4. Une rentrée compliquée

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Le programme de la soirée est de ne rien faire : vaste projet.

Avant de rentrer, je décidais d’emprunter quelques livres conseillés sur la fameuse fiche distribuée durant le cours. Certains semblaient aborder un angle d’approche que je n’avais pas songé pendant mes années précédentes et ils m’intriguent. Ils seront particulièrement intéressants pour développer le conflit de mon mémoire. D’autres me serviront à approfondir quelques thématiques plus générales qui sont pour le moment trop floues à mon goût, c’est l’avantage d’étudier une passion : on en redemande toujours plus, sans broncher. Cela me permettra aussi de potasser un peu plus le cours : je me suis déjà fait passer pour une empotée, hors de question que je me fasse encore remarquer par ma stupidité. Je les commencerais dans la semaine. Cependant, rien ne presse, je ne dois pas les rendre tout de suite.

Le programme de la soirée est de ne rien faire : vaste projet.

Je rentrais en marchant pour me vider l’esprit après cette journée difficile et par moment humiliante. Je sentais l’air frais du début d’automne me chatouiller la clavicule que ma veste d’été ne couvre pas entièrement et que mon t-shirt laisse apparaitre à nu. J’essaie de tirer sur le pan de mon vêtement tout en réprimant un frisson. La température baisse très vite dans la région, cette saison arrive d’un coup, presque sans prévenir.

Mon fessier me fait encore un peu mal, mais c’est supportable. Comme je l’ai dit, ce n’était qu’une petite chute de rien du tout, j’en verrais bien d’autres dans ma vie. Cependant, la brutalité avec laquelle nous nous sommes heurtés m’a donné l’impression qu’il était taillé dans le marbre, plus que dans la chaire. Me faisant au passage l’effet d’être un poids plume face à lui.

Il n’a même pas vacillé lors de l’impact. Il est resté droit et digne, alors que je me ridiculisais comme jamais. Seuls ses papiers ont volé, mais lui n’a pas bougé d’un iota. Une pointe de jalousie s’est immiscée quelque part en moi. Mais bon, je n’avais aucune chance : à côté de lui, je ressemble à une Lilliputienne. On ne peut aller contre la nature et c’est bien connu que les plus grands résistent et que les petits tombent.

Je mettrais ma main à couper qu’il pratique une activité physique régulière pour avoir un corps aussi massif tout en étant svelte. Clairement, ce n’est pas de la graisse que j’ai rencontrée, cela aurait amorti un minimum le boulet que j’étais.

Je me suis surprise à l’imaginer dans un autre contexte que celui de l’université, impliquant un survêtement de sport plutôt avantageux. Pourquoi pas seulement le short ? Moulant, bien sûr. Mais pas trop, juste ce qu’il faut pour que ce soit agréable à regarder, mais pas vulgaire. L’intérêt est dans la subtilité, non ? Il doit faire de la course. Je le vois bien avec un brassard pour y accrocher son téléphone, des écouteurs dans les oreilles tout en foulant énergiquement de la terre battue. En tout cas, ce doit être un sport d’endurance plus que de force brute, si l’on considère sa silhouette élancée. A-t-il des abdominaux ? Qu’est-ce qui pourrait bien forger un tas de muscle similaire ? Je réfléchis à quelques sports qui pourraient lui correspondre en faisant preuve de toute mon imagination. Adaptant le vêtement si nécessaire, notamment dans une piscine.

Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Stop ! Il est hors de question que je craque pour mon professeur. Il est beau, certes, mais cela ne fait pas tout. Il est très certainement intelligent, mais ce n’est pas non plus une raison. Voilà que je continue, en plus de ça !

Agacée par ma propre stupidité, je décide de presser le pas pour rentrer, un mauvais temps s’annonce, qui plus est. Je souhaite par-dessus tout me vautrer dans mon canapé et ne plus penser à rien, en particulier à tout ce qui concerne cette journée.

Je me forçais à réaliser une liste mentale des avantages et des inconvénients de chaque série que j’avais mis dans la catégorie « à regarder plus tard ». Il me faut quelque chose de divertissant, qui n’a aucun lien avec la FAC ou tout autre type d’apprentissage et surtout, rien de romantique.

J’étais encore en pleine réflexion lorsque je tournais la clé dans la serrure. Une série médiévale semble remporter tous les suffrages, ce sera donc celle-ci. Pour la peine, je m’offre le luxe d’un bol de céréales devant la télévision. Nous ne sommes que lundi, mais j’ai l’impression d’avoir vécu la totalité de la semaine en l’espace d’une seule journée.

M’évader dans l’univers moyenâgeux, avec des rebondissements scénaristiques dignes des plus beaux films hollywoodiens — enfin c’est un point de vue complètement subjectif que j’assume — m’a permis de me détendre un peu. La luminosité a baissé depuis que je me suis installée sur le coussin ratatiné de mon sofa, il y a trois épisodes de cela. Mon estomac crie désormais famine et j’ai aussi mes plantes à arroser. C’est avec regret que je quitte mon assise, ou plus exactement ma couche, vu ma position.

Ce fut en coupant les légumes que je reçus le message. Il était 18 h 58.

« Suzalie, tu n’auras pas besoin de venir au musée samedi prochain. Ni les jours d’après. Bonne soirée et bonne continuation. »

C’était la pire journée de ma vie.

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