Chapitre XXXIV - Le moment des actes

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Pendant longtemps, j’ai cru qu’il suffisait de comprendre les choses.

La lecture aide à cela. Les livres ouvrent des portes. Ils donnent des mots à ce que l’on ressent, ils permettent de regarder les situations humaines avec plus de recul. Ils éclairent les mécanismes de l’amour, de la peur, de la fuite, de la fidélité ou de la trahison.

Lire permet de comprendre.

L’écriture vient ensuite. Écrire, c’est une autre étape. C’est prendre ce que l’on a compris et essayer de le dire. Mettre de l’ordre dans ce qui nous traverse. Essayer d’être honnête. Essayer de formuler clairement ce que l’on croit avoir appris.

Mais même cela ne suffit pas.

Il reste un dernier niveau.

Les actes.

Depuis deux ans, je me suis un peu retiré du monde. Pas totalement, mais suffisamment pour faire taire le bruit. Parce que j’ai compris quelque chose de simple : j’ai longtemps confondu le bruit et le son.

Le bruit, ce sont les histoires qui s’enchaînent trop vite, les émotions trop fortes qui donnent l’impression de vivre intensément mais qui empêchent d’écouter vraiment ce qui se passe à l’intérieur.

Le son, lui, est plus rare. Plus calme aussi. Il demande du silence pour être entendu.

Alors j’ai ralenti.

Je me suis installé face à l’océan, au Portugal. Le surf le matin, l’écriture quand le vent tombe, le travail pour garder les pieds sur terre. Quelques amis, des pêcheurs avec qui parler de la mer et de la vie, des discussions philosophiques improvisées autour d’un verre quand le soleil descend.

Une existence simple.

Et dans cette simplicité, quelque chose s’est remis en place.

L’amour ne me manquait pas. J’avais retrouvé mon axe.

J’ai compris qu’avant de chercher quelqu’un, il fallait d’abord apprendre à vivre correctement avec soi-même. Si l’on n’est pas aligné intérieurement, rien autour de nous ne peut vraiment s’aligner.

Alors j’ai pris une décision.

Je n’ai pas arrêté de rencontrer des femmes. La vie continue, les regards se croisent, certaines nuits existent simplement parce qu’elles doivent exister.

Mais je m’étais fait une promesse.

Plus d’engagement.

Plus personne ne devait entrer dans ma vie pour venir voler les clés de mon cœur.

C’était le plan.

Un plan simple.

Et je pensais le tenir.

Je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un.

Encore moins quelqu’un comme elle.

Ce genre de rencontre ne se prévoit pas.

Elle arrive.

Et elle dérange tout.

Je sais qu’elle doute.

Je sens ses questions. Ses hésitations. Ses prudences. C’est normal. J’en ai moi-même.

Parce que lorsque quelque chose commence à ressembler à une rencontre réelle, les mots ne suffisent plus.

Il faut regarder plus loin.

Il faut regarder les actes.

Et c’est là que la question devient sérieuse.

Parce que si ce que je ressens est vraiment ce que je crois ressentir, alors cette fois-ci je ne veux pas me tromper.

Certaines rencontres sont mystiques.

Mais elles ne sont là que pour révéler quelque chose en nous. Une leçon, une prise de conscience, une direction.

Et puis il y en a d’autres.

Des rencontres qui ont la même intensité étrange, le même parfum de mystère… mais qui donnent aussi le sentiment qu’elles ne sont pas seulement là pour être comprises.

Elles sont là pour être vécues.

Et c’est peut-être là que commence la vraie question.

Pas celle des mots.

Celle des actes.

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