CHAPITRE CINQUIEME

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Le randonneur était parti le lendemain, me gratifiant d’un remerciement et d’un morceau de pomme. Il avait souhaité bonne chance à mon maitre et sa mère et s’était engagé sur petit sentier passant de l’autre côté de la colline sur laquelle se dressait le domaine.

William m’avait fait travaillé d’autres apprentissages, tels que le rappel au sifflé ou l’obéissance. M’étant imprégné de sa voix dès ma naissance, ce travail ne s’était pas montré bien rigoureux. Il consistait notamment à connaitre de nouvelles demandes. J’avais ainsi appris à reconnaitre l’état de mon maitre rien qu’au ton de sa voix.

Les semaines s’étaient écoulées, au court desquelles j’avais encore grandit. A la fin du mois d’aout, j’avais atteint un mètre trente, étant à présent plus massif encore que certains chevaux du même gabarit, selon William. Napoléon était bien frêle à mes côtés. Avec son poil ras et hirsute à certains endroits, il contrastait avec ma fourrure épaisse. Mon maitre me comparait à un animal de haut montagne, voir à un grizzly. Même si j’étais plus élancé que ce dernier. Selon William, j’étais le mélange entre un ours, un cheval et un dinosaure.

Je passais la plupart de mon temps en compagnie du vieil âne, écoutant les histoires qu’il pouvait me conter. Je m’étais découvert un faible pour les bouillons de légumes cuits. Si mon sceau était certes refroidi par William, ce n’en était pas moins bon. Napoléon, lui, préférait son herbe tendre. De temps en temps, nous avions droit à une pomme. Mon maitre continuait mon apprentissage. Au vu de mon obéissance, Madeline disait qu’on ne voyait pas de différence entre un chien.

-Ne l’écoutes pas, avait-il dit, tu es le meilleur dragon de ferme du monde !

Il employait presque toujours ces mots pour me qualifier. Un matin, alors que je me reposai auprès de Napoléon, couché dans l’herbe, un sifflement m’était parvenu. Bondissant sur mes membres, je m’étais élancé en haut du terrain pour y rejoindre mon maitre, faisant attention à ne pas le percuter de mes cornes. Je lui avais tourné autour, l’encolure et la queue relevée et dans un trot aux foulées courtes mais bondissantes.

-Une vraie bête de concours ! avait rit William sans me quitter du regard.

J’avais entreprit quelques foulées de galop. A peine avait-il tendu la main que je m’étais arrêté face à lui. Il avait commencé à bouger de côté de droite à gauche et je l’avais sitôt imité. Nous avions ainsi entrepris quelques pas de danse.

-C’est bien mon Rex.

Il m’avait caressé. Il y avait quelque chose de différent ce jour-là. Je le savais au ton de sa voix.

-Mes cousins et leurs parents arrivent la semaine prochaine, avait-il dit, cela fait longtemps qu’ils ne sont pas venu, et j’aimerai leur montrer ce que tu vaux ! Mais il ne sont pas tout à fait comme ma mère et moi. Eux, ils ont eu de la chance.

Il m’avait regardé et la pointe de déception que j’avais perçu dans son regard s’était envolé. Il m’avait flatté l’encolure.

-Mais bon, depuis que tu es là, je suis le fermier le plus chanceux du comté ! avait-il dit, tu es le plus fort, le plus intelligent et le plus loyale de tous les animaux de ce côté-ci de l’Angleterre !

Je m’étais cabré en rugissant, faisant rire mon maitre. J'avais l'ego facile selon lui. Puis nous avions repris les apprentissages, après quelques légumes, bien entendus. William avait continué mon débourrage concernant la monte. Mais il y avait une particularité ce jour-là. Un sac de jute avait été rempli de foin et de fumier. L’installant sur ma selle, il l’avait solidement attaché avec des ficelles. Nous étions alors en bas du terrain, où Napoléon avait le loisir de suivre mes progrès. La grande longe fut attachée à mon licol et il m’avait demandé le pas. Si les mouvements du sac m’avaient quelque peu surpris, c’était à l’allure supérieure que j’en avais presque eu peur, partant aussitôt au galop en donnant quelques ruades.

-Oh Rex, oh… Doucement…

Ecoutant sa voix, je m’était reconcentré sur mon maitre. J’avais repris le trot. Cet exercice n’était pas des plus simples et agréables, mais je savais que c’était une étape essentielle à mon dressage. Et que je devais le faire pour aider William. Tel était mon objectif : permettre que Madeline et son fils gardent leur ferme. Le jeune homme avait fini par m’arrêter, me flattant l’encolure tout en me félicitant. Napoléon aussi était fier de moi, disant qu’il n’avait pas réussi à accepter le sac aussi vite, notamment à cause de ses mouvements incessants et déséquilibrés, donnant un aspect imprévisible que les équidés n’appréciaient généralement pas. Pour ma part, j’avais vite compris que je devais compenser la perte d’équilibre à chaque foulée, me demandant un effort supplémentaire. William m’avait fait remonter le terrain. Le sac de paille couché en arrière n’était pas très aidant, me forçant a mettre davantage de poids sur l’avant-main et redresser ma queue.

-Chapeau mon Rex.

J’avais ensuite été dessellé. Je préférais tirer la charrette. J’avais été récompensé avec quelques morceaux de viande et une pomme.

-D’habitude, on ne fait pas travailler autant les jeunes animaux, avait dit William, mais toi, tu en redemande sans cesse.

Il était vrai que mes séances d’apprentissage étaient plutôt longues, mais je devais me surpasser afin d’être prêt à labourer le champs. Les jours suivants, William avait alterné entre port de sac et tractation de charrette, tentant d’être le plus imprévisible possible. Mais je connaissais mon maitre et ce dernier peinait à me surprendre. L’inverse, cependant, était moins délicat. Quant à Madeline, elle avait suggéré qu’au vu de mes progrès, offrir des tours de promenade sur mon dos aux enfants du village contre de l’argent permettrait de rembourser la dette du propriétaire. Mais William s’y été fermement opposé, indiquant que je n’étais pas une bête de cirque. Quant à Napoléon, il était trop vieux pour cela.

J’avais effectué mon premier voyage au village pour le marché sans Napoléon. Cela ne m'avait rassuré d'être sans mon ami, mais celui-ci avait trouvé les mots justes. William disait avoir besoin de cuir et de fil à couture. Et tandis que j’attendais, un étrange fruit avait roulé vers moi. On aurait dit une pomme mais plus étroit sur le haut.

-C’est une poire, avait dit l’enfant qui me l’avait lancé.

Croquant donc dedans, j’en avais été bluffé. Quel délice ! Le petit gout acidulé m’avait beaucoup plus. Alors, un homme s’était avancé vers moi. Secouant mes cornes de droit à gauche, cela avait suffit à le dissuader d’approcher. Mon maitre été revenu avec le nécessaire. Et quelques nouveaux légumes.

-Rex, attrape !

Il m’en avait lancé un. C’était rouge avec une grosse tige verte. Le saisissant au vol, j’avais adoré. Si la poire était déjà excellente, ce légume était encore meilleur.

-C’est un poivron, avait dit mon maitre.

Ce n’était pas dans mes habitudes de quémander, mais le poivron était officiellement devenu ma friandise préférée, loin devant la viande et la pomme. Il m’en avait donc donné deux autres variétés, toutes deux aussi bonnes l’une que l’autre. Cela avait amusé William et nous étions repartis. J’avais pris le trot.

-Ton débourrage à l’attelage est officiellement achevé, avait-il dit, ne reste que la monte. D’ici une ou deux semaines, on labourera enfin ce fichu terrain.

J’avais rugis, prêt à accomplir ma mission. En arrivant au domaine, quelle n’avait pas été notre surprise. Une rutilante auto rouge et noir était garée devant la maison. A sa vue, mon maitre avait souris. Non, ce n’était pas le propriétaire.

-Faisons-nous discret mon Rex. Je veux leur faire la surprise.

Une fois arrivés, il m’avait désattelé et m’avait demandé de rejoindre Napoléon en vitesse. Etonné, j’avais tout de même obéis, trottant en bas du terrain pour rejoindre le vieil âne. Je m’étais empressé de lui conter mes découvertes. Si le poivron ne semblait pas à son gout, la poire, en revanche, l’intéressait davantage. Je lui avais demandé qui pouvait bien être arrivé. Il m’avait alors répondu que c’étaient les fameux cousins de notre maitre.

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