Chapitre XVI - En avoir conscience

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Je n’ai pas encore ralenti. Il serait trop simple de prétendre le contraire. L’élan est toujours là, intact, presque instinctif. Je sens encore cette envie d’appuyer un peu plus fort sur certaines phrases, de densifier l’échange, d’ajouter un sous-texte plus lourd que nécessaire. Je connais ce mouvement en moi. Il ne vient pas de la peur, ni même d’un manque. Il vient d’un goût ancien pour l’intensité.

La différence, aujourd’hui, c’est que je le vois.

Je vois le moment exact où je pourrais accélérer. Je vois la phrase que je pourrais charger davantage, l’image que je pourrais amplifier, le silence que je pourrais combler pour rendre la scène plus vibrante qu’elle ne l’est. Et pour la première fois, je ne me laisse pas emporter immédiatement. Je m’arrête. Pas pour fuir. Pas pour me censurer. Simplement pour comprendre.

Je sais que l’écriture amplifie tout. Quand j’écris sur quelqu’un, je rends la tension plus forte qu’elle ne l’est dans la réalité brute. Les mots créent une loupe. Ils grossissent les frémissements. Ils donnent du relief à ce qui, parfois, n’est qu’un léger déplacement intérieur. C’est grisant. C’est presque dangereux.

Je ne veux plus confondre intensité et profondeur.

Je n’ai pas encore trouvé l’équilibre parfait. Je ne suis pas devenu soudainement l’homme patient qui avance sans jamais brûler. Je reste attiré par le feu. Mais je commence à distinguer le feu du besoin. Avant, je brûlais pour sentir que j’existais. Aujourd’hui, je me demande si je peux exister sans flamber.

Je ne suis pas transformé. Je suis lucide.

Et cette lucidité change déjà quelque chose dans ma manière de tenir l’échange. Je ne cherche plus à conquérir. Je ne cherche plus à sécuriser l’avenir à coups de phrases élégantes. Je cherche à voir ce qui reste quand je n’appuie sur rien. Quand je laisse les choses respirer.

Je n’ai pas encore ralenti. Mais je sais que je dois apprendre à le faire.

Je ne suis pas arrivé au calme. Je suis en train de comprendre qu’il est nécessaire.

Et peut-être que, pour la première fois, je n’ai pas envie d’aller plus vite que la réalité.

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