CHAPITRE DOUZIEME

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Malgré la neige, William et moi avions récupérés les navets dans le champs. Nous étions ensuite parti les vendre au village et dans les fermes voisines. Cela devait permettre de rembourser le propriétaire ! Madeline était plus que soulagée, tout comme son fils. J’étais fier d’avoir aidé mon maitre. Et j’aurai recommencé autant de fois que nécessaire.

Un peu plus d’un mois s’était écoulé. J’avais atteint près d’un mètre soixante-dix. Nous étions a présent officiellement en hiver. Un matin, alors que je me tenais aux côtés de Napoléon dans la grange, William était arrivé, visiblement inquiet. Il avait préparé mon harnachement en vitesse.

-Maman est gravement malade, mon Rex. Il faut aller en ville pour acheter les médicaments.

La ville ? Qu’était-ce ? Napoléon m’avait appris qu’il s’agissait d’un ensemble de bâtiments beaucoup plus importants que notre village. William m’avait sellé, enfournant quelques provisions dans les sacoches. Il avait fabriqué un autre petit sac en cuir fixé directement à l’arrière de la selle pour y mettre de petits objets ou aliments. Il m’avait sorti de la grange et avait bondit sur mon dos.

-Allez l’ami, ne perdons pas de temps.

Son inquiétude était plus perceptible que jamais. Aussi, je m’étais élancé au galop sans attendre. Je savais que Napoléon s’assurerait que personne ne vienne troubler la tranquillité de notre ferme. Malgré la neige sur le chemin, je n’étais pas décidé à ralentir. Heureusement, William avait acheté un gilet bien plus épais. Nous avions traversés le village a vive allure, surprenant quelques rares personnes dehors à cette heure-là.

William ne m’avait arrêté que pour satisfaire quelques besoins essentiels, les provisions étaient mangées en selle. Il n’avait d’ailleurs pas de crainte de lâcher les rênes, ayant toute confiance en moi. C’était la preuve que notre lien s’était renforcé. Afin d’accélérer, j’avais modifié mon galop, passant d’une foulée équine à celle d’un félin, surprenant quelque peu mon maitre.

Il avait fallu bien des heures pour commencer à voir les premiers signes d’approche de la ville. Les maisons étaient moins rustiques et plus nombreuses. Et lorsque nous avions atteint la cité, quelle n’avait pas été ma surprise. C’était gigantesque ! William m’avait repassé au trot. Que de monde et d’agitation ! J'avais retrouvé la sensation de la première arrivée au village, quand j’étais encore petit. Mais c’était bien plus intense, cette fois-ci. Automobiles, attelages et piétons circulaient en tout sens dans un brouhaha difficilement supportable.

-Tout doux mon Rex, tout doux…

Nous nous étions arrêtés à un grand bâtiment. William était descendu de mon dos et m’avait alors attaché au mur ! Il n’avait pourtant jamais fait ça. Un gémissement grave de ma part lui avait fait comprendre mon étonnement.

-Désolé vieux, mais les animaux doivent être attachés en ville, c’est la loi. Je reviens dans peu de temps.

Il avait monté les marches du perron et était entré. Quant à moi, j’avais observé mon environnement. Quelques passants s’étaient arrêtés un instant, curieux de mon apparence. Quelques-uns avaient bien tentés de défaire ma longe mais je m’étais montré suffisamment dissuasif. William était finalement arrivé.

-J’ai la liste des médicaments l’ami. En route.

Nous étions aussitôt repartis. Mon maitre m’avait arrêté dans la cour d’un autre bâtiment. Il m’avait attaché aux côtés d’autres chevaux et était entré. Les équidés comme les humains étaient abasourdis par une créature telle que moi. William était rapidement revenus.

-Eh, jeune homme.

Un individu avait interpellé mon maitre. Vêtu d’un long manteau, il ne m’avait pas inspiré confiance. William s’était avancé et ils avaient commencés à discuter. Non, cet homme cachait ses intentions. Aussi, j’avais commencé à m’agiter.

-Tout doux Rex, tout doux…

Le jeune homme était venu me caresser, alerté par mon attitude.

-C’est ta monture ?

- Oui, Rex est à part. C’est le plus fidèle de tous les animaux.

-Eh bien…

L’étrange individu s’était avancé. J’avais alors montré les crocs, émettant une sorte de sifflement mélangé à un grondement menaçant, le faisant aussitôt reculer. William s’était écarté, surpris.

-Rex ! Qu’est-ce qui te prend mon beau ?

J’avais regardé mon maitre. Il avait comprit et m’avait détaché.

-Tu as raison, filons d’ici.

Sans attendre, il m’avait lancé au trot. La neige s’était mise alors a tomber. Le retour risquais d’être plus délicat. Mais pour William, je n’avais pas l’intention de ralentir. Pour lui, j’aurai parcouru le monde entier. Nous avions traversés la ville pour prendre le chemin du retour. J’avais été lancé au galop. Nous avions croisés quelques automobiles sur la route. En raison du temps se dégradant, Mon maitre m’avait repassé au trot. Nous devions faire au plus vite avant que la neige ne nous ralentisse davantage.

Alors que nous avancions, William m’avait arrêté. Un taureau s’était échappé de son enclos ! L’animal, peu ravis de me voir, avait secoué la tête et raclé le bitume du sabot. Certainement pas ! Il s’était jeté sur moi mais je l’avais bloqué sans mal. Le forçant à reculer, il s’était alors cabré avant de tomber sur le flanc, perdant une corne au passage. Sans attendre, j’étais reparti, l’encolure haute afin que William puisse s’abriter avec mes voilures.

Lorsque nous avions atteins le domaine, mon maitre m’avait fait entrer dans la grange. Il m’avait dessellé en vitesse avant de prendre les médicaments et de courir au chevet de sa mère, promettant de s’occuper de moi dans quelques minutes. Napoléon était venu me gratouiller l’encolure et je lui avait raconté mon voyage au cœur de la ville ainsi que la rencontre avec l’étrange homme. Napoléon était fier de moi. William était revenu un peu plus tard, me brossant méticuleusement.

-Grâce à toi, maman ira mieux dans quelques jours. Bravo mon Rex, tu auras droit à un bon bouillon avec pleins de poivrons !

Ravis d’entendre ça, je lui avait léché le visage.

-Oh, Rex ! beurk !

Cela l’avait cependant quelque peu amusé. Une fois ma fourrure entretenue, il était reparti. Je l’avais suivi a l’extérieur, imité par Napoléon, lequel avait tenté de descendre le terrain. Mais voyant que la neige avait rendu le sol glissant, le vieil âne ne s’était pas obstiné. J’avais donc décidé de lui venir en aide. Mais pour l’heure, mon estomac réclamais sa pitance, et je ne souhaitais pas attendre que le bouillon soit prêt. Aussi, je m’était dirigé vers un arbuste, grattant la neige jusqu’à atteindre la terre. Intrigué, Napoléon s’était approché. J’avais arraché une racine du sol pour la manger. Mon compagnon préférait de loin son foin et son herbe. Et je le comprenais, car pour ma part, rien n’était mieux qu’un bouillon de légume.

Et quel régal ! Jamais je ne n’avais mangé si bon potage. William avait fait des merveilles en cuisine. Ce fut avec le ventre plein que je m’étais installé dans la paille de la stalle, bientôt imité par Napoléon, à la recherche de chaleur. Comment aider le vieil âne à gagner le ruisseau en bas du champs ? Une idée avait germée dans mon esprit, et il me tardait de me mettre à l’ouvrage. J’avais repensé à cette folle journée. Et dire qu’il y a quelques heures encore, j’étais au milieu d’un nombre incalculables de personnes et bâtiments. J’avais questionné l’équidé à ce sujet, souhaitant approfondir mes connaissances. Et ses récits m’avaient aussitôt permis de comprendre qu’il n’y avait pas qu’une seule ville, mais beaucoup d’autres, toutes différentes et plus étendues les unes que les autres. Le monde était visiblement plus grand que je n’aurai pu le croire.

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