2. Début du week-end
— Ah, te voilà enfin ! entendis-je la voix de ma mère avant d’être étreinte par des bras venus de nulle part.
— Il est à peine 12 h 03 ! Tu dis ça comme si tu avais attendu une éternité avant que j’arrive.
— Mais oui ! Ça fait plusieurs semaines qu’on ne s’est pas vu ! répliqua-t-elle avec un soupçon de reproche tout en me serrant plus fort encore. Cela vaut une éternité et demie, pour ta pauvre mère.
— Mais oui, ma chérie. Tu es délaissé par ta fille de 23 ans qui a pris son indépendance depuis plusieurs années déjà, ironisa mon père très satisfait du spectacle, dans sa position d’observateur.
— Bon, d’accord. Capitula-t-elle en me lâchant enfin et s’écarta de quelques pas pour me laisser respirer. Comment s’est passée ta semaine de rentrée ? Tu as l’air tout épuisée ! Quelques jours à la maison te feront le plus grand bien.
Bien évidemment, je ne leur parlais pas de l’accrochage que j’ai eu avec le professeur Rahlani. Cependant durant le trajet en voiture jusque chez moi pour prendre mes affaires, je leur relatais ma rencontre avec Fauve. Bien entendu, le personnage les a conquis aussitôt, en plus de féliciter ma sociabilité. Me connaissant, cela pouvait s’apparenter à un miracle que je me sois attachée à quelqu’un, surtout aussi rapidement. Mes parents sont bien plus extravertis que moi. Tout me prédestinait à être comme eux au niveau du caractère, au moins à un certain degré, mais non. J’ai toujours été réservée, même à la maternelle. Je préférais la compagnie des livres, ce qui a bien vite inquiété mes parents, plus enclins à s’entourer de personnes réelles. Ils ont rapidement compris que j’avais besoin de moments seuls et ont respecté ce point autant qu’ils l’ont pu.
Mon père pourrait paraitre plus posé, sauf si nous nous trouvons dans un parc d’attractions ou un concert, là, il ne répond plus de rien en redevenant le jeune adulte irresponsable qu’il était.
Nous arrivâmes devant l’aire d’accueil des gens du voyage ou j’avais installé ma maison. J’invitais mes parents à rentrer le temps que je monte et vérifie que je n’avais rien oublié. C’est à ce moment que ma mère décida de lâcher ce qu’elle avait sur le cœur. C’était une démarche astucieuse de sa part, car je cherchais mes dernières affaires à l’étage lorsqu’elle débuta :
— Nous avons un programme !
— Oh oh ! Tant d’organisation, maman ! Tu m’intrigues. Qu’avez-vous manigancé ?
— C’est très simple. Ce soir, on se met un film tranquille.
— Ouais, approuvais-je, pour montrer que je suivais la conversation.
— Puis samedi matin, ce sera préparation de gâteaux, comme quand tu étais petite.
— Oh super ! J’en salivais d’avance, en descendant l’échelle avec mon baluchon dans le dos.
— Après, on se pomponne…
Je fronçai les sourcils d’appréhension, ce qu’elle remarqua, sans pour autant changer d’humeur. Je crois savoir pourquoi elle voulait que nous en discutions à une distance respectable. Malheureusement pour elle, je finis plus vite que ce qu’elle avait prévu. J’étais donc en face d’elle lorsqu’elle finit sa phrase.
— Et le soir, on va à un CONCERT ! exulta-t-elle. Puis, reprit-elle après une pause pour vérifier si je l’écoutais toujours, dimanche, on flemmarde pour récupérer avant de te ramener. Tu en penses quoi ?
Plus inquiète que satisfaite, je préfère me renseigner avant de considérer la situation comme désespérée, je décidais d’aller chercher mes affaires dans la salle de bain pour me donner une contenance :
— Qui ? criais-je sur la défensive, tout en fouillant dans mes placards.
— Stephan Eicher, à l’Arsenal de Metz, répondit, mon père. On a réservé les dernières places il y a trois semaines.
Je levais les yeux au ciel, même si personne ne pouvait me voir. Mais en réalité, j’étais soulagée : cela aurait pu être pire. Avec eux je m’attends aussi bien à du classique que du heavy métal. Pour une fois, j’apprécie l’artiste : quelques chansons de lui étaient dans ma playlist, celle que je mettais de temps en temps. Sans être une fan, je n’ai rien contre ses productions. De plus, il chante souvent en français, ce que je préfère en concert, car je suis une bille en langue et faire semblant de m’extasier sur des paroles inconnues ne m’enchante guère.
Je venais de fermer la porte d’entrée à clé, puis je me tournais vers mes parents, sortis avant moi qui attendais ma réponse. Je les regardais droit dans les yeux avant de la leur donner.
— OK. Mais je décide pour le film.
— Oh ! J’ai la meilleure fille du monde ! clama ma mère qui en profita pour me serrer une nouvelle fois dans ses bra

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