Chapitre LVIV - La lumière dans la cave

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Quinze jours de silence, objectivement, ce n’est pas grand-chose.

Deux semaines.

Un intervalle banal dans une vie normale, rythmée par des présences, des échanges, du mouvement.

Mais tout dépend d’où l’on parle.

Quand, depuis trois ans, on vit dans une forme de retrait presque complet, dans une vie organisée, maîtrisée, silencieuse, où les interactions sont devenues rares, choisies, presque secondaires… quinze jours prennent une autre dimension.

Ce n’est plus un délai.

C’est un espace.

Un espace dans lequel quelque chose qui venait à peine de se rallumer peut, déjà, sembler s’éteindre.

Parce que la vérité, c’est que je vivais très bien comme ça.

Dans ma “cave”, comme je l’appelle parfois, sans drame.

Une vie structurée.

Calme.

Efficace.

Sans bruit inutile.

Sans dépendance extérieure.

Sans attente.

Et puis elle est arrivée.

Elle n’a pas cassé la porte.

Elle n’a pas tout renversé.

Elle a simplement appuyé sur un interrupteur.

Et la lumière est revenue.

Pas une lumière aveuglante.

Pas un projecteur.

Quelque chose de plus doux.

Mais suffisant pour voir à nouveau.

Et forcément, quand cette lumière disparaît, même temporairement, la sensation est particulière.

Au bout d’une semaine, déjà, une idée commence à s’installer.

Une idée presque résignée.

Il va falloir s’habituer à l’odeur de la cave.

Revenir à cet état connu.

Stable.

Maîtrisé.

Sans surprise.

Et en soi, ce n’est pas dramatique.

C’est même confortable.

Mais ce n’est plus tout à fait pareil quand on a, entre-temps, réappris ce que ça faisait de sentir autre chose.

Parce que cette femme, qu’elle le sache ou non, m’a appris quelque chose que je n’attendais plus.

Pas seulement à écrire plus juste.

Pas seulement à respirer plus juste.

Ça, c’est déjà énorme.

Mais elle m’a appris autre chose.

Quelque chose de plus difficile à formuler.

Elle m’a appris à vivre un sentiment sans dépendre de sa présence.

À ressentir sans posséder.

À aimer sans condition immédiate.

Et surtout, elle m’a laissé une sensation.

Une sensation très étrange.

Presque déroutante au début.

Comme si quelque chose en moi avait enregistré, quelque part, la possibilité d’être vu.

D’être reconnu.

Peut-être même, d’être aimé.

Pas dans le sens spectaculaire.

Pas dans le sens démonstratif.

Mais dans quelque chose de plus diffus.

Plus subtil.

Comme si, simplement, le fait de penser à elle suffisait à créer une forme de présence.

Comme si quelqu’un pouvait prendre soin de toi… sans être physiquement là.

C’est difficile à expliquer.

Et je sais très bien que, rationnellement, ça ne tient pas complètement.

C’est une forme d’illusion.

Une construction intérieure.

Une projection, peut-être.

Mais c’est une belle illusion.

Et surtout, c’est une illusion qui fait du bien.

Une illusion qui ne détruit pas.

Qui ne tire pas vers le bas.

Qui ne rend pas dépendant.

Au contraire.

Elle allège.

Elle apaise.

Elle donne une sensation presque familière, comme si quelque chose d’ancien, de très ancien, retrouvait sa place.

Comme si, pendant un instant, le temps et la distance perdaient un peu de leur pouvoir.

Et honnêtement, je prends.

Sans me poser trop de questions.

Sans chercher à analyser chaque détail.

Sans vouloir transformer ça en quelque chose de lourd ou de définitif.

Je prends.

Parce que ça me rappelle une chose simple.

Je suis là.

Réel.

Présent.

Vivant.

Et ça, parfois, on finit par l’oublier quand tout devient trop maîtrisé.

Alors oui, ces quinze jours ont existé.

Oui, ils ont laissé un espace.

Mais ils n’ont rien effacé.

Parce que ce qui a été remis en mouvement ne dépendait déjà plus entièrement de sa présence.

Et au fond, c’est peut-être ça, le plus précieux dans toute cette histoire.

Pas ce qui se passe entre deux personnes.

Mais ce que l’une permet à l’autre de retrouver en lui.

Alors les bonnes ondes, les sensations, les vibrations légères, les sourires un peu idiots sans raison précise…

je les prends.

Sans condition.

Sans facture.

Sans garantie.

Juste parce que ça existe.

Et que, pour une fois, ça ne demande rien en retour.

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