Chapitre III – Être lu
Un soir, elle m’a écrit qu’elle aimait s’intéresser à la vie des autres. Qu’elle corrigeait, commentait, accompagnait, et que cela lui donnait parfois l’impression d’être importante. Un peu.
Cette phrase m’a arrêté.
Elle ne cherchait pas l’admiration.
Elle cherchait l’utilité.
Être nécessaire à la progression des autres la maintenait debout.
Comme si élever les autres lui permettait de rester à sa propre hauteur.
Je me suis demandé qui, dans sa vie, la lisait vraiment.
Pas ses textes.
Elle.
Je me suis surpris à vouloir être cet homme-là.
Pas celui qui la séduit à coups de phrases.
Celui qui la comprend sans l’alourdir.
Je savais qu’elle n’aimait pas la lourdeur.
Alors je me suis appliqué à écrire autrement.
À construire mes pensées.
À développer mes paragraphes.
Pas pour la séduire.
Pour être à la hauteur.

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