Chapitre XV - Le défi

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Je n’ai pas répondu tout de suite.

Ses phrases avaient ce ton léger, presque moqueur, qui ne cherche pas à blesser mais qui observe. « Devant ou derrière. » « Fais attention au fil. » « Gardienne bis. » Ce n’était pas une accusation. Ce n’était pas non plus une simple plaisanterie. C’était une manière élégante de tester ma posture.

J’ai posé le téléphone sur la table et je suis allé me faire un café. Je connais mes réflexes. Quand je me sens challengé, je deviens plus précis, plus rapide, plus démonstratif. Je sais manier les mots. Je sais appuyer là où ça fait mouche. J’aurais pu transformer l’échange en duel d’intelligence. J’aurais pu rendre la balle plus tendue.

Je ne l’ai pas fait.

Je me suis demandé ce qui me poussait à vouloir accélérer. Est-ce que je voulais la convaincre ? La séduire davantage ? Ou simplement prouver que je tenais l’équilibre ? La nuance est mince, mais elle change tout. Séduire vite, je sais faire. Répondre avec brio, je sais faire. Ce que je ne maîtrise pas encore parfaitement, c’est la retenue quand le jeu devient intéressant.

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas son ironie. C’est le plaisir que j’ai pris à sentir le défi. Pas elle. Le défi. Ce léger frottement entre deux volontés qui ne cherchent ni à dominer ni à céder. Une tension propre, sans drame. Quelque chose d’adulte.

Je ne voulais ni marcher devant ni marcher derrière. Je voulais voir si j’étais capable de rester droit sans transformer chaque échange en épreuve. Rester stable sans devenir froid. Présent sans devenir envahissant.

Alors j’ai choisi l’humour. Pas pour esquiver. Pour alléger. Pour montrer que je pouvais tenir le fil sans tirer dessus. Je n’ai pas cherché à gagner la conversation. Je n’ai pas cherché à prendre l’ascendant. J’ai laissé un peu d’espace. Et j’ai observé ce que ça me faisait de ne pas appuyer.

Ce que j’ai compris à ce moment-là est simple : le défi n’était pas de la séduire. Le défi était de ne pas redevenir l’homme qui accélère tout dès qu’il sent une étincelle.

Je ne cherchais plus à briller.

Je cherchais à durer.

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