CHAPITRE HUITIEME

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Au-dessus de nous, les nuages étaient devenus de plus en plus noir et le tonnerre avait grondé. Mais alors que j'avais entamé la remontée, mon maitre avait trébuché. Aussitôt, je m’étais arrêté. J’avais tourné la tête. Il était épuisé. J'avais émis un gémissement grave, signe de mon inquiétude.

-Laisses tomber, avait finalement dit quelqu’un, ça sert à rien.

- Tu t’es bien débrouillé, te fais pas plus de mal.

Et tandis que les premières gouttes s'étaient mises à tomber, les villageois s’en étaient aller. Le propriétaire était arrivé à ce moment. Avisant le désastre, il s’était approché de Madeline, un sourire en coin.

-Votre fils est persévérant, je vous l’accorde. Mais même avec une telle bête, il est inutile d’espérer.

Napoléon était sorti de la grange, venant brâmer depuis le haut du terrain pour m’encourager. La pluie était devenu plus forte, venant nous tremper. Alors, William avait avisé le sol.

-Mais oui !

Il était venu à mon niveau.

-Rex, ça y est, on va le labourer le champs ! Dès que je te le dis, tu avances !

Il s’était remis en position. Quant à moi, je m’étais tenu prêt. Les muscles tendus et le regard en avant, je m'étais immobilisé, n'attendant plus que son ordre.

-Il n’abandonne jamais…, avait dit le propriétaire, c’est affligeant à son âge.

-Allez Rex ! avait hurlé William, en avant ! Tu peux le faire mon beau ! Marche !

Dans un puissant rugissement, je m’étais élancé. Après quelques mètres, la charrue s’était finalement enfoncée dans le sol. Enfin ! Nous l’avions fait !

-C’est bien ! Allez !

Nous avions montés la côte pour la redescendre, creusant ainsi nos premiers sillons. Napoléon avait redoublé d’ardeur pour m’encourager. Quant au propriétaire, il avait arboré un visage décomposé. Je l’avais vu être chassé par Madeline jusqu’à sa voiture qui s’en était allée. Je m’étais reconcentré sur mon labourage. Le vent et la pluie tombante m’empêchaient de voir distinctement devant moi et d’entendre la voix de mon maitre qui paraissait si lointaine. Une sensation fort désagréable. Le sentant faiblir, j’avais ralenti le pas mais il m’avait poussé à continuer. Alors, un rocher s’était présenté.

-Oh mon Rex, oh !

J’avais soudainement pris le trot. Nous ne pouvions nous arrêter ! Cornes en avant, j’avais fait voler en éclat le roc. La lame de la charrue avait sectionnée les portions au sol, nous permettant de continuer notre route.

-C’est bien !

Cela avait duré un long moment sans que je ne sente la fatigue. Mon maitre était à bout de force mais, n’ayant pas l’attention de s’arrêter, celui-ci m’incitait à continuer. Car il savait qu’à mes yeux, rien n’était plus important que lui. Je le sentais boitant tandis qu’il pataugeait et glissait dans la boue. Mais j’étais heureux d’effectuer cette tâche avec lui. Avec William a mes côtés, j’aurai pu tracter cette charrue aussi longtemps qu’on nous l’aurait demandé.

C’était au crépuscule que le travail avait été achevé. L’orage passé, mon maitre et moi avions terminés le dernier sillon. Tournant la tête d’un même mouvement, nous avions avisés le travail accompli. Le champs était à présent labouré. Et des navets y seraient plantés.

-On l’a fait mon Rex… nous avons… réussi.

Il s’était alors effondré en arrière. Aussitôt, je m’étais cabré en rugissant. Napoléon s’était approché au trot pour tenter de me calmer mais j’étais aveuglé par l’inquiétude. Madeline et la famille était arrivée, alertés par toute cette cohue. La mère de mon maitre était parvenu à m’apaiser avant de saisir délicatement ma bride et Alan et son père avaient emmenés William tandis que la tante m’avait désattelé. M’échappant des mains de la femme en m'assurant de ne pas y mettre trop de force, je les avaient suivis jusqu’à la maison.

-Tout doux Rex, tout doux, avait dit Madeline en me saisissant a nouveau.

J’avais émis une sorte de gémissement grave. J’avais été conduis dans la grange ou Napoléon nous avait suivi. Celui-ci m’avait grandement félicité pour mon labeur et je l’avais senti emprunt de fierté et de joie.

-Mon fils avait raison d’y croire, avait dit la femme en me retirant le harnachement, tu es vraiment unique, Rex.

Elle m’avait ôté l’énorme collier de cuire et l’avait posé au mur. Elle était venu me donner une caresse sur l’encolure.

-Il a de la chance d’avoir un tel ami.

Puis elle s’en était aller. Napoléon était venu me gratouiller l’encolure, ayant perçu mon inquiétude vis-à-vis de notre maitre. J’aurais dû m’arrêter quand il était à bout de souffle. Le vieil âne m’avait rassuré, disant que rien n’était de ma faute. L’un comme l’autre avions tout donné pour accomplir ce travail qui, à ses yeux, n’avait finalement pas eu l’air bien difficile en me voyant oeuvrer.

Quelques heures plus tard, Madeline et Alan étaient venus me déposer un grand seau de bouillon de légumes. Dans lequel se trouvaient des poivrons ! Quel délice !

-Ma tante, êtes-vous sûr que…

- Rex l’a bien mérité. J’ai bien vu comment il prenait soin de William lors des descentes. Et tu as vu comme moi qu’à plusieurs reprises, il a menacé de s’arrêter net pour que mon fils reprenne des force.

- Mon cousin est décidément bien bon avec les bêtes. Ça me rappelle mon oncle.

Ils nous avaient laissés tandis que je profitais de cette ultime récompense. Mais mon inquiétude pour William ne s’en était pas allée. Me couchant dans la paille de la stalle, j’avais prié pour que mon maitre n’ait rien de grave.

Le lendemain, Madeline avait accompagnée l’oncle au village dans l’automobile rouge. J’étais venu observer par la fenêtre de la petite maison. La porte de la chambre de mon maitre était ouverte, et j’avais pu l’apercevoir, allongé, visiblement en train de dormir. La tante et ses enfants semblaient prendre grand soin de lui. William s’était mis en danger sauver la ferme à mes côtés. J’étais plus que jamais décidé à faire tout mon possible pour qu’il ne manque de rien.

Un médecin était arrivé dans l’automobile de la famille de mon maitre. William était gravement malade et il avait souffert de l’effort intense. Entendant ça, mon inquiétude n’en avait été que plus grande. J’avais passé des jours à attendre mon maitre, n’obéissant qu’à Madeline pour l’aider à semer les graines de navets. Portant deux gros paniers sur mon dos, nous avions passés toute une journée à faire les plantations. Avec Napoléon, le travail aurait été bien plus long selon elle, en raison de son âge qui ne lui aurait pas permis de porter plus d’un panier.

Il avait plu encore, si bien que j’avais dû tirer l’automobile de la famille de mon maitre jusqu’à la sortie du domaine quand ils nous avaient quittés pour retourner chez eux. C’était à présent la mère de mon maitre qui me guidais jusqu’au village. Elle avait eu quelques difficultés à me guider au début. Ses mouvements trop brusques m’avaient gênés mais j’étais parvenu à lui faire comprendre comment faire. Seulement, Madeline n’était pas comme William. Car si ce dernier semblait avoir un don pour me comprendre comme un de ses semblables, ce n’était pas le cas de la femme qui ne parvenait pas à saisir le sens de mes signaux, m’obligeant à exagérer chaque interaction, à la manière d’un chien. Ce qui m’avait quelque peu déplu et avait troublé Madeline qui ne m'avait jamais connu ainsi.

Un soir, couché aux côté de Napoléon, j’étais absorbé par les récits qu’il pouvait me conter. Il avait tant voyagé ! J’avais espéré découvrir le monde aux côtés de William tout en effectuant des travaux. Mais je savais que notre place était d’abord ici, à la ferme, aux côtés du vieil âne et de Madeline. Car sans nous, l’équilibre précaire que nous maintenions volerait en éclat. Mais alors, un long sifflement avait rompu le silence crépusculaire.

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