Chapitre D E U X

10 minutes de lecture

AUJOURD'HUI EST LE GRAND JOUR, je vais rester collée aux basques d'un grand entrepreneur pendant six long mois.

Il est cinq heures du matin, je tapote mes doigts sur mon ventre, couvert d'un débardeur kaki, m'obstinant à regarder le plafond qui semble très intéressant. Peut-être assez intéressant pour rester au lit aujourd'hui ou peut-être pendant six mois hein ?

Je me lève quand même comme une loque et m'habille rapidement après une douche tonifiante. S'ils remarquent mes cernes, je n'en ai rien à foutre ! Je n'ai jamais demandé d'aller travailler autour et avec eux surtout lui ! Je me prépare un thé aux fruits rouges avec un petit supplément accompagné d'un croissant que je mange le plus lentement possible. Les aiguilles de l'horloge ont l'air de tourner si lentement...

Il est maintenant sept heures et demi. Et voilà que j'ai pris trop de temps !

Je porte mon parka et me dépêche de faire de même avec mes converses. Je me bats même pour les mettre, risquant de tomber les fesses par terre. Enfin réussi, je prends mon sac et me précipite en dehors de l'appartement et descend à toute allure les escaliers.

Je n'aurais pas dû me précipiter, une averse de pluie s'abat sur toute la ville donc je me retrouve les cheveux collés à mon visage... Pas le temps de remonter pour chercher un parapluie, il faut y aller ! La carte de transport en main je rentre dans le premier métro m'emmenant devant le building enfin presque...

Devant la porte, j'essaye de respirer, ayant couru pour éviter le maximum de pluie. La porte est tellement grande qu'une personne de trois mètres peut y entrer.

Indication : Personne ne peut faire trois mètres.

Le nom de l'entreprise ressort du lot, de cet immense immeuble. Son insigne est d'un acier massif couleur grise avec écrit Stevenson Enterprises. A ne pas confondre avec Stevenson Company dirigé par Stevenson père.

Je ne veux pas y entrer.

Je reste debout à un mètre de la porte d'entrée, la jambe sautillante et mordant ma lèvre inférieure. Mes jambes semblent lourdes sur le sol. Quand on est comme ça, ne vaut-il pas mieux faire demi-tour ?

Je m'apprête à le faire quand les portes s'ouvrent en même temps qu'une pensée me passe par la tête. Je n'ai pas envie de perdre mon job ! Je ne veux pas perdre le seul revenu que je perçois.

J'avance à l'intérieur d'un pas déterminé après ces quelques minutes d'hésitation mais me stoppe le regard dans le vide. Mais je n'ai pas envie d'être aux basques d'un crétin ? Oui, ce sont tous des crétins même si je ne les connais pas et j'espère que cela ne dérange personne que je pense ainsi ! Me voilà qui parle toute seule, je perds vraiment la boule.

Un soupir sort de ma bouche.

-Madame vous allez bien ?

Une grande (elle a des longues jambes et elle est perchée sur des escarpins bien sûr qu'elle est grande) blonde aux cheveux attachés en chignon ressemblant à une hôtesse de l'air s'est rapprochée de moi. Je regarde les alentours, les murs sont bleu azur comme sa tenue et les meubles sont blancs comme ses chaussures et sa ceinture. Ont-ils des uniformes ?

J'éclaircis ma voix et me remémore le petit speech que j'avais prévu.

- Hayden Fawkes, je suis là pour l'interview de M. Samuel Stevenson. dis-je en lui tendant ma main trempée

Elle l'ignore et bat des paupières plusieurs fois de suite comme si le message monte au cerveau au fur et à mesure de ses battements. Et si cela fonctionnait ? Si oui, j'aurai dû me souvenir de l'emplacement de ma bouteille de vin acheté la veille.

-Je vais vérifier ça. Attendez un instant, dit-elle, montrant les fauteuils de la main... Elle a vraiment l'attitude d'une hôtesse de l'air.

Je suis ses ordres et attends qu'elle passe son coup de fil. Ma jambe n'arrête pas de sautiller ce qui commence à m'agacer. Je ne passe pas un entretien bon sang de bois ! Voilà une nouvelle marque de stress, je commence à sortir des injures de vieux.

-Mademoiselle Fawkes, on vous attend.

Je la remercie d'un hochement de tête et me dirige à l'intérieur de l'ascenseur. Je fronce les sourcils en voyant les boutons de toutes les couleurs pour chaque étage. Je me dis alors que le bleu azur étant le dernier en bas n'est autre que là où j'étais. Je compte les étages.

-Quel étage ?

Je sursaute et me retourne vers la voix. Encore une hôtesse de l'air habillée d'un uniforme différent, en dirait une poupée ! C'est une entreprise de vol aérien ou quoi ?

Je reprends mes esprits et lui demande d'aller au dernier étage : le carré noir en précisant que j'ai rendez -vous, je n'ai pas envie qu'elle me pose des questions.

Je me plaque au fond de la cabine, les mains dans les poches. Je remarque que mon manteau laisse une traînée de gouttes d'eau mais cela ne semble pas déranger la poupée qui ne bouge pas d'un cil.

Tant mieux.

Arrivée, comme je le pressentais, les murs sont d'un noir charbonneux pareil que la tenues des hôtesses de cette étage. Je sors de la cabine et retrouve une autre hôtesse me montrant une direction. Nous marchons dans un long couloir entre des bureaux très bien agencé. C'est qu'il sait comment faire une déco, Miranda serait aux anges.

-Il vous attend.

Un petit sourire de remerciement apparaît sur mes lèvres. Elle reste planté là devant moi en inclinant des fois la tête.

-Votre manteau s'il vous plaît.

-Ah non ça va aller ! Merci...

Elle regarde les gouttelettes venant de mon manteau puis mon visage et fait l'un de ces sourires commerciaux des publicités mal jouées. Derrière ce sourire je peux très bien voir son embêtement.

J'ouvre la porte et tombe sur le bureau du très estimé Président de l'entreprise. Son bureau fait l'équivalent de mon appartement sans les toilettes. Des vitres immenses se trouvent derrière son bureau, j'ai l'impression d'être dans l'un de ces films où on idéalise le dirigeant de l'entreprise. Une sorte de Beautiful Bastard grandeur nature.

Ces murs gris anthracite, les dalles stratifiées donnant l'effet d'être du béton à la couleur cendré, la lumière entrant par ces énormes fenêtres, ce bureau en bois mélaminé , un autre derrière une cloison vitrée et cette chaise sortent tout droit de l'un de ces new romances qui ont la côte aujourd'hui . Ou d'une prison très sophistiquée.

Son regard se pose sur moi et a l'air surpris de me voir. La poupée IRL de tout à l'heure n'a pas dit qu'il m'attendait ? Je ne bouge pas de ma place et le regarde se lever et se diriger vers moi.

-Je parie que vous êtes Hayden Fawkes. Enchanté.

Ces yeux bleus océans sourient comme sa bouche, il me tend sa main que j'analyse longuement avant de prendre mon souffle. J'ignore complètement son initiative et lui répond.

-Je pense ne pas m'être trompée d'adresse.

Ses yeux me fixent un peu trop longtemps.

-Vous avez dû faire trempette sous la pluie. Vous êtes sûr de ne pas tomber malade ? Ce serait malheureux surtout que c'est notre premier jour.

J'aimerais bien, comme ça je ne serai plus devant vous, mais on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement.

- Non, tout va bien.

Il m'invite à m'asseoir devant lui toujours avec ce sourire hypocrite que j'utilise aussi.

***

Ça fait une heure que je me tourne les pouces à ne rien faire et lui entrain de griffonner comme si je n'existais pas. J'ose même poser mes pieds contre le bureau. J'ai tellement envie de le provoquer ! N'oublie pas Hayden, que tu ne dois pas perdre ton boulot, déjà que tu as pris un verre de bourbon ce matin. Je souffle de l'air chaud sur ma main. L'odeur de l'alcool n'est pas partie...

Oh ! Enfin une réaction.

-Ça ne vous dérange pas d'être "surveillé" ?

Il se recule un peu sur sa chaise.

- Je fais juste comme si vous n'existiez pas.

Je pouffe un peu de rire.

-Auriez-vous l'amabilité d'enlever vos pieds s'il vous plaît ? grogne-t-il doucement

- J'ai un peu mal aux pieds... Je le vois me sonder, ne croyant aucun de mes mots.. Ah! J'ai mal dis-je en massant ma cheville.

Il enlève d'un coup mes pieds de la table, brusque mais en restant dans la politesse.

-Je vais demander qu'on vous ramène une crème alors, dit-il d'un regard mauvais.

- Non !.. Je veux dire pas la peine de déranger les bimbos d'à côté..

Ma pensée est sortie d'elle-même. Dire que j'ai essayé de me corriger ! Je murmure un mince. Je suis sur la bonne voie pour perdre mon travail...

Le coin de sa bouche affiche un sourire amusé bien qu'il essaye de le cacher.

-Vous avez l'air de quelqu'un haut en couleurs.

-Est-ce un compliment ? demandé-je les sourcils froncés et le regard blasé

- C'est à vous de voir.

Ses yeux couleurs océans s'ancrent dans les miens. Je détourne les miens après de longues minutes et je fais semblant de s'affairer à chercher mes affaires.

Bien sûr il faut qu'une partie de celles-ci tombent. Je grince des dents. Lui, ne quitte aucun de mes mouvements. J'essaie de voir sa réaction quand je ramasse mes anti-dépresseurs.

Rien. Il fixe ses documents presque trop intensivement.

Tout d'un coup, le téléphone sonne. Il y répond dès la première sonnerie.

-Oui, Daisy ? Je n'ai pas oublié, appelez Mr Simon on va y aller.

-Un rendez-vous ? demandé-je à la fin de son appel

-Oui... Je ne peux pas vous emmener car c'est à propos d'un projet confidentiel de l'entreprise.

-Je n'avais pas l'intention de venir avec vous répondis-je du tac au tac

-... Bien alors, excusez-moi. Vous pouvez prendre votre journée. Je vous vois demain.

Il me laisse dans son bureau. Il n'a pas peur que je fouille ? Un petit ricanement sort de ma bouche au moment où je me lève pour voir de plus près les documents étalées sur son bureau.

Brusquement la porte s'ouvre ce qui fait que je me retourne.

-Au fait, ne venez pas si vous avez bu, vous sentez le Bourbon à plein nez.

Mes yeux s'écarquillent en voyant son visage et son sourire narquois. Il referme aussitôt la porte.

***

Je tapote le café glacé entre mes doigts tout en regardant l'horloge. Le tintement de la cloche atteint mes oreilles et la voix de mon ami me parvient.

-Salut toi !

Ses lèvres se posent sur ma joue brusquement puis il s'assoie en soupirant pendant que je lui donne un sourire.

-Alors pourquoi autant d'amour dans cette embrassade ? C'est dû à cet entretien ?

- Je.... Il commence à perdre son sourire et regarde ailleurs. Il ne l'a pas eu hein ?

- Tu sais je...

- Je l'ai eu.

Il le dit en sirotant ma boisson. Confuse, je lui tape l'épaule pendant qu'il ricane.

-Aïe, n'oublie pas que tu fais de la boxe

-Je t'ai à peine frôlé, petit.. Ah! Je devrai te tuer pour m'avoir inquiété.

Il rigole content de m'avoir donné une frayeur. Chris continue de rigoler, tu ne sais pas ce qu'il peut t'arriver.

-Alors ?

- J'ai sorti le grand jeu, comme tu peux le voir dit-il en montrant son costume qu'il ne porte que les jours de mariage. Je dois investir dans un nouveau costume en passant.

- Alors cette entreprise ?

-Bah j'ai un bureau dans un open space pour l'instant, ça fait pas trop "usine". C'est cool.

-Cool mais tu vas y passer du temps dans cet open space mon coco et pas juste "pour l'instant"...

Je sirote le fond de mon verre.

-Et toi ?

Je lui réponds d'un sourire.

Il s'enfonce dans sa chaise, lève un sourcil et croise ses bras.

-T'as fait quoi encore ?

-Rien je t'assure... Juste le truc d'habitude quand j'aime pas les gens.

-Tu vas jamais changé hein ?

Je me rapproche de son visage et lui dit avec un sourire:

-Ça ne risque pas.

Je retombe sur ma chaise et ricane pendant que lui secoue sa tête en signe de désespérance, ce qui m'amuse. Je décide de regarder par la vitre pour voir la vie de cette ville, mais je tombe sur mon sujet d'article accompagné de ce qui doit être de son rendez-vous. Son regard croise le mien, que j'évite pour me concentrer sur Chris.

Pourquoi est-il ici ?

-Tu me raccompagne ?

-Tu ne travailles pas ?

-J'ai ma journée...

-Ok, on y va.

Je prends mon sac et va direction la sortie puis me retourne vers lui.

-Je dois aller chez Rosy, j'ai complètement oublié. Tu peux m'amener chez elle, j'ai l'adresse.

-Bien sûr chef !

***

- Hey ! m'accueille Rosy les bras grands ouverts

Je ressens comme une sorte de pression sociale me poussant à aller doucement rejoindre son embrassade. Son parfum fleuri remplit mes narines et me donne envie d'éternuer.

-Je suis juste venue faire un coucou.

-Tu ne viens pas manger ? Tout le monde est là.

Je regarde par dessus son épaule et remarque toute l'équipe en plus de la femme de Mark, Iris, une femme charmante. Je ne veux pas qu'il me questionne sur le travail.

- J'ai pas trop envie de faire un rapport à Mark lui murmuré-je

-C'est éprouvant ?

-Plutôt ouais...et je n'ai encore rien fait.

Elle hésite.

-Bon je te laisse filer si la semaine prochaine tu prends les gosses pour faire un tour.

-... Marché conclu lui dis-je en lui serrant la main avant de m'éloigner.

A peine ai-je fait deux pas vers la gare, que je reçois un message d'une personne inconnue.

Je souhaiterai vous voir dès la première heure.

M. Stevenson

Et quoi encore ?

M. Stevenson, je pense que vous avez oublié que je ne suis pas votre employée ou vous avez dû vous tromper de destinataire.

Hayden Fawkes

Mes sourcils restent froncés jusqu'au moment où j'arrive devant la porte de mon appartement.

- Vous ne l'êtes pas mais c'est pour votre travail.

-Qu'est-ce que vous faites devant chez moi !?

Annotations

Vous aimez lire thessa-lovesfictions ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0