1. Pensées et questionnements
La pluie battait doucement contre le toit, le tendre bruit ricochait sur les carreaux et le lambris de l’habitation, me berçant restée plongée dans la pénombre feutrée du petit matin. La délicatesse des draps l’appelle à prolonger cet instant.
Soudain, mon réveil posé sur la table de nuit émit des sons stridents et répétitifs des plus désagréables.
En grognant sans ménagement, j’enfouis ma tête sous mon oreiller dans l’espoir que le tintamarre disparaisse. Sans succès. J’esquisse un geste maladroit en direction du traitre hurleur, sans quitter ma tanière duveteuse. J’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour le trouver et lui asséner un coup plus fort que nécessaire afin de le faire taire à jamais.
Je soupirais d’aise à cette idée réconfortante avant que les deux neurones encore en activité dans mon cerveau me rappellent que cette notion est toute relative, puisqu’il sonnera de nouveau dans cinq minutes.
C’est en grognant une seconde fois que je me tournai sur le dos pour me frotter les yeux et m’efforçais de dénicher un chemin à ma conscience lointaine et embrumée, sans réel succès.
Comme pour me narguer, le réveil se remit à japper sans ménagement.
Énervée par l’odieux objet, je m’assis sur le lit en une fraction de seconde avant de lui couper la chique, pour toujours cette fois-ci. Du moins, jusqu’à demain. J’expirais de nouveau bruyamment en imaginant déjà la scène, très similaire à celle d’aujourd’hui.
Je suis sortie du lit sans aucune motivation pour enfiler mes vêtements : un jeans noir slim et un t-shirt à manche courte et à col V de couleur bleu-saphir, d’une simplicité efficace que j’apprécie. Je descendis les échelons de mon échelle pour me diriger vers la cuisine et préparer mon petit déjeuner. Rien de très original : des céréales et une pomme. J’essaie de mettre de l’ordre dans mes idées et d’organiser mentalement ma journée pour me réveiller. Le seul cours du jour est à 14 h, ils ont eu la générosité de nous accorder une dernière grasse-matinée avant le marathon qu’ils vont nous imposer durant les deux prochaines années.
Enfin, pour ceux qui ne travaillent pas, pour moi par contre cet élan de bienveillance était superflu. Mon supérieur, monsieur Thomas, a besoin d’aide au musée. En plus de me lever tôt, c’est pour effectuer des tâches purement bureautiques, loin de l’accueil des visiteurs que j’affectionne tant. C’est très rare qu’il fasse appel à moi en période de cours, mais le pauvre est à côté de ses pompes en ce moment. Il a confondu les numéros des semaines et pensait que je reprenais que la suivante. Par chance, nous avons réussi à trouver un arrangement. Heureusement, la reprise se fait en douceur avec seulement les cours magistraux et encore rien à réviser, donc je vais lui filer la main ce matin, m’obligeant à abandonner lâchement mon lit et mes doux rêves qui l’accompagnent. J’espère que mon supérieur retrouvera vite ses esprits, car je ne pourrais pas faire ça régulièrement.
En me brossant les dents devant le miroir, je songe à son comportement étrange de ces derniers temps. Il est beaucoup plus stressé et mal à l’aise qu’à l’accoutumée, me rappelais-je. J’espère que tout va bien pour lui. La jeune femme en face de moi haussa un sourcil brun, comme pour me faire comprendre que je connaissais déjà la réponse : bien sûr que non, sinon il ne laisserait rien paraitre dans sa conduite, surtout au travail. Tout en peignant mes cheveux mi-longs, je me questionnais sur les raisons qui pourraient le pousser mon supérieur changer ainsi son attitude. J’attachais mes boucles en pensant que c’était peut-être familial. Mais, il n'est pas marié ni en couple et ne souhaitait pas changer ce point. Je me frottais les joues énergiquement avec mon savon doux pour le visage. La personne qui me fixait de ses yeux marron se retrouva avec la peau moussue, encore plus blanche que d’ordinaire. Avec ses sourcils froncés par une intense réflexion, cela lui donne un air froid et distant qui ne lui sied pas, cela ne me rassure pas. Je cherchais toujours une explication tangible au problème de monsieur Thomas quand je tamponnais délicatement la serviette sur mon visage : une dispute entre amis ? Une théorie que j’eus le temps de développer lorsque j’étalais ma crème sur ma figure en décidant que cela ne me regardait pas et qu’il était assez grand pour gérer ses problèmes seul. La demoiselle semblait plus réveillée et présentable. Elle m’a même souri avant que je m’éloigne d’elle. Je ne l’en aurais jamais cru capable.

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