1. Au bord de la Moselle

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Une nouvelle année universitaire commençait. J’étais bien décidée à réussir mon master d’histoire et à ne pas me dévier de mon objectif. C’était la pensée que j’ai essayé de garder à l’esprit le plus longtemps possible en ce matin ensoleillé de rentrée. Pour être exact, il s’agissait de la réunion de prérentrée, ce n’était pas encore la reprise officielle. Les professeurs vont vaguement se présenter ainsi que leurs matières avant de nous distribuer quelques fiches administratives que nous devrons rendre au secrétariat pour finaliser notre inscription. Je connaissais quelques collègues qui ne se seraient pas donné la peine de venir pour si peu. Fidèle à mon objectif, je tenais à être une étudiante exemplaire cette année et cela commençait par ne rien rater concernant les cours.

C’était avec le sourire que je sortis de ma minimaison ce matin de septembre. La réunion ne débutera qu’à 10 heures. J’étais en avance pour profiter de mes derniers instants de liberté intellectuelle, je décidais d’aller flâner aux abords de la Moselle. Laissant les rayons soleil pénétrer ma peau pour faire le plein de vitamine D avant qu’il ne disparaisse durant toute la saison d’hiver. La Lorraine n’était pas réputée pour sa luminosité, chaque jour ensoleillé se devait d’être savouré à sa juste valeur.

Assise sur un banc, j’ai observé les promeneurs en soupirant d’aise à l’idée de pouvoir profiter à fond de l’instant présent. La plupart d’entre eux étaient des adolescents ou des joggeurs, bien trop motivés à mon goût. Un groupe de jeunes garçons s’installa non loin de moi pour discuter joyeusement ensemble, ils semblaient avoir des cartes d’un jeu totalement inconnu. Ils ont sans aucun doute eu le même projet que moi : savourer d’ultimes moments de liberté avant la rentrée. Malgré les années qui nous séparaient, nous avions beaucoup de points en communs. Cette idée m’a fait esquisser un autre sourire, me rappelant les bons souvenirs que j’ai eus lorsque j’avais leur âge, ce dernier s’est vite figé.

Un couple visiblement très amoureux si l’on se fiait à leurs ricanements complices, la façon dont ils se collaient et la lenteur délibérée avec laquelle ils marchaient pour prolonger leur voyage, passa devant moi. Mon cœur s’est serré en les observant bien malgré moi. Me ramenant de force la douleur de ma rupture avec Nicolas.

Elle remontait à presque trois ans maintenant, mais je n’ai pas pu oublier mon premier amour qui m’a quitté. Dire que j’avais tout fait pour lui. C’était au début du deuxième semestre de notre licence. Il avait décidé d’abandonner les cours et tout ce qui se rattachait à son passé. Cela concernait les cours, nos amis en communs et, bien sûr, moi. D’après lui, c’était de ma faute s’il avait des problèmes, alors que je n’étais pas responsable de ces choix désastreux.

Ce que j’avais fait, c’était de l’aider à s’échapper de la tyrannie que lui faisait subir son père. Je l’ai soutenu lorsqu’il a préparé sa demande d’émancipation dans le but qu’il puisse s’éloigner autant qu’il le souhaitait de son entourage familial. J’ai participé à son déménagement, en choisissant avec lui ses meubles et sa vaisselle. Je lui ai donné un coup de main à rédiger ces premiers CV pour qu’il puisse économiser. Mon père l’a même embauché un moment afin qu’il puisse trouver quelque chose de plus stable pour payer son loyer.

Je n’étais pas responsable de ses nouvelles connaissances, peu recommandables, qu’il s’est faites en réalisant une mission d’intérim. Je n’étais pas responsable de ses mensonges lorsque je lui demandais où il passait son temps, car je m’inquiétais pour lui. Non, je n’étais responsable de rien de cela. Cependant, Nic en avait décidé autrement. Et durant d’une énième dispute, il s’est contenté de me dire que tout était fini entre nous et de prendre mes affaires, puis nous ne nous sommes plus jamais revus.

Il a mis ainsi fin à presque trois ans de relation. Les débuts étaient des plus idylliques, il était le petit ami idéal. Partageant aussi bien nos amis, nos problèmes, nos rires et nos inquiétudes. C’était cette période qui me manquait le plus. Lorsque nous avons quitté le lycée, fières de brandir nos baccalauréats fraichement obtenus, tout a changé. Il est devenu distant, cachotier, il recevait des appels à toute heure du jour et de la nuit qui le faisait sortir en vitesse. D’abord avec nos amis, puis avec moi. Les disputes, inexistantes au début de notre relation, ont été la norme dans nos échanges, jusqu’à ce qu’il décide d’arrêter les frais. Avec le recul, je devais bien admettre que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Et cela m’a permis de me plonger corps et âme dans mes études, ce qui m’a été jusqu’à présent très profitable à en croire ma mention bien sur ma licence. Par grande ironie et alors que je le reprochais à Nic, je me suis aussi éloignée de toutes relations sociales. Je n’avais rien à cacher cependant. La simple idée de faire souffrir une nouvelle fois mon cœur me terrifiait. Je n’avais plus cette peur, mais ma réputation de solitaire me surpassait dans ma promotion.

Le groupe d’adolescents proche de moi s’est mis à hurler. L’un d’eux a dû gagner une partie incompréhensible, ce qui a provoqué des réactions diverses, mais bruyantes, ce qui me ramena à la réalité dans un sursaut.

En consultant ma montre, je constatais qu’il était temps de me rendre à l’amphithéâtre dans lequel la réunion avait lieu. Je vérifiais que je n’oubliais rien avant de me diriger vers celle-ci. Je courus presque, dans l’espoir de semer les mauvaises ondes de mes souvenirs douloureux.

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