CHAPITRE DIXIEME

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Les semaines suivantes, le temps s’était dégradé. S’il ne pleuvait pas, le froid était plus présent que jamais. Ma fourrure s’était encore épaissie et allongée, si bien qu’on aurait pu me confondre avec un yack, selon William. Bien que j’étais plus petit et plus effilé. Mais mon allure robuste ne trompait pas, malgré mon épaisse toison. William avait dû refaire les réglages de mon harnachement. Mes griffes avaient presque disparues sous la fourrure. Afin d’éviter que j’attrape des maladies a cause de la boue, mon maitre avait coupé les poiles couvrant mes pattes. Il me brossait également très régulièrement. Napoléon paraissait à présent ridiculement frêle.

Nous étions partis récupérer du bois en forêt. William ne se contentait que des branches et segments de troncs déjà au sol, remplissant la petite cariole – laquelle plus petite et de fait plus adaptée en forêt. Le grand charriot, lui, se destinait aux voyages plus importants. Et tandis que nous avions repris le chemin du domaine, nous avions croisés sur notre route un cavalier en promenade. Surpris de voir une bête aussi imposante, son équidé avait prit peur, refusant alors d’avancer vers nous. L’homme s’était mis à le cravacher et à hurler pour qu’il avance, lui donnant même de violents coups d’éperons dans les flancs. Secouant ma tête, j’étais prêt à venir en aide à cet animal. William avait jugé bon de me faire emprunter une autre route, ayant bien comprit mon intention. Pour ma part, j’avais été marqué de cette scène. Le pauvre cheval n’y était pour rien. La peur était naturelle chez les équidés. Mais son cavalier n’y avait tenu aucune sorte d’importance.

-Heureusement que tu n’as pas rencontré un maitre comme ça mon Rex, avait dit le jeune homme.

J’étais bien heureux, oui. J’avais repensé à la douceur avec laquelle William m’avait saisi dans ses mains lorsqu’il m’avait trouvé dans la citrouille. Cela n’avait rien à voir avec cet homme que nous avions croisés tantôt. Le retour à la ferme avait été bien calme, et je m’étais empressé d’aller raconter mon histoire à Napoléon. Le vieil âne avait eu un air scandalisé, plaignant la pauvre bête qui s’était retrouvé sous le joug d’un aussi mauvais propriétaire.

Quelques semaines s’étaient encore écoulées. Et tandis que j’étais couché auprès de l’équidé dans la grange pour le réchauffer, William était venu m’apporter ma ration quotidienne.

-Et voilà mon Rex. Je vois que tu prends soin de ce bon vieux Napoléon.

J’avais émis un faible rugissement, obtenant comme mon compagnon une caresse sur le front. Mon maitre avait froids. Aussi, je m’étais levé pour me rapprocher, lui donnant un petit coup de museau en m’assurant de ne pas le bousculer plus que de raison. Surpris, William n’avait pas comprit dans un premier temps. Je m’étais rallongé et avait passé mon encolure sur celle du vieil âne. Mon maitre avait alors saisi le message.

-Tu es vraiment uniques, toi…

Il était donc venu s’installer contre mon flanc. Aussitôt, je m’étais roulé en boule pour tenter de le protéger au mieux. Ses vêtements étaient fins et il grelottait. Il avait cependant rapidement cessé de trembler. Il avait posé une main sur une de mes cornes.

-Oui, tu es bien le meilleur ami qu’un fermier puisse avoir.

Un peu plus tard, Madeline était arrivée, étonnée de l’absence de son fils. Elle l’avait trouvé, à moitié endormi, sous ma protection. La fourrure de ma queue lui avait permis d’être couvert. Napoléon, à quelques mètres, était en train de manger son foin. Elle s’était approchée et j’avais redressé la tête.

-William, pourrais-tu te rendre chez McFinster ? J’ai reçu une lettre de leur part, et ils auraient besoin de l’aide de ton animal.

Mon maitre avait baillé et s’était étiré. Il s’était levé et avait approuvé positivement.

-Désolé, mais à chaque fois je me fais avoir. Il a la fourrure la plus douce que j’ai jamais connue.

- On pourra sûrement l’utiliser au printemps pour confectionner des vêtements d’hiver ou rembourrer les draps.

Madeline s’en était aller. Je m’étais à mon tour mis sur mes quatre membres et William avait commencé à me préparer. J’avais encore pris quelques centimètres. Il m’avait harnaché et sellé.

-Les McFinster n’habitent pas à côté, avait dit mon maitre, il nous faudra quelques heures pour y arriver.

Il m’avait sorti de la grange et avait avisé le ciel, couvert par d’épais nuages blancs laiteux et lisses.

-Le retour se fera sûrement sous la neige…

Il était monté en selle. Quelques provisions se trouvaient dans les sacoches de mon tapis. Napoléon était venu me saluer et Madeline était sortie également.

-Fais attention, le temps est mauvais aujourd’hui.

- Avec Rex, je ne crain absolument rien. J’espère rentrer au plus vite. Au revoir maman. Rex, en avant.

Je m’étais cabré avant de m’élancer au galop, bondissant au-dessus du muret de pierre. William m’avait fait repasser au pas et nous avions bifurqués pour descendre de l’autre côté de la colline. Mon maitre tenait à ce que j’économise mes forces, ne sachant pas quel travail il faudrait effectuer. Selon lui, les Mcfinster étaient de vieux amis à son père, dont le mari et lui étaient partis ensemble à la guerre. Si Albert y avait perdu la vie, Jack pouvait s’estimer heureux de n’y avoir laissé qu’un bras. C’étaient à présent ses fils qui géraient le domaine familiale, plus important que le nôtre, évidemment.

William m’avait fait trotter un moment, quand le terrain était suffisamment plat. Selon lui, il aurait été plus long d’emprunter les routes. Nous avions finalement atteint ladite ferme en toute fin de matinée. Et mon maitre n’avait pas eu tort. Jamais je n’avais vu de domaine aussi grand. La grange était gigantesque, tout comme la maison. Il y avait plus d’un champ, chacun entouré de barrières de bois. Il y avait même un tracteur, un engin censé remplacer les chevaux de trait pour les gros travaux. Une petite auto noir était stationnée sous un grand porche. Il y avait des vaches, des cochons et même des moutons. En arrivant, un chien était venu aboyer de façon peu accueillante. Emettant un grondement sec, je lui avais fait comprendre que son attitude ne m’impressionnait aucunement. Cela l’avait calmé et il était reparti. William m’avait arrêté près du logis et m’avait demandé de ne pas bouger. Il était venu frapper à la porte, sitôt accueilli par une ravissante femme brune. Et si celle-ci semblait avoir de l’intérêt par mon maitre, au vu de son attitude et des odeurs qu’elle dégageait, celui-ci ne semblait guère être du même avis. Un homme était arrivé. Son bras manquant et ses blessures indiquaient qu’il s’agissait du fameux Jack. Celui-ci m’avait regardé, estomaqué. Il s’était avancé.

-Quelle imposante bête tu as là, William. Tu as dû l’acheter une fortune !

- Rex n’a pas été acheté, je l’ai trouvé.

Après un instant d’échange, l’homme avait appelé ses fils. Ceux-ci étaient sortis de la maison. Grands et costauds, ils étaient venus taquiner mon maitre avec des gestes peu amicaux, selon moi. Un grondement de ma part avait attiré leur attention. Leur réaction était similaire à celle de leur père. Ils avaient alors expliqués que le tracteur était en panne et que le seul cheval de trait de la ferme ne suffirait pas à labourer les champs, malgré un terrain plat. William avait donc accepté, disant que j’étais tout désigné pour cette tâche.

-Nous avons entendus les rumeurs, oui. Ton Rex serait un véritable monstre de puissance.

- N’exagérons pas. Il est fort, oui, mais il a des limites. Même si je ne les connais pas encore…

Les deux frères étaient ravis. Mais avant le travail, un bon repas s’imposait. J’avais donc été mis en stalle, aux côté d’une jument visiblement pleine. Etre là enfermé ne me plaisait pas particulièrement mais je n'avais d'autre choix que de m'y résoudre...

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