Chapitre II – L’Âge exact du désir
Elle avait trente-huit ans.
Elle ne s’en servait pas comme d’un argument.
Mais elle l’habitait pleinement.
Elle m’a parlé d’un homme plus jeune qu’elle. Pas avec nostalgie, pas avec regret. Avec précision. Elle décrivait ce qu’il ressentait, ce qu’il lui disait, comment leurs conversations quotidiennes avaient nourri ses textes. Elle accumulait les détails comme d’autres accumulent des preuves.
Chez elle, l’érotique n’était jamais gratuit.
C’était une continuité de l’émotion.
Je lisais tout.
Je lisais ses descriptions de lumière sur une épaule, la manière dont elle évoquait une odeur sur un oreiller, la façon dont elle écrivait le matin après avoir vécu la nuit. Elle donnait au lecteur ce qu’elle aurait voulu lire elle-même : une immersion complète.
Je comprenais alors que son exigence littéraire n’était pas qu’esthétique.
Elle était morale.
Elle ne supportait pas la facilité.
Ni dans la musique.
Ni dans l’écriture.
Ni dans les hommes.
Cette pensée m’a redressé intérieurement.

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