Chapitre L - Le vent léger
Il y a des moments où tout devient un peu trop sérieux.
Pas forcément dans ce qui est dit. Mais dans la manière dont les choses s’installent. Les mots prennent du poids, les silences aussi, et sans vraiment s’en rendre compte, on commence à regarder chaque détail comme s’il fallait y trouver un sens caché.
Alors parfois, le plus simple, c’est de laisser passer un peu d’air.
Revenir à quelque chose de plus léger.
Pas pour éviter. Pas pour fuir. Juste pour respirer autrement.
Je crois que j’aime bien ces moments-là. Ceux où rien n’est vraiment en jeu, où une conversation peut partir dans n’importe quelle direction sans avoir besoin d’aboutir à quelque chose de précis. Une idée, puis une autre. Une image absurde, puis une autre encore plus absurde. Comme si le sérieux pouvait, lui aussi, accepter de se détendre un peu.
Il y a quelque chose de très juste dans ça.
Parce qu’au fond, ce qui tient vraiment n’a pas besoin d’être maintenu en permanence. Ce qui existe n’a pas besoin d’être vérifié toutes les cinq minutes. Et ce qui est simple n’a pas besoin d’être alourdi pour devenir réel.
Alors je reviens à des choses plus légères.
À une planche de surf qui glisse mal, forcément, parce que je suis un prof catastrophique. À une tentative douteuse d’expliquer à une mouette qu’un pingouin n’est pas si ridicule que ça, même s’il marche un peu de travers. À une discussion très sérieuse sur le sujet le plus important du moment : chocolatine ou pain au chocolat.
Des choses qui ne servent à rien.
Et qui, justement pour ça, servent beaucoup.
Parce que c’est souvent là que l’on voit si quelque chose est vivant.
Pas dans les grandes déclarations.
Pas dans les moments où tout doit être clair.
Mais dans ces espaces-là, un peu flottants, où l’on peut être simplement présent sans chercher à prouver quoi que ce soit.
Je crois que c’est ça que je préfère.
Quelque chose qui tient sans effort.
Quelque chose qui peut être sérieux… sans se prendre au sérieux.
Quelque chose qui avance, tranquillement, sans avoir besoin de se justifier à chaque pas.
Et peut-être qu’au fond, c’est simplement ça, la bonne direction.
Un peu de vent.
Un peu de légèreté.
Et juste ce qu’il faut de présence pour que tout le reste trouve sa place sans qu’on ait besoin d’y penser.

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