Chapitre I – Le Violon posé contre la chaise
Je savais qu’elle enseignait avant même qu’elle me le dise.
On sentait l’enseignante dans la structure de ses textes.
Elle ne laissait rien au hasard. Chaque émotion était placée, soutenue, développée. Elle détaillait les couleurs, les tissus, les objets anodins comme si le monde entier participait à la scène.
Plus tard, elle m’a confirmé qu’elle était professeure de violon et de chant.
Je n’ai pas été surpris.
Je l’imaginais dans une pièce claire, les fenêtres entrouvertes, l’odeur légère du bois verni et de la colophane suspendue dans l’air. Un violon posé contre une chaise, une partition annotée de sa main. Elle corrigeait une respiration, ajustait une intention.
« Ne force pas. Si tu forces, ça s’entend. »
Je ne sais pas si elle disait exactement ces mots.
Mais c’est ainsi que je la voyais.
Elle écrivait le soir. Des textes érotiques. Pas pour provoquer. Pour explorer. Pour restituer. Elle parlait du désir comme d’une nuance, jamais comme d’une explosion. Elle s’intéressait aux sensations minuscules : la température d’une pièce, la pression d’une paume, la couleur d’un t-shirt sur un corps plus jeune.
Elle ne cherchait pas l’effet.
Elle cherchait la vérité.
Et je crois que c’est cela qui m’a touché

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