd’hui. »

« Est-ce une réponse négative ? »

Raven eut un rire sec. « Oui. C’est une réponse négative. Heureux ? »

Raiponce hésita. « Je ne crois pas que le terme exact soit heureux. Mais je note l’information. »

Raven haussa un sourcil. « Tu la notes où ? »

Raiponce toucha sa tempe du bout des doigts. « Ici. »

« Bien sûr. »

Le silence revint, mais plus instable cette fois. Raven semblait désormais sur ses gardes d’une autre manière. Non plus simplement parce qu’il se trouvait dans un lieu inconnu, mais parce qu’il commençait probablement à comprendre que l’esprit de Raiponce fonctionnait selon des axes imprévisibles.

Raiponce, lui, sentait confusément qu’il approchait d’une frontière sociale. Il en connaissait l’existence en théorie : ces lignes invisibles au-delà desquelles une question cessait d’être informative pour devenir déplacée. Mais il lui avait toujours manqué l’expérience nécessaire pour les détecter avec précision.

Il tenta donc une approche plus prudente.

« Puis-je vous poser une dernière question ? »

Raven le regarda avec une méfiance immédiate. « Vu ce que tu considères comme une bonne idée, ça m’inquiète énormément. »

« Je peux m’abstenir. »

Raven eut l’air surpris. « Ah. Donc tu sais faire ça. »

« Je préfère éviter d’endommager inutilement l’échange. »

Raven l’observa quelques secondes, comme s’il cherchait à savoir si cette phrase cachait une ironie. Puis il soupira.

« Vas-y. Une seule. »

Raiponce prit cela très au sérieux. Il réfléchit vraiment. Peut-être trop longtemps.

Puis demanda :

« Pourquoi continuez-vous à rester ici alors que vous me trouvez manifestement pénible ? »

Raven resta silencieux.

Ce silence-là n’était pas agacé. Il était plus dense. Plus tranchant.

Finalement, il détourna le regard. « Parce qu’en bas, on essaie potentiellement de me tuer. »

« Donc ma présence vous dérange moins que la mort. »

« En général, oui. C’est une hiérarchie assez classique. »

Raiponce hocha lentement la tête. « C’est intéressant. »

« Arrête de dire que tout est intéressant. »

« Tout ne l’est pas. Mais vous l’êtes. »

Raven leva les yeux vers lui, d’un mouvement rapide. Il y eut une seconde vide entre eux. Une seconde étrange, trop nue pour être confortable.

Alors Raiponce ajouta, avec la sincérité tranquille qui était la sienne :

« Parce que vous êtes réel de manière imprévisible. »

Raven resta immobile, puis détourna les yeux avec un rictus fatigué. « Je retire ce que j’ai dit. Ça, c’était la phrase la plus dérangeante de la journée. »

Raiponce n’en comprit pas totalement la raison.

Il avança alors de quelques pas encore, attiré malgré lui par cette présence qu’il peinait à conceptualiser. Jusqu’ici, les êtres humains avaient toujours été des figures imaginées, des constructions littéraires faites d’élan, de cruauté, de beauté, d’incohérence. Raven, lui, transpirait, saignait, soupirait, coupait les phrases comme des lames. Il n’était pas idéalisable facilement. C’était précisément ce qui le rendait si difficile à quitter du regard.

Raiponce baissa les yeux vers sa main, puis vers le bras blessé de Raven.

« Je voudrais vérifier quelque chose, » dit-il.

Raven eut immédiatement l’air méfiant. « Rien que cette phrase me donne envie de fuir. »

« Je n’ai jamais touché quelqu’un. »

Les mots sortirent sans emphase, sans honte non plus. Comme un fait.

Raven cligna des yeux.

« …Quoi ? »

« Je n’ai jamais eu l’occasion. En dehors de gestes très anciens dont je ne garde aucun souvenir précis, il m’est impossible d’affirmer avec certitude que j’ai déjà expérimenté le contact humain de façon consciente. »

Raven le regarda longuement. L’expression moqueuse était toujours là, mais moins nette. Fissurée, peut-être, par quelque chose qui ressemblait à de la perplexité pure.

« T’es en train de me dire que t’as jamais touché personne ? »

« Oui. »

« Jamais ? »

« Non. »

Raven passa une main sur son visage. « C’est pas la bonne réponse à la question, mais j’ai compris l’idée. »

Raiponce hésita, puis leva très légèrement la main. « Puis-je ? »

Raven regarda cette main comme si elle était un objet suspect.

« Tu demandes la permission de me toucher pour une expérience. »

« Formellement, oui. »

« C’est probablement la demande la plus bizarre que j’aie reçue de toute ma vie. »

« Avez-vous déjà reçu beaucoup de demandes comparables ? »

« Non, justement ! »

Raiponce attendit. Il avait lu qu’insister après une hésitation rendait une interaction désagréable. Il se força donc à rester immobile, même si chaque seconde amplifiait sa curiosité.

Raven soupira, fixa le plafond, puis lui. « Une seconde. Juste une. Et si tu me plantes les doigts dans une plaie ou si tu recommences à analyser ma texture comme un meuble ancien, je te jure que je saute par la fenêtre. »

Raiponce hocha la tête avec un sérieux presque solennel. « Je ferai de mon mieux pour éviter cela. »

Il s’approcha.

Très lentement.

Comme on approche quelque chose de rare, ou de dangereux, ou les deux à la fois.

Sa main resta suspendue quelques secondes au-dessus de l’avant-bras intact de Raven, sans le toucher encore. Il sentit déjà sa propre respiration changer. Plus courte. Plus attentive. Le simple fait de réduire la distance entre eux provoquait en lui une tension étrange, ni tout à fait de la peur, ni de l’anticipation pure. Quelque chose d’inédit. Quelque chose dont il ne possédait aucun équivalent théorique satisfaisant.

Puis ses doigts effleurèrent enfin la peau de Raven.

Le contact fut si bref qu’il aurait pu ne pas exister. Et pourtant il exista tout entier.

Chaud.

Vivant.

Infiniment plus précis que n’importe quelle description.

Raiponce retint involontairement son souffle.

Raven, lui, se raidit aussitôt.

Pas violemment. Mais assez pour que le mouvement remonte le long de son bras comme une alerte.

Raiponce retira sa main immédiatement.

« Pardon. »

Raven le dévisageait, les sourcils légèrement froncés. « C’était quoi, ça ? »

Raiponce regarda ses propres doigts comme s’ils venaient de lui transmettre un message incomplet.

« Je crois… » Il s’interrompit, cherchant. « Je crois qu’aucun texte n’était vraiment exact. »

Raven resta silencieux une seconde, puis deux.

« Tu m’étonnes. »

Raiponce releva les yeux vers lui. « Votre peau est plus chaude que la pierre, moins lisse que certaines reliures, et pourtant ce n’est pas cela qui m’a surpris. »

« Je n’ai aucune idée de la manière dont je suis censé répondre à cette phrase. »

« Moi non plus. »

Cette réponse sembla prendre Raven au dépourvu. Il ouvrit la bouche, la referma, puis secoua légèrement la tête, comme si Raiponce échappait même aux catégories qu’il utilisait habituellement pour classer les gens.

« Bon, » dit-il enfin. « L’expérience est terminée. Formidable. Est-ce que je peux retrouver un minimum de tranquillité maintenant ? »

Raiponce hocha la tête. « Oui. Je pense. »

Mais il savait déjà que ce n’était pas vrai.

Parce que quelque chose venait de changer.

Pas entre eux — pas encore, pas vraiment. Raven restait fermé, ironique, prêt à mordre à la moindre maladresse. Mais à l’intérieur de lui, oui, quelque chose avait bougé. Une frontière venait d’être franchie. Une abstraction venait de se fissurer. Le monde avait, pour la première fois, répondu directement à une de ses attentes, et sa réponse était plus trouble, plus simple, plus bouleversante qu’il ne l’aurait cru.

Raven détourna le regard, manifestement décidé à mettre fin à l’épisode.

Raiponce, lui, recula enfin.

Puis s’assit lentement, non loin, avec cette impression singulière que la pièce n’avait plus exactement les mêmes dimensions qu’avant.

Le silence retomba.

Mais il n’avait plus rien d’ancien.

Le silence persistait.

Mais il ne tenait plus.

Il se fissurait en permanence, traversé par des détails que Raiponce n’avait jamais eu à prendre en compte auparavant : un déplacement de poids, un frottement contre la pierre, une respiration irrégulière qui n’était pas la sienne.

Raven.

Raiponce avait ouvert un livre.

Il ne lisait pas.

Ses yeux restaient posés sur les lignes sans les comprendre vraiment. Les mots existaient encore, mais ils avaient perdu une partie de leur autorité. Ils ne suffisaient plus à expliquer ce qui se trouvait à quelques mètres de lui.

Il referma le livre.

« Vous mangez ? »

Raven lâcha un souffle agacé.

« Sérieusement ? »

Raiponce releva les yeux. « Oui. »

« Oui, je mange. Comme tout le monde. »

« Parce que c’est nécessaire. »

« Oui. »

« Et si vous ne le faites pas ? »

Raven passa une main dans ses cheveux. « J’ai faim. »

Raiponce hocha la tête.

« La sensation est-elle progressive ? »

Raven le fixa longuement.

« T’as vraiment aucun instinct de survie sociale, toi. »

« Je ne crois pas que ce soit une compétence que j’ai pu développer ici. »

Un silence.

Puis Raven soupira.

« Oui. C’est progressif. Et désagréable. Et ça devient insupportable. Voilà. »

Raiponce sembla intégrer l’information.

« Donc votre corps impose des contraintes constantes. »

« Oui. »

« Et vous devez y répondre. »

« Oui. »

« Même si vous ne le souhaitez pas. »

Raven eut un sourire sec. « Surtout si je ne le souhaite pas. »

Raiponce resta silencieux.

Il observa sa respiration.

Toujours stable.

Toujours sous contrôle.

Puis il leva les yeux vers la sortie.

La lumière.

Toujours là.

Toujours hors de portée.

« J’ai déjà tenté de sortir, » dit-il calmement.

Raven haussa un sourcil. « Ah. »

« À une certaine distance, mon souffle se coupe. »

« Genre tu t’étouffes ? »

« Oui. »

Raven le regarda.

Puis la porte.

Puis lui.

« Et t’as décidé de… rester ici. »

« L’alternative n’était pas viable. »

« Ouais, ça se tient. »

Un silence.

Raven se redressa légèrement.

« Vas-y. Montre. »

Raiponce ne répondit pas.

Il se leva.

S’approcha de l’escalier.

Sans hésitation.

Sans appréhension.

Comme quelqu’un qui connaissait déjà le résultat.

Il fit un pas.

Puis un deuxième.

Et immédiatement ;

Son souffle se coupa.

Brutalement.

Il porta une main à sa gorge, le corps se tendant malgré lui.

Puis recula.

L’air revint d’un coup.

Il inspira profondément.

Puis se redressa.

Calme.

Comme si rien d’inattendu ne venait de se produire.

Raven le regardait.

« …Ok. »

Raiponce reprit simplement :

« La limite est constante. »

Raven hocha lentement la tête.

« Ouais. Très convaincant. »

Il fit un pas vers l’escalier.

Puis s’arrêta.

« Et si tu forces ? »

« J’ai essayé. »

« Et ? »

« Je perds connaissance. »

Silence.

Raven se frotta le visage.

« Génial. »

Il recula.

« Donc t’es coincé ici. »

« Oui. »

« Depuis combien de temps ? »

« Je n’ai pas de mesure précise. »

« Super. »

Un silence retomba.

Raiponce retourna à sa place.

Mais son regard restait ailleurs.

Sur Raven.

Encore.

Toujours.

Raven, lui, commença à tourner légèrement dans la pièce.

Pas encore inquiet.

Mais agacé.

« Bon. »

Il s’arrêta.

« Y’a quand même un truc qui me dérange. »

Raiponce inclina la tête. « Lequel ? »

« Le fait que ça existe déjà. »

« La contrainte ? »

« Oui. »

Raven le fixa.

« Y’a forcément une origine. »

« Probablement. »

« Et j’ai pas envie d’être impliqué là-dedans. »

« C’est compréhensible. »

Raven eut un sourire sec. « Content que tu comprennes. »

Un silence.

Puis Raven s’approcha.

Direct.

Sans réfléchir.

« On va vérifier un truc. »

Raiponce ne bougea pas.

Raven attrapa son col.

D’un geste rapide.

« T’étais là. »

Il le tira légèrement.

« Moi là. On parle— »

Raiponce perdit l’équilibre d’un demi-pas.

Son corps réagit immédiatement.

Instinctivement.

Il leva la main.

Pour se stabiliser.

Leurs visages se rapprochèrent.

Trop vite.

Trop près.

Une seconde.

Pas même.

Et...

Leurs lèvres se heurtèrent.

Un choc.

Pas un baiser.

Pas une intention.

Juste un contact.

Bref.

Maladroit.

Brutal dans sa simplicité.

Ils se séparèrent immédiatement.

Raven recula d’un pas sec.

« Non. »

Il passa une main sur sa bouche.

« Non, non— »

Raiponce resta figé.

Ses doigts montèrent lentement jusqu’à ses lèvres.

Il ne parlait pas.

Il analysait.

Ou tentait de le faire.

Raven secoua la tête.

« Ça compte pas. »

Silence.

« Ça compte pas, ok ? »

Raiponce releva les yeux.

« C’est une interaction. »

« C’est un accident. »

« Les deux ne sont pas incompatibles. »

Raven leva les yeux au ciel.

« Super. »

Un silence.

Puis Raiponce dit calmement :

« Nous pouvons vérifier. »

« Non. »

« Si. »

« Non. »

Raiponce se leva.

Puis s’éloigna de Raven.

Un pas.

Puis deux.

Rien.

Son souffle resta parfaitement stable.

Il s’arrêta.

« … »

Raven le regardait.

Sans bouger.

« Refais, » dit-il.

Raiponce recula encore.

Toujours rien.

Aucune suffocation.

Aucune rupture.

Le silence tomba.

Plus lourd.

Raven fronça les sourcils.

« Attends. »

Il recula à son tour.

Un pas.

Deux.

Trois.

Puis ;

Il se figea.

Son souffle se coupa.

D’un coup.

Violent.

Il porta une main à sa gorge.

Ses yeux s’écarquillèrent.

« …Non. »

Raiponce avança immédiatement.

Raven inspira brutalement.

L’air revint.

Il resta immobile.

Sous le choc.

Respiration désordonnée.

Regard fixe.

Raiponce dit calmement :

« La contrainte s’est déplacée. »

Raven secoua la tête.

« Non. »

Il recula.

Encore.

Le souffle se coupa.

Raiponce avança.

L’air revint.

Raven resta figé.

Puis lâcha, d’une voix tendue :

« Non. »

Un rire nerveux lui échappa.

« Non, c’est pas réel. »

Raiponce le regardait.

« Les observations— »

« Je m’en fous des observations ! »

Raven passa une main dans ses cheveux.

« C’est une coïncidence. »

« Elle est reproductible. »

« Je m’en fous ! »

Silence.

Raven recula encore.

Test.

Le souffle se coupe.

Raiponce avance.

Il respire.

Encore.

Encore.

Même résultat.

Raven s’arrêta.

Fixa le sol.

Puis Raiponce.

Puis ses propres mains.

« …C’est pas possible. »

Raiponce répondit simplement :

« Si. »

Un silence.

Long.

Lourd.

Raven lâcha finalement :

« Donc là… »

Il désigna Raiponce.

« T’étais coincé ici toute ta vie. »

Puis lui-même.

« Et maintenant c’est moi ? »

Raiponce inclina légèrement la tête.

« Oui. »

Raven resta immobile.

Puis laissa échapper un rire vide.

« J’aurais dû rester dehors. »

Raiponce répondit calmement :

« Cela n’aurait pas empêché l’événement. »

Raven leva les yeux vers lui.

Un instant.

Puis détourna le regard.

« T’es insupportable. »

Raiponce réfléchit.

Puis dit simplement :

« C’est possible. »

Le silence retomba.

Mais cette fois...

Il n’était plus neutre.

Il était irréversible.

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