2. Au musée

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Arrivée au musée, je passe par les portes vitrées et contourne le comptoir d’accueil. Ce dernier me fait de l’œil en me promettant une matinée tranquille et habituelle. Mais au lieu de cela j'entre dans le couloir situer derrière lui et trouver le bureau dans le mon supérieur. J’appréhende les quelques heures qui vont suivre, je ne vais pas souvent de ce côté du musée, encore moins aussi longtemps. Même si je suis réservée, travailler à l’accueil m’a permis de dépasser, dans une certaine mesure, ma peur de l’inconnu. Certes, mes échanges avec les visiteurs sont très codés et répétitifs, cependant, c’est ce dont j’avais besoin pour rester connecté à la société lorsque Nicolas m’a quitté. J’aurais pu aller vraiment plus loin dans la dépression si je ne m’étais pas raccroché à ce boulot pour rembourser l’emprunt de la maison que j’aime tant. C’est au moins une chose positive que ma rupture m’aura apprise : persévérer malgré la difficulté et se rendre compte qu’on était encore plus fort que ce qu’on imaginait.

— Ah, enfin, te voilà. Je suis sur ces documents depuis que je suis arrivé, mais je n’y comprends rien. J’ai l’impression qu’ils ne veulent rien dire. Tu peux remettre de l’ordre dedans et me faire un résumé ? Disons 2 pages, le plus court sera le mieux. J’ai autre chose de très important à faire.

Eh bien, monsieur Thomas est vraiment surmené par les évènements qu’il traverse, pensais-je. D’ordinaire, il est plus agréable, je préfère ne pas lui faire de remarques. Vu la vitesse avec laquelle il est sorti de la pièce, il est déjà loin, sans doute pour rejoindre le sien au plus vite. La pile de papier qui recouvre le bureau ressemble plus à une œuvre artistique dans le but de donner une nouvelle esthétique au meuble qu’un ensemble de feuilles unies posées de façon négligée dessus. Heureusement pour moi elles sont paginées.

Je retrouve rapidement la page de garde et découvre que c’est le dossier contenant toutes les statistiques des affluences de l’année dernière jusqu’au mois précédent. Je comprends mieux pourquoi ces feuilles ont été à ce point maltraitées. Il a horreur des mathématiques, c’est presque physique à ce stade, mais son état ne lui permet plus de s’en passer. Après tout, c’est lui qui a décidé de gravir les échelons quand cela lui a été proposé. J’imagine que le salaire était la seule valeur algébrique qu’il ait vraiment saisie. Enfin bon, c’est une affaire qui le regarde et ces feuillets qui commencent à reprendre doucement la forme d’un document sont les miennes.

Cette étape aura duré presque une heure. Il s’est avéré que le dossier a eu le temps de se reproduire quand il était détaché, ce qui a compliqué mon travail. En effet, lorsque je me suis rendu compte que j’avais sous les mains deux page 46 au contenu différent, j’ai cru que j’allais défaillir : le numéro est spécifié, mais pas le titre du fichier. C'est une erreur que je ne referais plus jamais sur mes propres écrits ! Et comble de l’ironie, je me suis retrouvée avec trois page 22. J’ai failli tout mettre à la poubelle. Heureusement que j’aime les puzzles et les casse-têtes !

Maintenant, les trois textes sont séparés et agrafés, plusieurs fois au cas où, je vais m’accorder un café avant de les lire et de les résumer. J’ai un mal de tête qui commence à pointer le bout de son nez et j’ai besoin de prendre l’air.

À peine eu-je mis un pied en dehors de la pièce que je me suis fait agresser par monsieur Thomas.

— Vous avez rédigé ce que je vous avais demandé ? Me dit-il d’un ton sec.

— Non-monsieur, je n’ai eu le temps que de remettre de l’ordre. Je vous fais ça directement après une pause. J’essaie de garder une voix calme, même si son expression tendue ne me facilite pas la tâche.

— Mais j’en ai besoin le plus vite possible Suzalie ! J’ai une réunion en début d’après-midi très importante. La fin était presque suppliante.

— Et bien, vous m’en voyiez désolée, cependant je vais aussi vite que je le peux. Les documents étaient sens dessus dessous, mais maintenant les trois sont séparés. Et…

— Trois ?! m’interrompt-il, mais il y en avait cinq ! paniqua-t-il de plus belle.

— Il n’y en a que trois, je suis…

— Tu as regardé dans les tiroirs ?! Manquant une fois de plus à toute forme de civilité.

— Non. S’ils y sont, je vous promets que j’aurais fini avant de partir. Vous l’aurez à temps, votre compte rendu. Je formulais la dernière partie de cette phrase d’un ton cassant avant de tourner les talons, espérant ainsi mettre fin à cette conversation très déplaisante. J’ai besoin de me vider l’esprit, pas de me l’encombrer davantage. Je me suis dirigée droit vers la machine à café puis je suis sortie dans la rue. Sans un regard en arrière, je remonte Chanoine Collin pour arriver sur la place que borde l’hôtel de ville, mais surtout qui longe également la cathédrale. La place d’armes est définitivement ma préférée.

J’ai besoin de me ressourcer un peu après le début de matinée que j’ai eu et revenir à cet endroit m’apaise toujours. Je sirote mon café sans me presser en observant les différents vitraux qui se trouvent sur le collatéral de Saint-Étienne. Une fois ma boisson chaude finie, le bâtiment lui-même me conseilla de retourner à ma tâche en faisant sonner ses cloches. Je m’y dirigeai d’un pas lent, même si l’étape la moins réjouissante est derrière moi.

En arrivant dans la pièce, je vois sur le bureau deux nouveaux tas, entiers cette fois-ci, au-dessus de ceux que j'ai triés précédemment. Le premier est agrémenté d’un petit mot : « Je suis encore désolé pour tout à l’heure, voici les autres documents. Merci de les résumer pour midi au plus tard. » Au moins, il essaie de se rattraper, je me suis dit. C’est déjà bien. Même si c’est loin d’être parfait et bien évidemment son comportement ne s'excuse pas.

Je m’attelle donc à ma tâche. Ce sont effectivement toutes les statistiques de l’année précédente. L’un est une synthèse de plusieurs d’entre eux, mais je décide de les lire aussi, au cas où je trouverais une donnée intéressante. Je ne le regretterais pas par la suite, car quelques chiffres mis de côté pourront compléter des tendances observées récemment.

Mon résumé n’est pas des plus favorables. Nous n’attirons pas plus de visiteurs et ces derniers n’achètent pas forcément plus de souvenirs non plus, la rentabilité chute considérablement, malgré les nouveautés. Je laisse le tout sur le bureau de mon supérieur et je pars déjeuner sans demander mon reste.

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