Chapitre XLV - Mouette, pingouin et crêpe au Nutella

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Je suis content qu’elle aille bien. Qu’elle ait pris le temps de voir ses parents. Je sais que ça compte pour elle, et il y a quelque chose de simple là-dedans qui me plaît. Pas de grand discours, pas de mise en scène. Juste la vie qui suit son cours, avec ses priorités évidentes.

Je lui dis de se ménager un peu, de ne pas trop forcer. Et forcément, ça dérape. Ça dérape toujours un peu avec moi. Une phrase en appelle une autre, et avant même de m’en rendre compte, je suis déjà en train de lui proposer de lui apprendre à tenir sur une planche. Mauvaise idée. Très mauvaise idée. Parce qu’au moment même où je l’écris, je réalise que “une planche”, c’est aussi un des surnoms qu’elle me donne.

Parfait. On est bien.

Donc forcément, tentative de diversion immédiate.

Changement de sujet. Brutal.

Les chocolatines.

Débat fondamental. Question existentielle. Pain au chocolat ou chocolatine. Voilà. Recentrage stratégique. Olive qui essaie de reprendre le contrôle comme il peut, avec les moyens du bord.

Spoiler : ça ne marche pas vraiment.

Parce que derrière l’humour, derrière les détours, derrière les blagues un peu absurdes, il y a quand même quelque chose qui reste. Quelque chose que je n’ai pas vraiment envie de cacher, mais que je n’ai pas non plus envie de balancer comme ça, frontalement.

Alors ça sort comme ça sort.

En roue libre.

Je pars dans une scène complètement improbable. Un cirque. Un fil tendu à vingt mètres de haut. Pas de filet. Juste moi, elle… et son père en contrebas, prêt à me cuisiner façon interrogatoire.

“Quelles sont vos intentions envers ma fille ?”

Question simple.

Réponse simple.

L’inviter manger une crêpe.

Rien de plus.

Rien de moins.

Et là, tout devient un peu ridicule, un peu flou, un peu drôle aussi. Parce que j’improvise. Je brode. Je pars dans des images qui n’ont aucun sens… ou peut-être un peu trop.

Une sorcière derrière une muraille. Des vieilles Converse sacrifiées dans la Manche. Une marche pieds nus sur le sable. Et moi, au milieu de tout ça, en train d’essayer de tenir un fil invisible entre ce que je dis et ce que je ressens vraiment.

Parce qu’au fond, ce n’est pas si compliqué.

Je ne cherche pas à l’impressionner.

Je ne cherche pas à la convaincre.

Je ne cherche même pas à accélérer quoi que ce soit.

Il y a juste une chose.

Une seule.

J’ai envie de la connaître.

Pour de vrai.

Voir ce que ça donne hors des mots. Voir si ce qui circule entre nous existe aussi ailleurs. Dans un regard. Dans un silence. Dans une marche sans but précis.

Et si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave.

Vraiment.

Je survivrai.

La vie ne s’arrête pas là.

Mais si, de son côté, il y a quelque chose aussi. Pas forcément une évidence, pas forcément une certitude, juste une curiosité, une envie, un petit déplacement intérieur…

Alors peut-être que ça vaudrait le coup.

De voir.

Sans promesse.

Sans pression.

Juste voir.

Alors oui.

Au milieu de toutes ces conneries, de ces détours, de ces phrases un peu bancales, il reste une image.

Un pingouin.

Une mouette.

Sur une plage.

Peut-être à Batz.

Peut-être ailleurs.

En train de se demander, très sérieusement ou pas du tout, si deux espèces qui n’étaient pas vraiment faites pour se rencontrer peuvent, malgré tout, écrire quelque chose ensemble.

Pas forcément une grande histoire.

Mais au moins une vraie.

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