CHAPITRE QUATRIEME

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Nous nous étions regardés avec Napoléon, une lueur d’inquiétude commune dans le regard. Et malheureusement, cela ne fut pas qu’une simple pensée car à peine la voiture partie que William et sa mère étaient entrés et s’étaient plantés devant nous.

-Tu crois vraiment qu’il peut le faire ? avait-elle demandé.

-Ce n’est pas Napoléon qui a brisé la rocaille en bas du terrain, maman. Ni même la foudre. Rex pourra y arriver. Il peut labourer ce champs.

-Tu es aussi têtu que ton père, avait-elle dit, tu as jusqu’au premier jour de l’automne.

Elle était parti. Notre maitre s’était appuyé sur la porte de la stalle et m’avait regardé en soupirant.

-Notre avenir reposes sur toi, Rex. Tu crois pouvoir nous aider ?

Pour William, j’aurais fait n’importe quoi. Je m’étais cabré en émettant un rugissement aigu, signe que j’avais bien compris ce qui se préparait. Cela avait fait sourire mon maitre.

-Reposes-toi mon Rex, demain on attaque le vrai débourrage !

Il nous avait ouvert la porte et nous étions sortis sur le terrain. Je ne pouvais attendre. J’avais demandé à Napoléon des conseils sur le travail de la terre. Bien que n’ayant pas beaucoup d’expérience en ce domaine, celui-ci m’avait volontiers aidé. De ce que j’en comprenais, il fallait partir du haut du terrain afin de descendre. Il m’avait montrer quel tracé il fallait suivre afin d’être le plus efficace possible. Et si descendre avec la charrue était une chose, remonter en était une autre. Napoléon n’avait alors pu faire qu’une ou deux montée avec d’être épuisé. Et si William n’avait pas mené la charrue, le vieil âne n’aurait peut-être pas survécu.

Il m’avait emmené dans la grange afin de me montrer ladite charrue. Un outil avec une imposante lame pointée vers l’avant censée s’enfoncer dans la terre pour la creuser et la retournée. Or, jamais Napoléon n’avait réussi cet exploit. Le poids et le frein que représentait l’outil demandait une force que seuls les plus puissants chevaux de trait possédaient. Il avait été stupide de croire qu’un âne pouvait le faire. Mais qu’importe ! Pour mon maitre, j’étais prêt à tout, y compris à accomplir seul le travail de tout un attelage. Napoléon m’avait fait part d’une pensée similaire qu’il avait eu autrefois, avant son échec. Mais en me voyant, il retrouvait l’espoir d’une terre retournée et cultivée. Il était hors de question pour moi de le décevoir. Ni lui, ni notre maitre.

Le lendemain, je me tenais près de la charrue, attendant mon maitre. Celui-ci était arrivé et m’avait regardé, surpris.

-Rex, que fais-tu ici ?

J’avais tourné la tête vers l’outil agricole avant de gratter le sol d’une patte. Mon maitre avait compris. Nous avions un peu plus d’un mois pour me préparer à tracter l’outil agricole. Mais il s’agissait d’abord de me muscler. Car si mon espèce était naturellement puissance et le devenait probablement davantage avec les années, je devais acquérir plus d’endurance et de force qu’un robuste Clydesdale sans attendre. Et pour cela, William avait eu une idée brillante. Il m’avait mis mon harnachement et pour la première fois, j’avais été attelé à la charrette. J’étais impatient !

-Bon, tu es encore un peu petit mon Rex, mais j’ai confiance en toi.

J’avais gratté le sol de mes griffes tout en grondant.

-On va partir sans te charger, avait dit mon maitre, que tu t’habitue d’abord.

Il s’était mit à mes côtés, tenant une rêne. Puis il avait demandé le pas. Je m’étais exécuté et nous avions ainsi effectué quelques longueurs sur le haut du terrain. William m’avait grandement récompensé pour mes efforts. Mais au moment de me désatteler, je m’étais ébroué.

-Rex ? Qu’y-a-t-il garçon ?

J’avais tourné la tête vers un tas de fumier.

-J’espère que tu sais ce que tu demandes l’ami.

J’en étais convaincu. Peu à peu, William avait donc chargé l’attelage grâce à une fourche. Au moment de se remettre à mon niveau, j’avais secoué l’encolure.

-T’as du caractère toi ! Allez, je te laisse faire pour aujourd’hui.

Il était allé ouvrir le portail de bois avant de venir s’installer sur la charrette, saisissant les rênes. Napoléon, non loin, m’avait encouragé. Le corps tendu et les naseaux élargis, je n’attendais qu’un seul ordre :

-Rex, marche.

Aussitôt, j’avais commencé à tirer mon chargement, surprenant mon maitre qui avait manqué de perdre l’équilibre. Nous avions ainsi quitter le domaine. J’étais concentré pour réagir à la moindre sollicitations des rênes, ce qui semblait déstabiliser William.

-Tu apprends vite, c’est effrayant. J’imagine que ce vieux Napoléon n’y est pas pour rien…

Il avait bien raison. Peu à peu, ses mains s’étaient encore adoucis, me donnant davantage de confort. Et il l’avait senti. Il m’avait donc demandé de prendre le trot, ce que j’avais fait sans grand mal. J’avais maintenu ce rythme un moment avant que William ne me demande de ralentir. Il m’avait arrêté et était venu me regarder.

-Ça alors. On a trotté jusqu’au village et tu sembles à peine essoufflé.

Ma fourrure n’était pas mouillée par la transpiration et mon souffle toujours aussi calme.

-Bon, nous allons rentrer. Mais puisque nous y sommes, je vais t’acheter une friandise. Allez vient.

Je l’avais suivi jusqu’au cœur du village et il m’avait demandé d’attendre devant un tout petit commerce. Un enfant avait attiré mon attention au moment où mon maitre était sorti.

-Monsieur ? Je peux caresser votre drôle de bête ?

- Bien sûr. Rex est atypique, mais il ne ferait pas de mal à une mouche.

Le petit garçon avait souri et s’était avancé pour me caresser entre les cornes. Je n’avais pas bougé d’une griffe avant qu’il ne reparte rejoindre son groupe d’amis. Drôle de rencontre.

-C’est bien mon Rex. Tiens, tu l’as mérité.

Il m’avait donné une pomme. Quel délice ! Il en gardait une autre pour le retour. Il m’avait fait reculer pour ensuite tourner et il s’était installé derrière moi, sur la charrette de fumier. Puis nous étions repartis. Trottant sur le chemin du domaine, nous avions croisés un homme marchant dans la même direction que nous.

-Oh, Rex, oh.

Il m’avait arrêté à son niveau. Cet homme était parti en voyage solitaire depuis quelques mois, parcourant le pays. Ne sachant pas où se trouvait le village quand il avait atteint le grand chemin, il avait choisi une direction. Mon maitre lui avait proposé de l’accueillir pour la nuit, ce qui semblait ravir l’individu qui s’était installé aux côtés de lui.

-On repart mon Rex.

-Quelle drôle de bête tu as là, jeune homme, avait dit le voyageur.

Mon maitre lui avait expliqué les circonstances autour de mon existence et l’objectif fixé, expliquant pourquoi nous nous promenions avec un tas de fumier. Nous avions ainsi gagnés le domaine où le jeune homme avait expliqué toute l’histoire à sa mère. Puis j'avais été désattelé et laissé en liberté. Mon récit avait surpris Napoléon qui m'avait félicité.

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