CHAPITRE PREMIER

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J’étais venu au monde par une nuit de pleine lune particulièrement belle. M’extirpant de ma coquille, mon premier réflexe fut d’appeler ma mère. Mais personne n’avait accourue. J’étais seul, et je l’avais vite compris. Mon instinct m’avait indiqué que c’étaient des légumes qui m’entouraient. Sans pousser davantage ma réflexion, je m’étais mis en tête de dévorer l’un d’eux. C’était sans nul doute le meilleur premier repas qu’une petite bête à peine née puisse avoir. Mais je voulais gouter d’autres légumes. Abandonnant le premier, je m’étais dirigé vers un second, lui aussi tout à fait délicieux. J’avais ainsi planté mes crocs dans presque tous les nouveau légumes que j’avais trouvé. Et lorsque mon ventre fut plein et que le sommeil m’eut gagné, je m’étais roulé à l’intérieur d’une énorme courge. Ce n’était pas ce que j’avais préféré manger, mais c’était le seul aliment suffisamment gros pour que je puisse me cacher. Je m’y était ainsi endormi sans savoir que ma vie allait prendre un tournant des plus remarquables.

Des éclats de voix m’avaient réveillés. Observant par un trou de la courge, j’avais aperçu un jeune homme au milieu des légumes.

-Une bête a saccagé le potager ! avait-il dit.

Il était à la fois désemparé et agacé, visiblement. Que devais-je faire ? Rester cacher et espérer qu’il ne me trouve pas ou sortir pour assumer ma bêtise ? Car mon instinct m’avait dicté de l’aider, même si je n’en connaissais pas la raison exacte. Le pauvre garçon arpentait ledit potager, constatant les dégâts. Ma réflexion n’avait pas été bien longue a s’achever. Grignotant la courge par le haut, j’avais sorti l’avant-train à l’extérieur. Le regardant, j’avais émis un couinement bref mais suffisamment fort pour être entendu. Aussitôt, le jeune homme avait pivoté, me regardant d’un air ahuri.

-Dites-moi que je rêve…

Il s’était avancé et s’était penché, m’observant.

-Eh bonjour petite chose, avait-il avec un sourire et sans élever la voix, c’est toi qui a saccagé notre potager ?

J’avais posé ma tête sur mes pattes, prenant un air désolé. Et je l’étais réellement. Car j’avais détruit sa source de nourriture. Visiblement, cela avait suffit au jeune homme pour me pardonner. Lentement, il m’avait saisie avec douceur, m’extirpant de la courge et me portant à son niveau.

-Regardez-moi ça…

J’étais une petite bête tout à fait atypique. Deux petites bosses grises et dur se trouvaient sur mon front et une troisième sur mon museau, au-dessus des naseaux. Mon corps était marron et couvert d’un fin duvet de poiles et je possédais une longue queue à l’allure reptilienne. Trois voilures d’un beige foncé courraient sur mon encolure, deux autres se trouvaient sur mes vertèbres jusqu’au bassin où une dernière allait le long de ma queue jusqu’aux trois-quarts. Je possédaient quatre pattes à l’aspect trapue et munies de quatre grosses griffes. J’avais alors baillé, dévoilant des crocs à l’aspect déjà aiguisé.

-Eh bien, tu n’es pas ordinaire toi. Je m’appelle William.

J’avais penché la tête sur le côté, émettant une sorte de grondement mélangé à un roucoulement plutôt aigu. Puis il m’avait mené vers son habitation. Une toute petite bâtisse de pierre avec un toit en paille accolée à une autre construction à peine plus grande. Il m’avait emmené dans la plus petite.

-Maman, j’ai une mauvaise nouvelle, notre potager a été saccagé…

Une femme s’était détourné de sa marmite dans laquelle cuisait d’autres légumes. Elle aussi semblait désemparée par la découverte. Puis elle avait porté son attention sur moi.

-Et ça, c’est quoi ?

- Justement, c’est notre petit destructeur, avait dit William, mais il était si adorable que je n’ai pas pu le chasser, et encore moins le tuer.

Il m’avait porté a hauteur de visage et l’on s’était mutuellement regardé.

-Et tu vas en faire quoi ?

- Le garder, tien. J’ai trouvé une coquille vide dans le potager, sûrement la sienne, ce qui veut dire que c’est un bébé. Un adorable petit bébé monstre.

Il m’avait approché de lui et j’avais léché son visage.

-On dirait que tu m’as aussi adopté, Rex.

- Tu lui as donné un nom ?

William avait dit qu’il souhaitait s’occuper de moi. Et peut-être qu’en grandissant, j’allais pouvoir aider à la ferme. Madeline semblait peu convaincu, doutant que j’allais devenir suffisamment gros. Mais mon nouveau maitre s’en fichait bien. Son choix était fait. Par la suite, il m’avait remmené dehors, me montrant mon nouveau chez-moi. Le terrain était délimité par un muret de pierre d’environ un mètre. Dans la grange se trouvait une petite stalle et un tas de fois ainsi que des outils accrochés au mur. Une charrue était rangée là. Puis, en sortant, il m’avait mené en bas du terrain, lequel se trouvait sur une petite colline. Un âne broutait paisiblement.

-Napoléon, vient garçon, j’ai quelqu’un à te présenter.

Il s’était approché de l’animal et m’avait présenté à lui. Le dénommé Napoléon m’avait reniflé et je lui avais léché le museau.

-Eh bien, tu n’es pas peureux toi, avait ricané mon maitre, Napoléon, je compte sur toi pour apprendre à ce petit bonhomme tout ce que tu sais.

Il avait caressé l’équidé et lui avait donné un morceau de pomme. Puis nous étions remonté. William s’était tourné et nous avions regardé le terrain ensemble.

-Notre famille n’est pas grande, Rex. Mon père est mort à la guerre et depuis, nous peinons à vivre.

J’avais effectivement constaté que mon maitre était quelque peu amaigri et de toute évidence, il n’était pas non plus en grande santé. Je devais l’aider ! Gigotant dans ses mains, william n’avait eu d’autre choix que de se baisser. J’avais bondit au sol et m’étais faufilé dans un trou. J’y avais trouvé une souris qui m’avait gentiment laissé prendre une ou deux de ses graines. J’étais ressorti.

-Rex ! que faisais tu ?

J’avais déposé à ses pieds mes trouvailles et avait gratté le sol, lui indiquant qu’il pouvait les planter. William avait souri et s'était accroupi.

-C’est gentil, mais le sol est loin d’être aussi fertile et meuble que l’on voudrait. On peine à faire pousser nos quelques légumes avec du fumier sur la meilleure parcelle, alors tout un champs de rocaille…

Il m’avait saisi délicatement et m’avais permis de lécher le bout du nez. Mon maitre était en difficulté. Et par ma faute, le peu de ressource qu’ils possédaient avec sa mère étaient encore réduites. Je ne pouvais laisser cela continuer ! La journée s’était ainsi écoulé. En prenant un livre dans sa bibliothèque, il m’avait identifié comme étant similaire au Caméléon de Jackson. L’image présentait une petite bête reptilienne avec trois cornes et une queue enroulée sur elle-même à son extrémité. Mais il espérait que je devienne bien plus gros et robuste.

Le soir venu, il avait préparé une caisse de bois près de son lit dans laquelle il avait mis quelques cailloux, de l’herbe fraiche dans un coin, un peu de mousse, une petite coupole d’eau et quelques morceaux de légumes. Il m’y avait déposé et je l’avais regardé. Il m’avait gratouillé la tête.

-Bonne nuit mon Rex.

Puis il s’était endormi, éteignant la bougie sur le meuble à côté de son lit. De mon côté, j’avais rapidement fait le tour de mon petit enclos, venant grignoter les quelques morceaux de légumes. Ma vie avait pris un étonnant tournant. William était désormais mon maitre et je me devais de tout faire pour l’aider ! Malheureusement, cela était plus facile à dire qu’à faire, en l’état actuelle des choses.

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